A M. DE M AF CROIX
Ce samedi matin (septembre ' 1661).
Je ne puis te rien dire de ce que tu m'as écrit sur mes afl'iiires, mon cher ami, elles me touchent pas* tant que le malheur qui vient d'arriver au surintendant. Il est arrêté, et le Roi est violent contre lui, au point qu'il dit avoir entre les mains des pièces qui le feront pendre. Ah ! s'il le fait, il sera autrement cruel que ses ennemis, d'autant qu'il n'a pas, comme eux, intérêt d'être injuste. M""" de B. ' a reçu un billet où on lui mande qu'on a de l'inquiétude pour M. Pellisson : si ça est, c'est encore un grand surcroît de malheur. Adieu, mon cher ami, je t'en dirais beaucoup davantag^e, si j'avais l'esprit tranquille présentement ; mais la prochaine fois, je me dédommagerai pour aujourd'hui.
. Feriunt summos Fulmina montes K
Ce coup de foudre, comme dit La Fontaine, l'atteifçnait luimême dans ses intérêts essentiels ; il perdait en Fouquet un mafçnifique Mécène. Mais ce qui honore extrêmement le poète et l'homme, son cœur fut touché au vif. Fidélité de gratitude, sympathie pour le malheur, courage à prendre en main une défense dangereuse, tous ces sentiments s'épanouissent à la fois dans ce cœur jusque-là si fermé à ce qui n'était pas le plaisir. Aussi la pièce qu'on va lire marque-t-elle un moment décisif dans l'histoire de soa génie. L'àme de La Fontaine nous y apparaît pour la première fois à découvert ; on va voir avec quelle force et quelle délicatesse de sensibilité.