FABLE XIV
Chasse de Diane.
Il y a, dans le pays des Celtes et assez près du fameux séjour des druide, une sombre forêt dont les chênes, aussi anciens que la terre, ont vujes eaux du déluge, et conservent sous leurs épais rameaux une profonde nuit au milieu du jour. Dans cette forêt reculée étoit une belle fontaine plus claire que le cristal ;, et qui donna son nom au lieu où elle couloit. Diane alloit souvent percer de ses traits des cerfs et des daims dans cette forêt pleine de rochers escarpés et sauvages. Après avoir chassé avec ardeur , elle alloit se plonger dans les pures eaux de la fontaine , et la naïade se glorifioit de faire les délices de la déesse et de toutes ses nymphes. Un jour Diane chassa en ces lieux un sanglier plus grand et plus furieux que celui de Calydon. Son dos étoit amié d*une soie dure, aussi hérissée et aussi horrible que les piques d'un bataillon. Ses yeux étrncelants étoient pleins de sang et de feu. Il jetoit d'une gueule béante et enflanunée une écume mêlée d'un sang noir. Sa hure
monstrueuse ressembloit à ia proue recourbée d'un navire. Il étoit sale et couvert de la boue de sa bauge où il s'étoit vautré. Le souffle brûlant de sa gueule agitoit lair tout autour de lui, et faisoit un bruit effroyable. Il s'élançoit rapidement comme la foudre ;• il renversoit les moissons dorées, et ravageoit toutes les campagnes voisines ; il coupoit les hautes tiges des arbres les plus durs pour aiguiser ses défenses contre leurs troncs. Ses défenses étoient aiguës et tranchantes comme les glaives recourbés des Perses. Les laboureurs épouvantés se refiigioient dans leurs villages. Les bergers, oubliant leurs foibles troupeaux errants dans les pâturages, couroîent vers leurs cabanes. Tout .'étoit consterné; les chasseurs mêmes avec leurs dards et lears épieux n'osoient entrer dans la forêt. Diane seide , ayant pitié de ce pays , s'avance avec son carquois doré et ses flèches. Une troupe de nymphes la* suit, et elle les surpasse de toute la tête. Elle est , dans sa course , plus légère que les zéphyrs et plus prompte que les éclairs. Bile atteint le monstre furieux , le perce d'une de ses flèches au-dessous de l'oreille, à l'endroit où l'épaule commence. Le voilà qui «e roule dans les flots de son sang : il pousse des cris dont toute la forêt retentit , et montre en vain ses défenses prêtes à déchirer ses ennemis. Les nymphes en frémisr sent. Diane seule s'avance, met le pied sur sa tête.
et enfonce son dard; puis se Toyant rougie du sang de ce sanglier , qui avoit. rejailli sur elle, elle se baigne dans la fontaine, et se retire charmée d'avoir délivré les campagnes de ce monstre.