‹ Œuvres choisiesChapitre 45 sur 149 · LES DUCS DE GHEVREUSE · texte numérisé non relu

LES DUCS DE GHEVREUSE

ET DE GHAULNES

A l'armée de FLANDRE. 1747,

Ce dieu que la nature entière Rappeloit pour la rajeunir, Ce printemps qui dans sa carnoro Devroit ne voir que !e plaisir, Vient donc de rouvrir la barrière Des fureurs et du repentir A l'extravagance guerrière !

Quand Vénus, Vertumne, Zéphyr, La Volupté, que tout respire, Et qui réveille l'univers, Devroient n'offrir que les concerts De la musette et de la lyre, La trompette trouble les airs;

182 ÉPITRE QUINZIÈMB.

Et l'Amour s'alarme et soupii-o En voyant sortir des enfers Des cyprès, des lauriers, dos fors, La Mort, la Gloire, et le Délire.

Ces masses de bronze et d'airain, Où l'art sinistre de la guerre Renferme les feux du tonnerre, Déjà sur leur affreux chemin Écrasent dans le sein de Flore Les myrtes, les roses, le tliym.

Qu'un ciel plus doux faisoit éclorj.

Déjà le laboureur déplore Ses sillons foulés et détruits.

Au lieu des plantes et des frui'.s Dont elle alloit être parée, La terre aride et déchirée Se couvre d'un horrible amas De tentes, d'armes, de soldats; Et cette mère languissante Gémit en voyant ses enfants Étouffer la moisson naissante Pour se creuser des monuments.

0 vous qu'à regret j'envisage Dans ces dangers et ces travaux, ^'ous qui les cherchez en héros, Et les voyez des yeux du sage, Quand reverrai-je l'heureux temps Oij, la paix calmant les ravages - Et laissant vivre les vivants.

Vous reviendrez sur nos rivages Cueillir les fleurs de vingt printemps,

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