A MM. DE CHRVREUSE, ETC. 1S
Et partager sous nos ombrages
Le sort sensé des bonnes gens,
Loin des querelles d'Allemands,
Des pandoures anthropophages,
Et tels autres mauvais plaisants!
Hàtez-vous sous l'astre propice
D'un roi que suivent constamment
L'Amour, la Victoire, et Maurice :
Consommez l'asservissement
De ces fiers et foibles Bataves
Qui, craignant leur dernier moment,
Viennent tumuUuai rement
De se redonner des entraves
Proscrites solennellement
l'ar leurs ancêtres moins esclaves ;
A notre destin immortel
Ramenez ces moments illustres,
Ces conquêtes dont le Texel
Tremble encore après quinze lustres.
Quel boulevard résistera
Au vainqueur qui le redemande?
Le même Mars règne , commande ;
Le même sort obéira.
Sur les remparts de la Hollande
Allez, arborez la guirlande
Des lis qu'ils ont portés dt\jà;
Et ramenez à l'opéra
Les présidentes de Zélande
Et les baronnes de Bréda;
Afin que, si l'effroi, la haine,
Ou le vain désespoir entraîna
181 ÉPITKE QUINZIÈME.
Les époux h Batavia,
Cn puisse, comme il conviendra,
Consoler la liaute puissance
De leurs veuves pendant l'absence;
Et que jonquille et nacara
Tassent les horneurs de la France
A la sotte qui les prendra.
Mais quelle vaine et chère image M'enlretienl déjà du retour, Quand nous sommes si loin du jour Qui doit finir voLre esclavage?
Jusque-là quel alTreux tourment!
Quel vide! quel désœuvrement 1 Que d'ennui, qu'en vain on évite.
Et qu'on retrouve à tout moment.
Vous attend, vous suit, vous agite 1 Que le camp le plus triomphant Pèse au vrai sage qui l'habite I Au milieu des sots embarras, Des longs diners et du fracas Do tant de gens braves et pLts Que l'éternelle Flandre assemble, Je ne vous plaindrai pourtant pas, Si vous êtes souvent ensemble :
Dans ce pays triste et perdu.
Vous trouvez et vous pouvez rendre La douceur de causer, d'entendre.
Et le plaisir d'être entendu :
Parmi les ennuis de la gloire.
L'air grivois et le mauvais ton Do ce peup'e à cravate noire,
A Î-'M. DE CHEVRKUSE, ETC. 185
Qui n'a de conveisalion Que pour dîner avec Grégoire Ou pour souper avec Fanchon :
Dans cette troupe non lettrée De petits messieurs si paifuits, Si ridicules, si ginguets, Dans 1.1 populace do éc De jeunes et vieux freluquets, L'un de l'autre ressource heureuse, Vous vous dédommagez tous dei:\ De tant de milliers d'ennuyeux Qui bordent la Dyle et la Meuse;
Et, sous les tonnerres de Mars
Philosophes libres et calmes,
Des muses et de tous les arts
Vous joindrez les fleurs h ces palmes
Qui couronnent vos étendards ;
Ainsi sous le ciel athintique,
Et près du tombeau de Didon,
Lélius avec Scipion
Retrouvoit Rome dans l'Afrique;
Dans cette pompe et ce fracas
De faisceaux, d'aigles, de combats.
Aux champs du barbare Gétule,
Tous deux se rendoient les loisirs.
Les arts, la langue, les plaisirs
Et de Tibur et de Tuscule.
Faits, comme eux, pour les agréments
De l'heureuse philosophie.
Vous adorez les arts charmiir.ls De l'Attique et de l'Ausonie;