‹ Œuvres choisiesChapitre 31 sur 111 · PYRRHON ET SON VOISIN · texte numérisé non relu

PYRRHON ET SON VOISIN

Fausset^ et absurdité du pjrrhonisme.

LE VÔISIW.

Bonjour, Pyrrhon. On dit que vous avez bien des disciples, et que votre école a une haute réputation. Voudriez- vous bien me recevoir et m'instruire ?

PYRRHOK.

Je le veux, ce nie semble. •

LE VOISIN

Pourquoi donc ajoutez-vous : Ce me semble ? Est-ce que vous ne savez pas ce que. vous vouleè ? Si vous né le savez pas, qui le saura donc? Et que

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savez-vous donc, vous qui passez pour un si savant homme?

P¥RRHOir;

Moi , je ne sais rien.

liE VOISIN.

Qu apprend-on donc en vous écoutant?

PTRRHOK.

Rien du tout.

LE VOISIN

Pourquoi donc vous écoute-t-on ?

PXRRHOW.

Pour se convaincre de son ignorance. N^estce pas savoir beaucoup que de savoir qu'on ne sait rien ?

LE VOISIN

Non , ce n'est pas savoir grand*chose. Un paysan bien grossier et bien ignorant connoît son ignorance , et il n*est pourtant ni philosophe , ni habile homme; il connoît pourtant mieux son ignorance que vous la vôtre, car vous vous croyez au dessus de tout le genre humain en* affectant d'ignorer toutes choses. Cette ignorance affectée ne vous ôte point la présomption , au lieu que le paysan qui connoît son ignorance se déûe de lui* même en toutes choses, et de bonne foi.

PYRRHOir.

Le paysan jie croit ignorer que certaines choses élevées et* qui demandent de l'étude; mais il ne

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croit pas ignorer qu'il marche , qu'il parle, qu'il vit. Pour inor j'ignore tout cela, et par principes.

LE voisiir.

Quoi ! vous ignorez tout cela de vous ? Beaux principes de n'en admettre aucun !

PTBRHON.

Oui , j'ignore si je vis , si je suis. En un mot , j'ignore toutes choses sans exception»

LE VOISIN

Mais ignorez-vous que vous pensez ?

PYRRHON

Oui , je Fignore.

LE VOISIN

Ignorer toutes choses, c'est douter de toutes choses et lie trouver rien de certain , n'est-il pas vrai ?

PYRRHON

Cela est vrai, si quelque chose le peut être.

LE VOISIN

Ignorer et dout^ , c'est la même chose ; douter et penser sont encore la même chose ; donc, vous ne pouvez douter sans penser. Votre doute est donc lapreuve certaine qu^ vous pensez ; donc il y a quelqiK^.chose de certain , puisque votre doute même prouvé la certitude de votre pensée.

PYRRHON

J'ignore même mon ignorance. Vous voilà bien attrapé.

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LE voisiw.-

V Si vaus ignorez votre ignorance , pourquoi en parlez-vous ? pourquoi la défendez-vous ? pourquoi voulez-vous la persuader à vos disciples , et les détromper de tout ce quHls ont jamais cru? Si vous ignorez jusqu'à votre ignorance, il n'e» faut ^îus donner les leçons , ni mépriser ceux qui croient savoir la vérité.

PYRRHOU.

Toute la vie n'est peut-être qu'un songe contiaueL Peut-être que le moment de la mort, sera un réveil soudain , où l'on découvrira l'illusion de ce qu'on a cru de plus réel ; comme un homme qui s'éveille voit, disparoitre tous les fantômes qu'il croit voir et toucher pendant ses songes,

. LE'VOISIW.

Vous craignez donc de dormir et de rêver les yeux ouverts? Vous dites de toutes choses, Peutêtre ; niais ce Peut-être que vous dites est un e pensée. Votre songe, tout feux qu'il est, est p^jur* tant le songe d'un hoinme qui rêve. Toii^ au moins il est sûr que vous rêvez j car il faut être quelque chose, et quelque chose de pensant, pour avoir dés songes. Le néant ne peut pi dormir , ni rêver ^ ni se tromper , ni ignorer, ni douter,''ni dire, Peut'-être. Vous voilà donc malgré vous condamné à savoir quelque chose qui est

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votre rêverie , et à être tout au moins un être rêveur et pensant

PTRIlHOSr.

Cette subtilité m'embarrasse. }e ne veux point . d'un disciple si subtil et si incommode dans mon école.

LE VOISIK.

Vous voulez donc, et vous ne voulez pas? En vérité, tout ce que vous dites et toUt ce que vous faites dément votre doute affecté ; votre secte est une secte de menteurs. Si vous ne voulez point de moi pour disciple, je veux encore moins de vous pour m£|ître.

PYRRHUS ;et DÉMÉTRIUS POLIORCÈTES.

La tempérance tt la vertu rendent les horadieë héros , et Don pas les conquêtes et les sucoës.. ^ \

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