‹ Œuvres choisiesChapitre 68 sur 111 · LE C. BESSARION · texte numérisé non relu

LE C. BESSARION

Je vois en vous toute la barbarie des Latins ^ chez qui la Grèce désolée , après la prise de Cons^ tantinople, essaie en vain de défricher l'esprit et les lettres.

LOUIS XI

L'esprit ne consiste que dans le bon sens , et point dans le grec; la raison est dans toutes les langues. Il falloit garder l'ordre, et mettre le seigneur avant le vassal. Les Grecs , que vous vantez tant, n'étoient que des sots, s'ils ne savoient pas ce que savent les hommes les plus grossiers. Mais je ne puis m'empêcher de rire quand je nâe souviens comnient vous voulûtes négocier; dès que je ne convenois pas de vos maxime, vous ne me donniez pour toute raison que des passages de Sophocle, de Lycophron et de Pindare. Je ne sais comment j'ai retenu ces noms , dont je n'avois jamais ouï parler qu'à vous; mais, je les ai retenus à force d'être choqué de vos citations. Il étoit question des places de la Somme , et vous me citiez un vers de Ménandre ou de •Callimaque. Je voulois demeurer uni aux Suisses et au duc de Lorraine contre le duc de Bourgogne, et vous me prouviez par Gorgias et Platon que ce n'étoit pas

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mon véritable intérêt. Il «'agissoit de savoir si le roi d'Angleterre séroit pour ou contre moi , vous m'alléguiez l'exemple d'Épaminondas. Enfin vous me consolâtes de n'avoir jamais guère étudié. Je disois en moi-même : Heureux celui qui ne sait point tout ce que les autres ont dit , et qui sait un peu ce qu'il faut dire!

LE C. BESSARTON.

Vous m'étonnez par votre mauvais goût. Je croyois que vous aviez assez bien étudié; on m'avoit dit que le roi votre père voils avoit donné un assez bon précepteur, et qu'ensuite vous aviez pris plaisir en Flandre , chez le duc de Bourgogne , à faire raisonner tous les jours de la philosophie.

LOUIS XI

J'étôis encore bien jeune quand je quittai le ix)i mon père , et mon précepteur ; je passai à la cour de Bourgogne, où l'inquiétude et l'ennui me réduisirent à écouter un peu quelques savants. Mais j'en fus bientôt dégoûté; ils étoient pédants, imbéciles , comme vous ; ils n'entendoieïit point les affaires ; ils ne connoissoient point les différents caractères des hommes , ils ne savoient ni dissimuler, ni se taire, ni s'insinuer, ni entrer dans les passions d^autrui, ni trouver des res- ' sources dans les difficultés , ni deviner les desseins deis autres; ils étoient vains, indiscrets,

DES MORTS. 3l5

disputeurs, toujours occupés de mots et de faits inutiles, pleins de subtilités qui ne persuadent personne, incapables d'apprendre à vivre et de se contraindre. Je ne peux souffrir de tels animaux.

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