Victor Hugo raconté
* CROM^ELL
Cabinet des Estamres.
.RAVURE DE P. LOMPART
nCTOR HUGO — POÉSIE.
sa conception et sa définition du «drame», Victor Hugo s'affirmait bien le chef qu'attendait au théâtre toute une jeunesse passionnée d'avance pour un art nouveau, hardi, totalement libre. Le drame, disait-il, « c'est la poésie complète )> ; surtout, c'est la représentation complète de la Yig, "puisqu'il « fond sous un même souffle le ^rotesquo et le sublime. îê"~terrible et le bouffon, la tragédie et la comédie ». Mais, tout en condamnant les"« règles" » ctrère^ aux dcL^siques, en exnortant les poètes à ne ^^ pr-^^dr^ Côn5dt~qTr^de la nature q^^ jg ~Arif^ Af rJA l'inspirnti^Ji qm est aussi une vérité et une nature j), Victor Hugo s'appliquait à démontrer — contre certains « réformateurs » des « plus distingués » — la nécessité du vers dan?. le drame, ou, du moins, ses avantj^es. « .L'idée trempée dans le vers, assurait-il, prend soudain quelque chose de plus incisif et de plus éclatant. C'est le fer qui devient acier. » Au reste, la prose est « d'un beaucoup plus facile accès ; la médiocrité y est à l'aise... ». Il es^ vrai que le vers dont il
préconisait Remploi était un ypr^ nnnvpan, rplm-l^ mAmp dont il allait tirer de si admirables effets dans Hernani, dans Manon de Lorme, dans Rny Blas, dans les Burgraves, et qu'on trouvait déjà dans Cromwell : « uji vers Ijbre '^anhanf-hHs e r à propos,j&t~d£Dlacer la césure pour déguiser sa rr^onot onjp r]'al(^Yanrlrin ; plus ami de Tenjam'^ement qui l'ai. on^e que de Tinv^isJOD qui Teinbrouille :... inépuisable dans la v^-\é\é. dp sStours-.. spTT^^^rHdan^ le dialogue ;-.riyn; que, épique. drarnatiir[ll^, -^^^^°~ -^^— ^^^^^^^*-" ; pouvant parcourir touie la gamme poétique, aUer de haut en bas, d^ idées les plus élevées aux plus vulgaires, des'plus bouffonnes cLTlX plus graves^^^», etc. "^
L'duLuui cirTlvait enfin à son Cromwell, pour dire comment il en avait eu l'idée, — comment il avait vu, « en furetant la chronique,... se dérouler » devant lui le Cromwell «complexe, hétérogène » qu'il s'était ensuite efforcé de peindre, — et pourquoi il avait choisi, dans l'histoire de « cet être... multiple, composé de tous les contraires, mêlé de beaucoup de
mal pf dp. hpf^,nmnp dp hifin plpi'n d^ génie et d^ pptltAccAg «^ Te" moment où « l'ambitieux » essaie « de se faire roi ». N'est-ce pas alors que « ce caractère singulier se développe sous toutes ses formas »? Le poète ajoutait qu'il avait voulu peindre aussi une « cour » et un « peuple » ; et, à notre avis, cette peinture de l'époque n'est pas ce qu'il y a de moins vivant dans Cromwell, qu'il faudrait même considérer plutôt comme une fresque historique animée, ayant Cromwell
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pour centre mobile, que comme un véritable drame. Aussi bien, et quoi que dise la Préface, le Cromwell de Crornivell n'est pas absolument celui de l'histoire. Dans son double personnage de «tyran» et de père de famille «jouet» des siens, il est trop le- « Tibère-Dandin » annoncé par la Préface. De plus, comme régicide, il a des remords.
C'est du sang de Stuart la fenêtre souillée !
Oui, c'est de là qu'il prit son essor vers les deux !
s'écrie-t-il au deuxième acte (scène xv). Et, continuant de se parler à lui-même :
S'il faut que tout crime s'expie, Tremble, Cromwell ! — Ce fut un attentat impie ! Jamais plus noble front n'orna le dais royal.
Or, s'il est bien certain que Cromwell rêva de s'asseoir à son tour sous un dais royal (pour des raisons politiques et non pour celles que Victor Hugo lui prête et qui le rapetissent en le rendant jaloux d'un vain titre i), jamais, certes, il ne considéra Charles I^^ comme un martyr, dont il aurait été le plus vil des bourreaux. Il le condamna parce qu'il le tenait pour un grand coupable, et jamais il n'eut de remords ! — pareil à la plupart des régicides qui crurent ou se venger avec justice, ou venger leur patrie et leur dieu...
Chose curieuse, d'autre part — l'auteur lui-même en a fait la remarque, dans la Préface, — le « drame ne sort pas de Londres », et « il commence le 25 juin 1657, à trois heures du matin », pour finir « le 26 à midi », respectant donc la règle de l'unité de heu et, à peu près, celle de l'unité de temps ou des vingt-quatre heures. Sans doute, d'un acte à l'autre, la scène change ; mais les changements de heu dans une même vihe sont, au moins, tolérés par « la prescription classique ».
Le premier acte, intitulé les Conjurés, se passe dans une taverne et nous montre, en un tableau pittoresque, des royalistes et des républicains conspirant la mort de Cromweh, qui, las du titre de Protecteur, veut être « Majesté ». Trois de ces royalistes (ou « Cavaliers ») savent, il est vrai.
I. Un historien sérieux, M. E. Sayouâ, a écrit ; « Personne plus que lui, en ses dernières anné^, n'a préparé une Restauration. La couronne et U pairie lui paraissaient les ressorts nécessaires de la vie nationale. Il songea donc à prendre l'une, et à rétablir l'autre, »
que la volonté de leur « roi » — le futur Charles II — est qu'on enlève le Protecteur pour le lui amener vivant : lord Rochester s'introduira chez Cromwell, lui fera prendre un narcotique, etc. Et le jeune et brillant Rochester ne demande pas mieux ; car, depuis la veille, il est fou — en vrai fou ! — de Francis Cromwell, la plus jeune fille du maître. Il a composé pour elle un quatrain qu'il espère lui glisser :
Un quatrain quelquefois met les choses en train.
Survient le fils de Cromwell, Richard, attiré par le bruit que font les conjurés ; mais Richard est l'ami, le compagnon de plaisir des Cavaliers, il est royaliste, et — ne soupçonnant rien, au reste, de ce qui a été décidé dans cette taverne des Trois-Grues — il boit « à la santé du roi Charles » ! Après quoi, l'on entend un crieur public annoncer la motion « faite à la Chambre » de couronner Cromwell.
Le second acte, intitulé les Espions, se passe dans « la salle des banquets, à White-Hall », et nous montre d'abord le Protecteur recevant avec une grâce hautaine ou une injurieuse brutalité, dans ce palais des rois devenu le sien, les ambassadeurs de France, d'Espagne, etc. Mais voici sa femme et ses filles ; alors nous apparaît, sous le grand homme un pauvre homme : celui qui dira tout à l'heure à son secrétaire Thurloë (scène v) :
... Ah! cinq femmes! cinq femmes!...
J'aimerais mieux régir par décrets absolus Cinq villes, cinq comtés, cinq royaumes de plus.
Et encore :
Non. De tout mon destin l'équilibre est rompu. L'Europe est d'un côté ; mais ma femme est de l'autre.
Cependant il se réjouit à la pensée qu'il va enfin mettre la main sur la couronne :
Ah! je le tiens enfin, ce sceptre insaisissable !
Mes pieds ont donc atteint le haut du mont de sable.
THURLOE
Mais, dès longtemps, Mylord, vous régnez ?
Non, non, non I J'ai bien l'autorité, mais je n'ai pas le nom ! Tu souris, Thurioë. Tu ne sais pas quel vide Creuse au fond de mon cœur l'ambition avide ! Comme elle fait braver douleur, travail, péril, Tout enfin, pour un but qui semble puéril ! Qu'il est dur de porter sa fortune incomplète ! Puis, je ne sais quel lustre, où le ciel se reflète, Environne les rois depuis les temps anciens. Ces noms : Roi, Majesté, sont des magiciens !
Mais un républicain fanatique, le sauvage puritain Carr, bien que haïssant Cromwell, vient lui dénoncer le complot oi^rdi aux Trois- Grues :
Si méchant que tu sois, j'aime mieux ton empire Qu'un Stuart, un Hérode, un royal débauché, Gui parasite, enfin du vieux chêne arraché !
Et, tranquillement, il Uvre les noms des Cavahers, avec, en plus, celui de Richard Cromwell. Les noms des républicains ou '( Têtes rondes « seront hvrés, quelques instants après, par un faux Cavaher, espion du Protecteur; et Cromwell, que ces révélations ont troublé, médite sur la vanité des ambitions :
Qu'est-ce un trône, d'ailleurs ? un tréteau sous un dais, Quelques planches où l'œil de la foule s'attache, Changeant de nom, selon l'étoffe qui les cache. Du velours, c'est le trône ; un drap noir, l'échafaud !
Tout de môme, Rochester, déguisé en '' ministre puritain », s'est introduit à White-Hall, et réussit à s'y faire agréer par Cromwell comme chapelain.
C'est à White-Hall aussi, mais dans ' la chambre peinte n, que se passe le troisième acte, intitulé les Fous. Cromwell a quatre fous de cour, et ce sont eux qui ouvrent l'acte.
Ils gambadent, chantent des chansons — dont une, la « ballade » chantée par Gramadoch *, est une sorte de lé-
ï. Les trois autr^ fous se nomment Elespuru, Girafi et Trick.
gende moyen âge tragiquement charmante*; — puis, bouffonnant et sérieux tour à tour ou en même temps, ils parlent de Cromwell et des périls qui le menacent ; oh ! sans excès' d'admiration pour lui, ni de pitié : au contraire ! Gramadoch s'écrie :
Il nous croit ses jouets ; pauvre homme ! il est le nôtre. Nous dupe-t-il jamais par quelque patenôtre ! Nous épouvante-t-il par ces éclats de voix, Ou ces clins d'yeux dévots, qui font trembler des rois ?...
Et Trick, Giraff, Elespuru sont, finalement, d'accord avec leur camarade pour ne pas donner à leur maître l'avertissement qui, pensent-ils, le sauverait.
Entre Cromwell. Il voudrait se « distraire un peu » avec ses fous; mais des sectaires paraissent qui l'interrogent sur «un point de foi». Faut-il «brûler» ou « pendre» ?
Ceux qui ne parlent pas comme saint Jean parlait, Et disent « Siboleth » au lieu de « Schiboleth » ?
Cromwell hésite entre les deux genres de supplice, opposant le mérite de l'un à celui de l'autre : le feu « purifie » le pécheur,
Daniel s'épura dans le brûlant triangle. Mais la potence a bien son avantage aussi ; La croix fut un gibet !...
Enfin il ordonne à Roches ter de décider; et celui-ci se prononce pour le gibet.
Après ces deux premières scènes curieusement épisodi-
I. En voici les premières strophes, qui feront, au moins, sentir l'agrément du rythme :
Pourquoi fais-tu tant de vacarme,
Carme ?
Rose t'auraii-eile trahi ?
Hi!
Pourquoi fais-tu tant de tapage,
Page?
Es-tu l'amant de Rose aussi ?
— Si!
Qui te donne cet air morose.
Rose?
— L'époux, dont nul ne se souvient
Viçnt...
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ques, le drame se remet en marche. Le Protecteur consulte les membres du conseil privé sur l'offre, que le Parlement va lui faire, de cette royauté qu'il désire si âprement. On a dit : « C'est la situation d'Auguste délibérant avec Maxime et Cinna sur le même sujet ». La scène n'en est pas moins originale ; ce sont les proches de l'ambitieux, un gendre, un beau-frère, qui défendent, ici, l'idée républicaine. Et, dans la scène suivante, c'est le grand poète Milton. Il la défend même dans un discours qui est un des beaux morceaux de l'ouvrage (nous le citerons plus loin intégralement). Cromwell est troublé. Pourtant, il accepterait la couronne, si une grosse étourderie de Rochester et une grave imprudence du poète et agent royaliste Davenant ne le mettaient en possession de deux billets qui le font sérieusement réfléchir. Ce fou de Rochester, croyant donner à Francis Cromwell son madrigal, lui a remis une lettre écrite pour les Cavahers, ses complices ; et Francis l'a remise à son père, lequel apprend ainsi qu'on veut l'endormir et l'enlever. Davenant, lui, mandé par le Protecteur, se rend à White- Hall avec la lettre dans laquelle le prétendant chargeait Rochester de verser le narcotique. Il la croit en sûreté dans la coiffe de son chapeau. Mais Cromwell, averti :
Vous avez un chapeau de forme singulière.
Excusez ma façon peut-être familière.
Vous plairait-il, monsieur, le changer pour le mien ?
Et s'étant emparé du dit chapeau, il « en tire la dépêche... » Il songe alors qu'il lui faut, avant tout, écraser le complot royahste; et, au Parlement, qui le supphe d'étendre « sur l'Europe », comme « roi d'Angleterre »,
Le glaive de Judas et la verge d'Aaron,
il répond, après s'être bien recueilli : « Nous examinerons. » Puis il force Rochester à boire la liqueur préparée par le faux (( ministre », qui aussitôt s'endort...
Intitulé la Sentinelle, le quatrième acte montre d'abord le Protecteur, <f déguisé en soldat «, devant « la poterne du parc de White-Hall ». Il sera bientôt minuit, l'heure où les Cavaliers doivent se réunir devant cette porte. On entend la voix du fou Elespuru, qui chante une jolie chanson (nous la donnerons tout à l'heure). Puis, c'est un long monologue
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dé Cromwell, sur le bonheur de ce fou, et sa misère à lui, l'aspirant monarque :
... Le bouffon est passé Sans savoir que ces lieux, où chantait son délire, Vont voir se décider le destin d'un empire. Qu'il est heureux, ce fou !.,.
... Qu'il est heureux I Sa parole est du bruit, son existence un rêve. Et quand il atteindra le terme où tout s'achève, Cette faulx de la mort, dont nul ne se défend, Ne sera qu'un hochet pour ce vieillard enfant !
Jamais ce fou ne prit cette peine insensée D'enfermer, comme moi, le monde en sa pensée ; Jamais des mots profonds, des soupirs éloquents Ne sortent de son cœur, comme un feu des volcans.
Ah ! malheureux Cromwell ! ton fou te fait envie...
Arrivent les Cavaliers, lord Ormond, lord Roseberry, lord Clifïord, etc. Cromwell les laisse entrer dans le palais, où ils croient le trouver endormi, et d'où ils sortent portant Rochester « bâillonné avec un mouchoir qui lui cache le visage ». Quiproquo assurément dramatique ; d'autant plus que la majorité des conjurés présents veulent — contrairement à l'ordre du « roi » — tuer le prisonnier, et que Richard Cromwell intervient, suppliant, puis violent, puis héroïque, pour sauver celui qu'il croit être son père. Et ensuite, quelle succession de coups de théâtre, lorsque Rochester se réveille, arrache son bâillon, et que, lord Ormond s'étant écrié : « Où donc est Cromwell ? », celui-ci se redresse et lance d'une voix de tonnerre :
Le voici!
Hors des tentes, Jacob, Israël, hors des tentes !
A ce mot, paraissent au fond du théâtre une « multitude de soldats », éclairés par des torches, tandis que les fenêtres de White-Hall « s'illuminent », montrant partout d'autres soldats « armés de toutes pièces ». — « Cromwell, l'épée à la main, se dessine sur ce fond étincelant. »
Il annonce aux conjurés qu'ils seront tous pendus, et rentre à W'hite-Hall après avoir dit à Thurloë :
Fais sur l'heure apprêter Westminster ! — Je suis roi.
Pourquoi ne le serait-il pas? — Victor Hugo, dans la Préface du drame, expose en ces termes ce que l'histoire lui fournissait pour le dernier acte : « Westminster est pavoisé, l'estrade est dressée, la couronne est commandée à l'orfèvre, le jour de la cérémonie est fixé. Dénouement étrange ! C'est ce jour-là même, devant le peuple, la milice, les communes, dans cette grande salle de W^estminster, sur cette estrade,... que, subitement, comme en sursaut, il semble se réveiller à l'aspect de la couronne, demande s'il rêve, ce que veut dire cette cérémonie, et, dans un discours qui dure trois heures, refuse la dignité royale ». Mais pourquoi? « C'est ce que nul document contemporain n'éclaircit souverainement », ajoutait l'auteur, qui s'en féUcitait : « La liberté du poète en est plus entière ». Usant de cette hberté, Victor Hugo imagina ceci : Cromwell déjoue par son refus la conjuration des Têtes rondes. Leur chef, le général Lambert, devait le poignarder en lui présentant la couronne. Et, si le courage avait manqué au général — qui, dans la pièce, est aussi lâche qu'ambitieux, — d'autres eussent frappé pour lui. Mais Cromwell, cette fois encore, a été averti.
Le cinquième acte — intitulé les Ouvriers — se passe dans '( la grande salle de W'estminster ». Décor superbe, où s'agitera, parlera, criera une « foule». — Le goût du poète pour les mises en scène éclatantes, sa passion et, l'on peut dire, son génie du spectacle, se sont largem.ent satisfaits. A peine les ouvriers ont-ils terminé l'estrade, que voici successivement les conjurés, les fous, Milton, des gens du peuple et des bourgeois, le champion d'Angleterre (il proclame « Ohvier Cromwell... roi » et défie « à la dague, à la hache, au sabre, au cimeterre » quiconque oserait protester) ; puis c'est un grand bruit de cloches, des coups de canon, et l'entrée du lord-maire avec les aldermen, celle des cours de justice, le Parlement, etc. ; enfin, dans un fracas de fanfares et d'acclamations, le Protecteur, « en velours noir », simplement, mais suivi d'un cortège " étincelant d'or et d'acier '>. Discours, prières ; puis, Cromwell accepte ( la robe de pourpre bordée d'hermine » , et, l'ayant revêtue, va s'asseoir sur le trône, où il reçoit l'épée, les sceaux, la Bible '( à fermeture d'or » ; il ne lui
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manque plus que la couronne. I\Iais, au moment où le général Lambert la lui présente, à genoux, et où les conjurés mettent tous « à la fois la main sur leurs poignards », il semble sortir d'un rêve :
... Arrêtez !
Que veut dire ceci ? Pourquoi cette couronne ? Que veut-on que j'en fasse ? et qui donc me la donne ?
Mylords, Messieurs, anglais, frères, qui m'écoutez. Je ne viens point ici ceindre le diadème. Mais retremper mon titre au sein du peuple même, Rajeunir mon pouvoir, renouveler mes droits...
Et le discours se déroule, brillant, vigoureux, menaçant aussi :
Avis aux malveillants ! On sait tout ce qu'ils font. Le flot est transparent, si l'abîme est profond...
Mais le chef-d'œuvre, c'est la péroraison. Le tragédiencomédien s'est mis à pleurer :
Je sens mon bras faiblir, et ma fin est prochaine. Depuis assez longtemps suis-je pas à la chaîne ? Je suis vieux, je suis las ; je demande merci. N'est-il pas temps qu'enfin je me repose aussi ? Chaque jour j'en appelle à la bonté divine. Et devant le Seigneur je frappe ma poitrine.
Loin, ce nouveau pouvoir à mes vœux présenté ! Je n'en accepte rien, — rien que l'hérédité...
Dans les quatre scènes finales, nous assistons à un débordement de clémence hypocrite. Cromwell pardonne aux Cavaliers, qu'on n'avait pas encore pendus ; pardonne à Carr, malgré les invectives et malédictions dont celui-ci l'accable ; pardonne même à un autre puritain, qui \dent de s'élancer vers l'estrade pour le tuer. Il est vrai que le peuple s'empare du furieux et le jette dans la Tamise. Et le grand tartuffe poh tique et rehgieux qu'a voulu peindre Victor Hugo, de se dire : « C'est toujours un de moins ;>...