‹ Œuvres choisiesChapitre 53 sur 111 · DIALOGUE XLVIII · texte numérisé non relu

DIALOGUE XLVIII

ANTONIN HÉ Ef MARC AURÈLE.

Il font aimer sa patne plus que sa CaimiUe.

MARC AURELE

0 mon père, j'ai grand besoin de Venir me consoler avec vous. Je n'eusse jamais cru pou'toir sentir une si vive douleur, ayant été nourri dans la vertu insensible des stoïciens , et étatit descendu dans ces demeures bienheureuses où tout est si tranquille.

ANTOKIN.

Hélas ! mon pauvre fils , quel malheur te jette dans ce trouble ? Tes larmes sont bien indéoentes pour un» stoEcien ? Qu'y a-t-il donc ? •

MARC AURÈLE

Ah! c'est mon fils Commode que je viens de voir ; il a déshonoré notre nom si aimé du peuple. C'est une femme débauchée ^Ui l'a fait massacrer pour prévenir ce malheureux , parce qu'il l'avoit mise dans une liste des gens qu'il devoit faire mourir.

AiTTOiriïr. ' Tai su qu^il a mené une vie infâme. Mais pour« quoi as-tu négligé son éducation? Tu es cause de ton malheur; il a bien plus à se plaindre de ta négligence qui l'a perdu, que tu n'as à te plaindre de ses désordiies.

MARC > AURÈLE

Je n'avois pas le . loisir de penser à un aifant ; j'étois toujours accablé de la multitude des affaires d'un si grand empire at tles guerres étrangères ; je n'ai pourtant pas laissé d'en prendre quelque soin. Hélas ! si j eusse été un simple particulier , j'aurois moi-même instruit et formé mon fils , je l'aurois laissé honnête homme; mais je lui ai laissé trop de puis$ç^i\ce pour lui laisser de la modération et de la vertu:

ANTOKm.

Si tu pj^évoyois que l'empire dût lé gâter, il falloir- s'abstenir de le faire empereur , et pour l'amour de l'empire, qui avoit besoin d'être bien gouverné, et pour r«B»aur de ton fils, qui eût mieux valu dans une condition médiocre.

Je n'ai jamais prévu qu'il se corromproit.

AITTONIir.

Mais ne devois-tupasle prévoir? N'est-ce point que la tendresse pateioielle t'a aveuglé? Pour moi, je choisis en ta personne un étrangfer, fou-

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lant aux pieds touç les intérêts de ma famille; si tu en avois fait autant, tu n'aurois pas tant de déplaisirs. Mais ton fijs te fait autant de honte quQ tu m'as fait d'honneur. Dis-moi la vérité , ne voyois-tu rien de mauvais dans ce jeune bbmme ?

MABC AUBELE.

J'y voyois d'assez grands défauts , mais j'espérois qu'il se corrigeroit.

XNTOTXÏN.

C'est-à-dire que tu en voulois faire l'expérience aux dépens de l'empire. Si tu avois sincèrement aimé la patrie plus que ta famille, tu n'aurois pas voulu hasarder le bien public pour soutenir la grandeur particulière de ta maison.

Pour parler ingénument, je n'ai jamais eu d'autre intention que celle de préférer l'empire à mon fils. Mais l'amitié que j 'avois pour mon fils tn'a empêché de l'observer d'assez près. Dans le doute , je me suis flatté , et l'espérance a séduit mon cœur.

ANTONm.

0 quel malheur, que les meilleurs hommes soient si imparfaits , et qu'ayant tant de peine à faire du bien , ils fassent souvent sans le vouloir des maux irréparables !

MARC AURÈLE

Je le voyois bien fait ^ adroit à tous les exerciœs

DES Morts. 269

du corps, et environné de sages conseillers qui a voient eu ma confiance, et -qui pouvoient modérer sa jeunesse. Il est vrai que son naturel étoit léger, violent , adonné au plaisir.

ATfTOIfIN.

Ne connoissois-tu dans Rome aucun homme plus digne de Tempire du monde ?

MARC AURÈLE

J'avoue qu'il y en avoit plusieurs; mais je croyois pouvoir préférer mon fils, pourvu qu'il eût de bonnes qualités.

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