HERNANI
Malgré la défaite irrémédiable qu'il a subie -^ tous ses montagnards sont morts ! — et bien qu'il vienne de lui chanter sur lui-même, en désespéré :
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres ! ^•D^'^'Jy ... âme de malheur faite avec des ténèbres ! ifc)pi^C^<» ^ 'M
V^»Vx
Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé 'D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.
Cependant, à l'en tour de ma course fnrnr^^^r ^ Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche ! Oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal, Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal !
il est demeuré pour elle l'uniquement adorable !
Don Ruy Gomez les trouve c dans les bras l'un de l'autre..: et comme absorbés dans leur regard ». Indigné, furieux, il menace le « fourbe », le < judas », — lorsqu'on entend un bruit de trompettes annonçant l'arrivée du roi :
Dieu ! le roi ! dernier coup
pense don a Sol. Mais, triomphe de l'honneur, don Ruy Gomez fait entrer Hernani dans une cachette que jjrriir^"^'' sonCA* propre portrait. Et c'est en vain que don Carlos, ayant paru ■ avec une foule de gentilshommes et de soldats, ordonne au if vieillard de lui livrer le bandit. — Nous citerons l'admirable scène, généralement connue sous le nom de scène des portraits. Du moins, nous en citerons toute la partie qui justifie ce nom. — Carlos se venge en emmenant do fia Sol.
Don Ruy ne sait pas qu'elle est aimée du roi. Mais Hernani sorti de sa cachette (où il n'a rien entendu), Hernani prêt à se laisser tuer plutôt que de se battre avec le vieux duc, demande, en échange de sa vie, la «joie» de revoir doiîa Sol une dernière fois ; et, apprenant qu'elle est aux mains de Carlos : • — «Vieillard stupide! il l'aime! »,^ clame- t-il. — « Malédiction ! » crie le duc. Et les deux hommes s'unissent pour la vengeance. Seulement, celle-ci accomplie, Hernani mourra dès que le voudra Ruy Gomez. Et Ruy Gomez, pour signifier sa volonté, n'aura qu à jouer du ^r que lui reniet Hernani.
Le quatrième acte, intitulé le Tombeau, se passe, la nuit, à Aix-la-Chapelle, dans les caveaux >< qui renferment le tombeau de Charlemagne ». — Nous donnerons le célèbre mono-
V^irT'
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logue de don Carios devant ce tombeau ; méditation politique qu'une première scène a préparée, et dont l'ampleur, l'éloquente gravité, la noblesse, — comme l'ambition dont elle est brûlante, — sont extraordinaires... Mais don Carlos pénètre dans le tombeau, pour y attendre le résultat de l'élection qui va faire un nouvel empereur d'Allemagne. Si c'est lui que choisit la diète, trois coups de canon l'annonceront ■ à la ville. Il sait, d'ailleurs, que dans ces caveaux vont s'as- ^ sembler des comurés : tant mieux ! il les aura tous dans la ^,. . ^ main. — Les voici". Ils tirent au sort le nom de celui qui devra w^^y\ -A frapper. C'est Hernani, — dont la joie éclate, et à qui y^ Ruy Gomez offre vainement, pour prendre sa place, tout ce qu'il possède : fiefs, châteaux, villages, etc.; mieux : le cor fatal.
^lais on entend un coup de canon. « La porte du tombeau s'entr' ouvre. Don Carlos paraît sur le seuil. Pâle, il écoute. » Le troisième coup, en le faisant empereur, le rend sacré, on nous -en a prévenus :
S'il a le Saint-Empire, il devient, quel qu'il soit. Très auguste, et Dieu seul peut le toucher du doigt !
Aussi peut-il dire tranquillement aux conjurés : Messieurs, allez plus loin ! l'empereur vous entend.
Il n'a d'autre part qu'un geste à faire — et il le fait — pour que « toutes les profondeurs du souterrain se remplissent^ de soldats portant des torches et des j^gj^à^âûfiâ»» (tableau 2 qui rappelle la fin du quatrième acte de Cromwell). Les » , conjurés sont désarmés, et Hernani, dédaigneus^mmii séparét»i>^ v*^ , V ^^= grands seigneurs de la conjuration, qui, seuls, doiven^J^M^Vw ilWfttre châtiés, se fait enfin connaître : il est Jean d'Aragon, •
« duc de Ségorbe et duc de Cardona, marquis de Monroy, vicomte Albatera, vicomte de Gor, seigneur de Heux » dont il ignore le compte. Mais don Carlos, devenu Charles Quint se sent devenir réellement un autre homme ; et non Hule* ment il pardonne à Hernani : il lui accorde dona Sol, il lui passe au cou sa propre Toison d'or, le fait chevalier, l'embrasse ! — Puis, s' adressant à tous les conjurés :
Je ne sais plus vos noms, messieurs. Haine et fureur,
Je veux tout oublier... .
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Ce qui n'est pas sans nous rappeler le dénouement de Cromwell, malgré l'hypocrisie du Protecteur et la sincérité de l'empereur.
Le cinquième acte, intitulé la Noce, a pour décor, dans une nuit exquise, « une terrasse du palais d'Aragon », — » • palais d'Hernani. — Nous admirons les derniers éclats de la
SAm^ fête, ternie seulement par l'apparition d'une espèce de « spec- I tre », « aomino noir » que les plus grands seigneurs ( suivent
^fiSk des yeux avec une sorte d'^fifroi ». Paraissent les mariés, m ^ dona Sol, Hernani, plus beaux encore de leur bonheur que de leur beauté même. Tout le monde se retire, et tout . s'éteint. « flambeaux et musiques » ; et c'est, dans le silence ^JUi y des choses, deux âmes qui se mvissent. — Quatrième et . w^^^fta dernier « duo », différent des autres^arce qu'il est à la fois^J^ "T^ d'amour et de joie — joie pleine, immense, — ■ et parce ^(
que dona Sol y est aussi foete, en son lyrisme nouveau, qu'Hernani lui-même. Et c'est pourquoi nous citerons aussi ce duo du cinquième acte...
Mais, tout à coup, le son du cor !... Et le « domino noir»
de tout à l'heure — Ruy Gomez — est devant Hernani, lui
i rappelle son serment, lui tend une fiole de poison. Dofïa Sol,
iTW ^qu'Hernani avait pu gjoignef, revient, voit le poison, défencl
^^\|O0f^à son mari de la sacrifier((^ous êtes à moi. Que m'importent
V ^y^JKtous vos autres serments ! »), menace de son poignard le |^V fm^^ vieux duc impassible, tombe à ses genoux, pleu^Ts^ette sur Hernani, lui arrache la fiole ; et enfin, le voyant décidé à mourir, boit la moitié du poison, et lui donne l'autre... qu'il boit. Ils meurent embrassés ; Hernani le premier,... de quelques secondes. Et le vieillard, trop vengé, se tue...
DONA JOSEFA, DON CARLOS caché, DONA SOL, puis HERNANI
{Josefa ouvre la petite porte. Entre Hernani. Grand manteau, grand chapeau. Dessous, un costume de montagnard d Aragon, gris, avec une cuirasse de cuir, une épée, un poignard, et un cor à la ceinture.)
DONA SOL, courant à lui.
Dona Sol! Ah! c'est vous que je vois Enfin ! et celte voix qui parle est votre voix !
HKRNANl — ii'.«
Pourquoi le sort mit-il mes jours si loin des vôtres? J'ai tant besoin de vous pour oublier les autres !
DONA SOL, touchant ses vêtements.
Jésus I votre manteau ruisselle ! il pleut donc bien?
HERNANI
Je ne sais.
DONA SOL
Vous devez avoir froid 1
HERNANI
Ce n'est rien.
DONA SOL
Otez donc ce manteau.
HERNANI
Dofia Sol, mon amie.
Dites-moi, quand la nuit vous êtes endormie. Calme, innocente et pure, et qu'un sommeil joyeux Entr'ouvre votre bouche et du doigt clôt vos yeux, Un ange vous dit-il combien vous êtes douce Au malheureux que tout abandonne et repousse?
DONA SOL
Vous avez bien tardé, seigneur ! Mais dites-moi Si vous avez froid.
Moi ! je brûle près de toi !
Ah ! quand l'amour jaloux bouillonne dans nos têtes. Quand notre cœur se gonfle et s'emplit de tempêtes. Qu'importe ce que peut un nuage des airs Nous jeter en passant de tempête et d'éclairs !
DONA SOL, lui défaisant son manteau.
Allons ! donnez la cape, — et l'épée avec elle.
HERNANI, la main sur son êpée.
Non. C'est une autre amie, innocente et fidèle. — Dofia Sol, le vieux duc, votre futur époux, Votre oncle, est donc absent?
DONA SOL
Oui, cette heure est à nous.
HERNANI
Cette heure! et voilà tout. Pour nous, plus rien qu'une heure! Après, qu'importe? il faut qu'on oublie ou qu'on meure.