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XVIII GRESSET

avaient leur mouchoir passé autour de leur cou. Au jourd'hui un opéra, un faclam, un charlatan , tout ce qui fait du bruit, crée des noms de tabatières et de bonnets. C'est une branche de l'industrie française,'et nullement un objet de littérature ou de morale.

Quant aux expressions exagérées et précieuses dont Gresset parlait aussi, elles ne sont pas plus d'un temps que d'un autre : toujours elles ont été à l'usage de la multitude, et toujours on s'en est moqué, depuis Molière jusqu'à Vadé. Il y a d'ailleurs dans le langage journalier un genre d'exagération convenu, dont personne n'est dupe, et qui date de loin. 11 y avait longtemps qu'on était désolé de ne pas dincr avec vous , quand Gresset s'avisa de s'en formaliser, et il aurait pu de même s'inscrire en faux contre le très-humble serviteur, quand on n'est ni humble ni serviteur, et surtout qu'on n'a point l'honneur de l'être.

Il eût été plus important et plus instructif d'examiner l'origine du style précieux, affecté, entortillé, si commun chez les écrivains de nos jours; de cette foule de termes abstraits, prodigués hors de propos, même dans les ouvrages de mérite, et qui ne servent qu'à hérisser et obscurcir le style ; de cette profusion de mouve/ients oratoires et de figures outrées dans les plus petits sujets.

Il convenait à un académicien de rechercher les

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causes de ces différents travers ; et il n'était pas difficile de faire voir que le premier tenait à l'ambition d'avoir de l'esprit, devenue une épidémie universelle; le second, à l'affectation de l'esprit philosopfiiqiœj dewenu l'esprit dominant; le troisième, aux prétentions à la sensibilité en paroles , prétentions toujours plus prononcées à mesure que la chose devient plus rare; et c'est ainsi qu'il aurait pu rapprocher les mœurs et le langage, et embrasser leurs rapports.

Quoi qu'il en soit, la réputation de Gresset n'est pas une de ces réputations qui dépendent du caprice et ne résistent pas au temps. Ce n'est pas le nombre de ses écrits qui fait sa force ; mais il a eu le cachet de l'originalité dans tout ce qui restera de lui. C'était un véritable talent-né, et, n'en déplaise à Voltaire, le Méchant, Vert-Vert et la Chartreuse vivront autant que la langue française.

L'intrigue du Méchant est froide, et copiée à peu près du Flatteur de Rousseau. Le méchant, comme le flatteur, veut rompre le mariage d'un de ses amis pour se substituer à sa place : le flatteur , parce que ce mariage peut lui faire une fortune dont il a be-

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soin; le méchant, pour avoir le plaisir de brouiller; et dans les deux comédies c'est un valet gagné par une soubrette qui démasque le traître et fournit contre lui les pièces de conviction. Mais celle de Gresset est mieux conduite que celle de Rousseau : dans celle-ci, le jeu des ressorts est un peu forcé; il est, dans l'autre, plus aisé et plus naturel.

Le Flatteur est presque entièrement dénué de comique, si ce n'est dans quelques endroits de la scène du dédit, dont le fond est d'ailleurs peu vraisemblable.

Il y en a davantage dans le Méchant, particulièrement dans la scène où Valère joue la fatuité et l'impertinence pour dégoûter de lui le bonhomme Géronte ; cette scène est excellente, mais c'est aussi la seule qui soit vraiment en situation. Il s'offrait là un fonds d'intérêt dont il est bien surprenant que le poète n'ait tiré aucun parti , puisqu'il paraît l'avoir aperçu. Valère, gâté par le séjour de-la capitale, et encore plus par les raisons de Cléon qui est son oracle et son modèle, cherche à faire échouer son mariage avec la jeune Chloé, qui a été élevée avec lui en province et qui a eu ses premières inclinations. 11 y a six ans qu'il ne l'a vue, et quelques intrigues qu'il a eues à Paris, et qu'à son âge on prend si volontiers pour des bonnes fortunes, lui font regarder avec dégoût un mariage que ses parents désirent, et qui peut faire son bonheur. Mais

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