FABLE XXX
L'Abeille et la Mouche.
Uiir jour une abeille aperçut une mouche âuprè» de sa ruche. Que viens-tu faire ici ? lui dit-elle dfun ton furieux. Vraiment c'est bien à toi , vil animal, à te mêler avec les reines de l'air! Tu as raison, répondit froidement la mouche; on a
toujours tort de s'approcher d'une nation aussi fougueuse que la vôtre. Rien n'est plus sage que nous, dit l'abeille; nous seules avons des lois et une république bien policée ; nous ne cueillons que des fleurs odoriférantes; nous ne faisons que dit- miel délicieux, qui égale le nectar. Ote-toi de ma présence , vilaine mouche importune , qui ne fais que bourdonner et chercher ta vie sur les ordures. Nous vivons comme nous pouvons, répondit la mouche; la pauvreté n'est pas un vice; mais la colère en est un grand. Vous faites du miel qui est doux, mais votre cœur est toujours amer; vous êtes sages dans vos lois, mais çmpor-. tées dans votre conduite. Votre colère , qui pique vos ennemis , vous donne la mort , et votre folle cruauté vous fait plus de mal qu'à personne. Il vaut mieux avoir des qualités moins éclatantes , avec plus de modération.