‹ Œuvres choisiesChapitre 52 sur 111 · CALIGULA ET NÉRON · texte numérisé non relu

CALIGULA ET NÉRON

Danger du pouroir despotique quand un sourerain a la têtefoibie. ""

CALIGULA

Je suis ravi de te voir. Tu es une. Barété. Oij a voulu me donner de la jaloxisie contre toi en m'as* surantque tu m'as surpassé en prodiges; mais je n'en crois rien.

!l6^ DlÀCO&BfiS :

NJÉRON.

Belle comparaison ! tu étois un fojuv Potif moi^ je me suis joué des hommes , et je leur ai fait voir des choses qu'ils n'avoient jamais vues. J'ai fait périr ma mère , ma femme , mon gouverneur et mon précepteur ; j'ai brûlé ma patrie. Voilà des coups d'un grand courage qui s^lève au dessus de la foibiesse humaine. Le vulgaire appelle cela cruauté; moi je l'appelle mépris de la^i^ature entière, et grandeur d'ame.

CALIGULA

Tu fais le fanfaron. As-tu étouffé comme moi ton père mourant. As-tu caressé conmié moi ta femme , en lui disant : Jolie petite tête que je ferai couper quand je voudrai !

' NÉRON

Tout cela n^est que gentillesse; pour moi, je n'avance rien qui ne soit solide. Hé ! Vraiment j'avois oublié un des beaux e]|droits de ma vie; c'est d'avoir fait mourir mon frère Britannicus.

CALIGULA

C'est quelque chose , je l'avoue. Sans doute tu l'as fait pour imiter la vertu du grand fondateur de Rome , qui,, .pour le bien pubHc > n'épargna pas même la sang de son frère. Mais tu n'étois qu'un musicien. , .,

N£ROJSr.

Pour toi, tu a vois des prétentions plus hautes:

D£S MOgTS. a 63 .

tu voulois être dieu , et massacrer tous ceux qui en auroient douté.

Pourquoi non ? pauvoit'On mieux employer la vie des hommes que 4e la*jsacrifier à ma divinité ! G'étoient autant de victimes immolées sut* mes autels.

NlfROir.

Je ne donnois point dans de telles visions; mais j'étois le plus grand musicien et le comédien le plus parfait de Tempire j j'étois même bon poète.

CAI/IGULA.

Du jttioins tu le croyois; mais îes autres h'en çroyoient rien : on se moquoit de ta voix et de tes vers.

On ne s'en moquoit pas impunément. Lucain se repentit de m'avoir voulu surpasser.

CALIGULA

Voilà un bel honneur pour un èmpeEeur: romain ^ que de monter sur le théâtre comme un bouffon , d'être jaloux des poètes^ et de s'attirer la dérision publique ! r

C'e^t le voyage! que je fis dans la^ Gi«èce qui m'échauffa la cervelle pour le théatfe ^t poiy^ toutes les représentations. ^

a64 DIALOGUES

CALICULA.

Tu devois demeurer en Grèce pour y gagner ta vie en comédien , et laisser faire un autre empereur à Rome,. qui en soutînt mieux la majesté.

NÉRoir:

N'avois-je pas ma maison dorée , qui devoit être plus grande que les plus grandes viljes? Oui-dà, je m'entendois en magnificence.

GALIGULA.

Si on Feût achevée , cette maison , il auroit fallu que les Romains mssent allés loger hors de Rome. Cette maison étoit proportionnée au colosse qui te reppésQntoijt , et non pas à toi qui n'étois pas plil3 grand qu'un autre homme.

NiRON.

C'est que je visois au grand.

' • CALIGULA

Non, tù visois au gigantesque et au monstrueux. Mais tous ces beaux desseins furent renversés par Vindex.

' ' ; '^* . -' NÉRON

Et les tieiîs par Chéréas, comme ta ailois au théâtre.

CAUGULA.

A n'en point mentir , nous fîmes tous deux une fin assez malheureuse, et dans la fleur de notre jeunesse;

NÉRON

Il faut dire la vérité, peu de gens étoient portés à faire des vœux pour nous , et à nous souhaiter une longue vie. On passe mal son temps à se croire toujours entre des poignards.

CALIGULA

De la manière que tu en parles, tu ferois croire que si tu retournois au- monde tu changerois de vie. ■

NÉRON

Point du tout , je ne pourrois gagner sur moi de me modéper. Vois-tu bien , mon pauvre aaii , et *tu Fas senti aussi bien que moi, c'est une étrange chose que de pouvoir tout quand on a la tête un peu.foible; elle tourne bien vite dans cette puissance sans bornes. Tel seroit sage dans une condition médiocre, qui devient insensé quand il est le maître du monde. '

ÇALIGULA.

Cette folie seroit bien jolie si elle n'avoit rien à craindre; mais les conjurations, les troublias, les remords, les. embarras d'un grand empire, gâtentle métier. D'ailleurs la comédie est courte ; ou plutôt c'est une horrible tragédie qui finit tout à coup. U faut venir compter ici avec ces trois vieillards chagrins et sévères , qui n'entendent point rafllerie , et qui punissent «omme des scélérats ceux qui se faisoient adorer sur la

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terre. Je vois venir Domitien , Commode , Caracalia,.H^ogabale, chargés de chutnes, qfù vont passer leur temps aussi mal que nous.

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