Montagne de l'Attique, renommée pour son miel
3. Localité située jadis hors de l'enceinte de Paris, entre la VU'ette et les Buttes- Chaumont, et où s'élevait un gibet fameux construit au au* siècle.
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise. ^7 Ilnçi^eait. il neigeait toujours ! La froide bise v4\0^ "^V^ '^
^ ^^^ vl-^ Sifflait ; surle verglas, dans des Ueux inconnus, ^^ -^ C^-^Mfx ^^^ On n'avait pas de pain et l'on allait pieds nus. ' Ma^'^ i ^
'Ce n'étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre : IC'était un rêve errant dans la brume, un mystère, tJne procession d'ombres sur le ciel noir. La soUtude vaste, épouvantable à voir, 'Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse Pour cette immense armée un immense hnceul. Et, chacun se sentant mourir, on était seul. ^, . ^ \,JUf^'^^ — S6rtira-t-on jamais de ce funeste empire? \jX^ ^^^^j^ Deux ennemis ! le czar, le nord. Le nord est pire. I i On jetait les canons pour brûler les afiyts. Ca^^/xa^^é^ J j^ Qui se couchait^ jnourait. Groupe morne et confus, ' -^^*^^ Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège. ^
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige, ^^^y^^r^^r^jL^'^''*^^'^ '*]p~^oir que des régiments s'étaient endormis là. \^X^J^^^^U^ ^ , O chutes d'Annibal ! lendemains d'Attila ! J>Z^^^
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières, .sr .. ^.. On s'écrasait aux ponts pour passer les rivières, \^ y>^ On s'endormait dix mille, on se réveillait cent.
Xey, que suivait naguère une armée, à présent i^ji ^^^^^^^^
S'évadait, disputant sa montre à trois cosaques. ^^tA^ ^^
r\' *? Toutes les nuits, qui- vive ! alerte ! assauts 1 attaques 1a fjj^AJ^
j> Ces fantômes prenaient leur fusil, et sur eux '^ ^yj
^ Ils voyaient se ruer, effrayants, ténébreux, \, ^^
Avec des cris pareils aux voix des vautours chauves. D'horribles escadrons, tourbillons d'hommes fauves.
Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait. ^. ÇL^
(•L'Empereur était là, debout, qui regardait. ^fAS^^^^^ â" £ Il était comme un arbre en proie à la cognée. ^sj^^
Sur ce géant, grandeur jusqu'alors épargnée. Le malheur, bûcheron sinistre, était monté ; Et lui, chêne vivant, par la hache insulté, Tressaillant sous le spectre aux lugubres revanches, Il regardait tomber autour de lui ses branches. Chefs, soldats, tous mouraient. Chacun avait son tour. Tandis qu'environnant sa tente avec amour. Voyant son ombre aller et venir sur la toile. Ceux qui restaient, croyant toujours à son étoile. Accusaient le destin de lèse-majesté.
Lui se sentit soudain dans l'âme épouvanté.
VHTOP HUGO
^^ ^ -^^LES CHATIMENTS — loO
Stupéfait du désastre et ne sachant que croire,
L'Empereur se tourna vers Dieu ; l'homme de gloire
Trembla ; Napoléon comprit qu'il expiait
Quelque chose peut-être, et, livide, inquiet,
Devant ses légions sur la neige semées :
— Est-ce le châtiment, dit-il. Dieu des armées? —
Alors il s'entendit appeler par son nom.
Et quelqu'un qui parlait dans l'ombre lui dit : « Non ! »
Waterloo ! Waterloo LWaterloo ! morne plaine ! ^XW '.
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine, Mca!^ ^r
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons, omcàJ ' '•t^A^**^
La pâle mort mêlait les sombres bataillons. P
D'un côté c'est l'Europe, et de l'autre la France. - j£ /^fÇ w
Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l'espérance ; /
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
O Waterloo ! je pleure et je m'arrête, hélas ! ^-^ ^ t » m^ê^ ^^
Car ces derniers soldats de la dernière guerre ^M^ <*<# '^^'^
Furent grands ; ils avaient vaincu toute la terre.
Chassé vingt rois, passé les Alpes et le Rhin,
Et leur âme chantait dans les clairons d'airain ! '•*<^
Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire.
Il avait l'offensive et presque la victoire ;
Il tenait Welhngton acculé sur un bois.
Sa lunette à la main il observait parfois
Le centre du combat, point obscur où tressaille
La mêlée, effroyable et vivante broussaiîle,
Et parfois l'horizon, sombre comme la mer. <v ; ■
Soudain, joyeux, il dit : — Grouchy ! — C'était Bliicher. iv./v^ -V*^
L'espoir changea de ca.mp, le combat changea d'âme
La mêlée en hurlant grandit comme une flamme. , .
La batterie anglaise écrasa nos carrés. ^J^
La plaine où frissonnaient nos drapeaux déchirés
Ne fut plus, dans les cris des mourants qu'on égorge,
Qu'un gouffre flamboyant, rouge comme une forge;
Gouffre où les régiments comme des pans de murs <^>u.-^A^
Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs ^ a
Les hauts tambours-majors aux panaches énormes, ^■^i-''^*-'^-'^''*-*-^
Où l'on entrevoyait des blessures difformes !
Carnage affreux ! moment fatal ! L'homme, inquiet, J^ fV-^
Sentit que la bataille entre ses mains pliait, l # ri A->*Ajt
Derrière un mamelon la garde était massée. La garde, espoir suprême et suprême pensée ! — Allons ! faites donner la garde, cria-t-il. — Et, lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil iDragons que Rome eût pris pour des légionnaires, 'Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres. Portant le noir colback ou le casque poli, — cL--a„<-^^<-^ Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli, Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête', — Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête. Leur bouche, d'un seul cri, dit : — Vive l'Empereur ! j-7 ^4 Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur, JiSbôJiJUj Jd^ Tranquille, souriant à la mitraille anglaise, ÇjJujjJ iJ
La garde impériale entra dans la fournaise. Hélas ! Napoléon, sur sa garde penché, Regardait, et, sitôt qu'ils avaient débouché Sous les sombres canons crachant des jets de soufre, Voyait, l'un après l'autre, en cet horrible gouffre, Fondre ces régiments de granit et d'acier Comme fond une cire au souffle d'un brasier. Ils allaient, l'arme au bras, front haut, graves, stoïques. -— "fPas un ne re^nla jnnrmpy mor^héroïques ! 'i^HM'^ a^-^Ma^^ Le reste de l'armée hésitait sfr?*leurs Gorps, vt a^w***-^<^' * Et regardait mourir la garde. — C'est alors ^ ^"^A^T^^Cmmj Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée, \f\^j A La Déroute, géante à la face efîarée, ^f *
Qui, pâle, épouvantant les plus fiers bataillons. Changeant subitement les drapeaux en haillons, -^^-^"^ A de certains moments, spectre fait de fumées, Se lève grandissante au miUeu des armées, La Déroute apparut au soldat qui s'émeut, Et, se tordant les bras, cria : — Sauve qui peut ! — Sauve qui peut! — affront! horreur! — toutes les bouches Criaient ; à travers champs, fous, éperdus, farouches. Comme si quelque souffle avait passé sur eux, Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux. Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles. Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles. Sous les sabres prussiens, ces vétérans, ô deuil ! Tremblaient, hurlaient, pleuraient, couraient!... En un clin Comme s'envole au vent une paille enflammée, [d'œil.
S'évanouit ce bruit qui fut la Grande Armée, Et cette plaine, hélas! où l'on rêve aujourd'hui. Vit fuir ceux devant qui l'univers avait fui !
Quarante ans sont passés, et ce coin de la terre. Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire, -i
Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants, ^ Tremble encor d'avoir vu la fuite des géants !
Napoléon les vit s'écouler comme un fleuve ; .
Hommes, chevaux, tambours, drapeaux; — et, dans l'épreuve
Sentant confusément revenir son remords,
Levant les mains au ciel, il dit : « Mes soldats morts.
Moi vaincu ! mon empire est brisé comme verre.
Est-ce le châtiment cette fois. Dieu sévère? »
Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon.
Il entendit la voix qui lui répondait : Non !
A Sainte-Hélène même, lorsque, près de mourir, il apercevra Hudson Lowe « guettant par la porte entr' ouverte », et s'écriera : « La mesure est comble ? ». la voix répondra : « Pas encore !» Il ne sera châtié vraiment que par le Deux- Décembre, par l'avènement de «Napoléon le Petit», aboutissement horrible et grotesque de l'épopée qu'inaugura le crime du Di.^huit Bnyjj^e. C'est ce que proclame la voix devenue « âpre, amère, strio^Tle », - — et qui dit au césar réveillé, debout et tremblant dans son tombeau des Invalides : « Je suis ton crime ! »
— U Expiation est datée de Jersey, avec cette double date : 25-30 novembre 1852.