‹ Œuvres choisiesChapitre 106 sur 111 · FABLE XXIX · texte numérisé non relu

FABLE XXIX

Le Pigeon puni de son iilquiétude.

Deux pigeons vivoient ensemble dans un colombier avec une.paix profonde. Us fendoient T-aii* de leurs ailes , qui paroissoient inuaobiles par leur rapidité. Ils se jouaient en volant l'un s^uprèç de l'autre , se fuyant et se poursuivant tour à. tour. P]liîs ik

alloîent chercher du grain dans Taire du fermier ou dans les prairies voisines. Aussitôt ils alloient se désaltérer dans Tonde pure d'un ruisseau qui couloit au travws de ces prés fleuris^ De là ils rêve-» noient voir leurs pénates dans le colombier blanchi et plein de petits trous ; ils y passoient le temps dans une douce société avec leurs fidèles conapagnes. Leurs cœurs étoient tendres; le piumagie de leurs cous étoit changeant et peint d'un plus grand nombre de couleurs que Tinconstante Iris. On eatendoit le doux murmure de ces heureux pigeons, et leur vie étoit délicieuse. L'un d'eux, se dégoûtant des plaisirs d'une vie paisible, se laissa séduire par une folle ambition , et livra son esprit aux projets de la politique. Le voilà qui abandonne son ancien ami : il part, il va du côté du Levant. Il passe au-dessus de la mer Méditerranée , et vogue avec ses ailes dans les airs, comme un navire avec ses voiles dans les ondes de Téthys. Il arrive à Alexandrie ; de là il continue son chemin , traversant les terres jusqu'à Alep. En* y arrivant , il salue les autres pigeons de la contrée , qui Siervent de courriers réglés, et il envie leur bonheur. Aussitôt il se répand parmi eux un bruit, qu'il est venu un étranger de leur nation, qui a traversé des pays immenses. Il est mis au rang des cour* riers; il porte toutes les semaines les lettres d'un ■ bâcha, attachées à son pied, et il fait vingt-huit

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lieues en moins d'une journée. Il est orgueilleux de porter les secrets de l'état , et il a pitié de son ancien compagnon , qui vit sans gloire dans les trous de son colombier. Mais un jour, comme il portoit des lettres du bâcha soupçonné d'infidélité par le grand-seigneur, on voulut découvrir par les lettres de ce bâcha s'il n'avoit point quelque intelligence secrète avec les officiers, du roi de Perse; une flèche tirée perce le pauvre pigeon., qui , d'une aile traînante , se soutient encore iin peu ^ pendant que son sang coulé. Enfin il tombe, et les ténèbres de la mort couvrent déjà ses yeux ; pendant qu'on lui ôte les lettres pour les lire , il expire plein de douleur ^ condamnant sa vaine ambition, et regrettant le doux repos de son colombier où il pouvoit vivre en sûreté avec son ami.

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