‹ Œuvres choisiesChapitre 9 sur 149 · GRESSET. XXI · texte numérisé non relu

GRESSET. XXI

à peine a-t-il donné la ridicule scène projetée entre lui et Cléon pour rebuter Géronte, qu'il revoit Chloé, et la revoit charmante. Il s'écrie :

Ah ! qu'uu premier amour a d'empire sur nous 1 J'allais braver Chloé par mon étourderie. La braver! J'aurais fait le malheur de ma vie: Ses regards ont changé mon âme en un moment : Je n'ai pu lui parler qu'avec saisissement. Que j'étais pénétré! Que je la trouve belle! Que cet air de douceur et noble et naturelle A bien renouvelé cet instinct enchanteur, Ce sentiment si pur, le premier de mon cœur!

Non-seulement ce retour est dans la nature, mais il fait voir dans Valère un fonds de sensibilité et d'honnêteté que de faux airs et de mauvais exemples n'ont pu détruire ; c'était un germe d'intérêt : l'auteur le fait avorter sur-le-champ. Le rôle de Chloé est nul : pas une scène entre elle et son amant, dont la faute et le repentir pouvaient en amener de charmantes. Gresset, au lieu de mener de front l'amour de Chloé et de Valère, et les incidents qu'il devait produire par les artifices de Cléon, a tout sacrifié au rôle du méchant, qui est en effet très-bien vu et très-bien développé ; mais il a étouffé l'intérêt qu'il pouvait faire naître. On apprend par quelques vers le raccommodement de Valère et de Chloé: il semble qu'il n'ait eu qu'à se présenter pour disposer du

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