FABLE XXXI
Les Abeilles et les Vers à soie.
Un jour les abeilles montèrent jusque dans rolympe , au pied du trône de Jupiter, pour le prier d'avoir égard au soin qu'elles avoient pris de son enfance , quand elles le nourrirent de leur
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miel sur le mont Ida. Jupiter voulut leur accorder les premiers honneurs entre tous lés petits animaux. Minerye, qui préside aux arts, lui représenta qu'il y avoit une autre espèce qui disputoit aux abeilles la gloire des inventions utiles. Jupiter voulut en savoir le nom* Ce sont les vers à soie , répondit-elle. Aussitôt le père des dieux ordonna à Mercure de faire venir sur les ailes des doux zéphyrs des députés de ce petit peuple, afin qu'on pût entendre les raisons des deux partis. L'abeille ambassadrice de sa nation représenta la douceur du miel, qui est le nectar des hommes, son utilité, l'artifice avec lequel il est composé; puis elle vanta la -sagesse des lois qui policent la république volante des abeilles. Nulle autre espèce d'animaux , disoit l'orateur, n'a cette gloire , et c'est une récoinpensetl'avoir nourri dans un antre le père des dieux. De plus, nom avons en partage la valeur guerrière, quand notre roi anime nos troupes dans les combats. Comment est-ce que ces vers , insectes vils et méprisables , oseroient nous disputer le premier rang ? Ils ne savent que ramper, pendant que nous prenons un noble essor, et que de nos ailes dorées nous montons jusque vers les astres. Le harangueur des vers k soie répondit : Nous ne sommes que de petits vers, et nous n'avons ni ce gr^nd courage pour la guerre ni ces sages lois ; mais chacun de nous mqnire
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les merveilles de la nature, et se consume clans un travail utile. Sans lois , nous vivons en paix , et on ne voit jaiDai$ de guerres civiles chez nous , pendant que les abeilles s'entretuent à chaque changement de roi. Nous, avons la vertu de Protée pour changer de forme. Tantôt nous sommes de petits i$^rs composée d'onze petits anneaux entrelacés avec la variété des plus vives couleurs qu'on adçnite dans les fleurs dVn parterre. Ensuite nous filons de quoi, vêtir les hommes les plus, magnifiques jusque 8ur Iç trône , et de quoi orner les temples des dieui:. Cette parure si belle et si du- ^ble vaut hm\ du miel, qui 3e corrompt bientôt. Enfin nous nou$ transformqps en fève, mais en fève qui sent , qui se meut, et qui montre toujours de la vie» Après ces prpdiges, nous devenons tout à coup des papillons avec Téclat des plus riches couleurs. C'est alors que nous ne cédons plus aux abeilles ppur nous élever d'un vol handi jusique vers l'Olympe. Juge^^ maintenant, ô père de^ dieux. Jupiter, embarrassé pour la décision , déclara enfin que lès abeilles tiendroient le premier rang, à cause des droits qu'elles a voient ac^s depuis les anciens temps.. Quel moyen, dit-il , de les dégrader ? * je leur a| trop d'obligation ;. mais je crois que les hommes doivent encore plus aux vers à soie.