Ceux qui veulent que ce de vraisemblance, si l'on songe
« certain auteur >> soit Malherbe que, dans Je Grand Cyrus (t. VI),
nous paraissent se tromper. La M"« de Scudéry,traont^« portrait
Fontaine a toujours fait le plus de Voiture sous le nom de Calli-
grand cas de Malherbe ; il en crate, écrit ceci : « Si les Phry-
parle avec une extrême admira- giens disent vrai lorsqu'ils assurent
tion dans cette épitre même (.Ua/- que tout ce que Midas touchait
herbe avec Racan. parmi les- devenait or, il est encore plus
chœurs des anges, etc., v. 93 et vrai de dire que tout ce qui pas-
suiv.i. II ne sert de rien de dire sait dans l'esprit de CalUcrate de-
que La Fontaine va citer, im peu venait diamant, étant certain que
plus loin, un vers de Malherbe du sujet le plus stérile, le plus
iui-mème : {Tous métaux y sont bas et le moins galant, il en
or, etc., v. 54) ; M. Hémon fait tirait quelque chose^:le brillant et
observer, avec jitîtesse selon nous, d'agréable «.{Causeries du Lundi,
que La Fontair '-; a bien pu « em- i. XII, p. i'Oi.) Ce n'est donc pas
prunter et dctoTirner de son sens la première fois, on le voit, que
un vers de Maliierbe pour en faire I on appliquait à Voiture ce genre
une épigramme contre Voiture ». d image, rien ne caractérise mieux
Nous ajouterons que celte conjec- son esprit de raffinement et son
ture prend un caractère marqué goût de tout embellir.
le nom d'Horace tine iadicaLion exclusive. Si La Fontaine ici ne nomme quHoiacc", c'est qu'en 16S7 le poète latin apparaît à sa raison mûrie comme le vrai maître de son esprit, et, en particulier, comme celui qui lui a le mieux appris, sinon comme le seul qui ait pu lui apprendre à réaliser, dans la fable, l'alliance si difiicilc de la raison et de l'imagination, do la brièveté et de la (jaieté au sens qu'il donne à ce mot). Mais La Fontaine n'a pas écrit seulement des fables ; il n'a mémo pas commencé par la. Ft nous en sommes à la préparation générale de son esprit :de plus, c'est son premier apprentissage dont nous voulons nous faire une idée. Qui donc a contrebalancé dans son esprit l'influence si forte de N'oiture ? qui a développe eu lui les dons les plus sérieux et les plus aimables de son génie? Force nous est de citer ici plus d'un nom.
Bien entendu, c'est Malherbe qu'il faut nommer d'abord. L'anecdote qu'on a lue plus haut indique que La Fontaine n'attendit pas longtemps pour goûter la poésie de Malherbe. Bien que son lyrisme à lui soit pour le fond beaucoup plus personnel, La Fontaine pouvait-il ne pas être sensible aux beautés de 1 ode malherbiennc ? Grâce à Malherbe, il connut fiue la po/sie s accommodait des pensées les plus sérieuses, qu'elle était capable des plus hauts accents ; l'ampleur, la noblesse de style de ce poète lui donna une idée toute nouvelle de la dignité des vers. Ne fût-ce qu'à cet égard, Malherbe contrebalançait singulièrement pour La Fontaine l'influence frivole de Voiture. En même temps, pour les belles sonorités de sa langue, pour la richesse et la perfection de ses rythmes, il lui révélait que la poésie peut rivaliser avec la musique.
Il serait long d'éaumêrer tous les écrivains qui ont charmé f^a Fontaine et auxquels il doit quelque chose. Polyphile avait beaucoup lu Pour ne parler que de la France, « maître Clément >, c'est-à-dire Marot, € maître François », (c'est Rabelais), l'ont, tous deux, vivement charmé. Mais Rabelais n'est qu'un poète en prose, et La Fontaine lui empruntera plus d'une invention plaisante, sans être |iropremcnt son disciple. Quant à Marot, ce n'est, au fond, qu'un Voiture moins attifé, plus simple. La simplicité de La Fontaine s'est accrue certainement dans la fréquentation de Marot. mais, à cet égard, les vrais modèles de notre poète, ce sont les grands maîtres du naturel, ce sont les anciens. Voilà ceux qui lui ont vraiment ouvert les yeux. Horace résume pour nous leur bienfaisante action. Et avec Horace, Voiture et Malherbe complètent lo groupe des poètes qui ont le plus profondément influé sur La Fontaine. De Voiture à Malherbe, de Malherbe à Horace, voilà les étapes principales, voilà tout le progrès de sf>n génie. Il serait vain de
LE MÉNAGE DU TOljE 5
chercher une date précise à chacune de ces influences, mais il est certain quelles se sont exercées dans cet ordre. Gommencco par Voiture, l'éducation du poète se poursuit par Malherbe, elle s'achève avec Horace.
Le ménage du poète. — La rie matérielle du poète est loin d'otîrir le même ordre que celle de son esprit. 11 se maria ou on le maria à làg'c de vingt-six ans (1647); il aurait dû alors avoir le sérieux d'un homme : par le caractère, ce n'était encore qu'un enfant. Sa femme, Marie Héricart (de la Ferlé-Milon), n'avait même pas quinze ans. Frivole, légère, grande liseuse de romans, incapable do tenir un ménage, elle n'avait rien de ce qu'il fallait pour retenir et fixer un caractère pareil. Elle eut des torts, il en eut de plus graves, et. en particulier, il administra pitoyablement la fortune do sa femme ; au bout de quelques années, ils se séparèrent à l'amiable. A distance, ils ne s'entendront pas trop mal; on verra plus loin un extrait de leur correspondance.
De ce mariage, La Fontaine eut un fils, Charles de La Fontaine, né en 1653. Le père, hélas ! râlait le mari. 11 ne s'occupa jamais de Charles, le laissant aux soins de sa femme : la légende raconte que, quand il allait le voir, sa mauvaise fortune l'empêchait tantôt de le rencontrer et tantôt do le reconnaître ^ Le fils survécut au père ; il ne lui ressembla, d'ailleurs, que pour exercer aussi mal son métier, qui fut un emploi aux Aides et un greffe dans la Connétablie.
L'union du poète eut, du moins, deux heureux effets. La Fontaine était compatriote de Racine: en s'alliant aux Héricart de la Ferté-Mijon, il devint son cousin éloigné ; ce double rapport ne pourra, dans la suite, que faciliter leur liaison. Voici qui est plus important : par son mariage, La Fontaine devient neveu de Jacques .lannart; or celui-ci est substitut du procureur général au Parlement de Paris, le fameux Fouquet. Jannart deviendra un second père pour La Fontaine , on sait quel protecteur lui sera le surintendant.
En mariant son fils, le maître -des eaux et forêts lui assurait la transmission de sa charge. La Fontaine en portera le titre pendant près de quinze ans (jusqu'en 1672i. « Maître triennal», il n'est de service qu'une année sur trois; mais même cette année-là on pense bien qu'il en prend à l'aise avec sa fonction. Si on en croit Furetièrc, le « maître triennal » aurait ignoré même les termes les plus essentiels de la langue forestière. Il est certain, du moins, qu'il traite avec la même insouciance
1, V., plus loin, Caractère de La Fonfaine.p. -261.
0 LA FONT AI. Ni:
l*adminislratiiiii de ^i cliarge et celle de sa forluiu . i^.t |n»«?isie est son unique alTrfiro ; si elle ne l'enipèchc pas de s'appauvrir, elle va biciUôl riUustrer.
Le poète de Vaux'. — La Fonlaiuo n'a écnl (lu .issc/ laivl Sa priMuière anivre. la traduction libre deVKunuque de Térence, n? paraît qu'en I654;ila alors trento-tiois ans. Cette publication, et un poème manuscrit dWdonis qui date de sa trente-sixième année environ, voilà tous les titres que ronde Jannart peut l'aire valoir auprès de P'ouquct en lui présentant son neveu. De la traduction nous ne dirons rien, sinon qu'elle est élégante. . et approximative. Quant kV Adonis, en dépit de quelque fadeur, il offre d'heureuses promesses ; nous n'en citerons que ce vers qui a tout l'éclat d'un diamant :
Ni la grâce, plus belle encor que la beauté.
C'est vers 1659 que La Fontaine, définitivement agréé par le surintendant, devient son poète attitré : il reçoit une pension d'argent, il en paio une, de petits vers, en quatre termes égaux. Entre temps, il compose à la gloire de son protecteur, quelque poème plus étendu. Dans le Songe de Vaux, par exemple, après une poétique peinture de la Demeure du Sommeil et une invocation à ce dieu, La Fontaine donne la parole aux Muses qui ont présidé à l'embellissement de cette magnifique demeure : tour à tour les Muses de l'Architecture, de la Peinture, des Jardins exaltent leur pouvoir ; puis la Muse des Vers, Calliopée, interprète de La Fontaine, affirme sa suprématie sur elles toutes : l'Architecture doit me céder le pas, dit Calliopée :
Elle loge les dieux, et moi je les ai faits ;
la Peinture conserve pouritn temps à la mémoire des hommes les traits d'Alcandre (c'est-à-ùire' de Fouquet) :
Pour moi, je lui bâtis un temple on leur mémoire... La peinture après tout n'a droit que sur les corps ; Il n'appartient qu'à moi do montrer les ressorts Qui font mouvoir une âme...
1 C'est en septembre 1061 que ' auelque temps « le poète de
Fouquet sera arrêté. Mais, comme 'Vaux ». Aussi étendons-nous jus-
<.n le v. rra, La Fontaine, par la que vers 1004 cette période de sa
gr.ititinlr- du cœur, et aussi par le vie et de son talent, talent et le goût, restera encore
FouQUET, par Le Brun. {Estampe de la Bibliothèque nationale.]
Quant ;\ la Musc des Jaidins :
Les charmes qu'llortésic épand sous ses ombrages
Sont plus beaux dans mes vers qu'en ses propres ouvrages;
Elle embellit les fleurs de traits moins éclatants :
C'est "chez moi qu'il faut voiries trésors du printemps.
Enfin, j'imite tout par mon savoir suprême :
Je peins, quand il me plaît, la Peinture elle-même.
Et en effet le poète décrira plus loin de la façon la plus précise et la plus agréable le magnifique plafond que Lel3run avait orné d'une peinture allégorique de la Nuit. — A la fin de cette même pièce de vers si célèbre et pourtant si peu connue, dont Sainte-Beuve a pu dire qu'on y goûte « le je ne sais quoi de mollesse et de rêverie voluptueuse qui n'appartient qu'à notre délicieux auteur », La Fontaine fait un retour sur lui-même ; il exprime le regret de n'avoir à pe^u près rien produit :
Hélas ! dis-je, pour moi je n'ai rien fait encore ; Je ne suis qu'écoutant parmi tant de merveilles : Me £era-t-il permis d'y joindre aussi mes veilles?...
A défaut de veilles, il ne perd pas tout à fait ses journées. 11 ouvre bien les yeux, et, si quelque fête brillante, comme la réception à Vauv du jeune roi Louis XIV, vient jeter un nouvel éclat sur la noble demeure, notre poète gazetier ne manque pas de prendre la plume.
A M. DE MAUGROIX i.
Relation d'une fête donnée à Vaux
22 août 1661.
Si tu n'as pas reçu réponse à la lettre que tu m'as ccritcce n'est pas ma faute; je t'en dirai une autre fois ia raison, et je ne t'entretiendrai pour ce coup-ci que de ce qui re^^^arde M. le surintendant: non que je m'enga^^e à l'envoyer des relations de tout ce qui lui arrivera de remarquable; l'entreprise serait trop |;,n'ande, et en ce cas-là je le supplierais très humblement de se don-
1. Maucroix était à lloine, chargé par Von<[ael d'acheter des œuvres d'art.
ner quelquefois la peine de faire des choses qui ne méritassent point que l'on en parlât, afin que j'eusse le loisir de me reposer, Mais je crois qu'il y serait aussi empêché que je le suis à présent. On dirait que la renommée n'est faite que pour lui seul, tant il lui donne
d'affaires tout à la fois
Je ne te conterai donc que ce qui s'est passé à Vaux le 17 de ce mois. Le Roi, la Reine mère*. Monsieur, Madame^, quantité de princes et de seig-neurs s'y trouvèrent : il y eut un souper magnifique, une excellente comédie, un ballet fort divertissant, et un jeu qui ne devait rien à celui qu'on fit pour l'Entrée'.
Tous les sens furent enchantés Et le régal eut des beautés Dignes du lieu, dignes du maitre, Et dignes de Leurs Majestés, Si quelque chose pouvait Fétre
On commença par la promenade. Toute la Cour regarda les eaux avec grand plaisir. Jamais Vaux ne sera plus beau qu'il le fut cette soirée-là, si la présence de la Reine ne lui donne encore un lustre qui véritablement lui manquait. Elle était demeurée à Fontainebleau.
En suite de la promenade on alla souper. La délicatesse et la rareté des mets furent grandes ; mais la grâce avec laquelle M. et M°^^ la surintendante firent les honneurs de leur maison, le fut encore davantage.
Le souper fini, la comédie eut son tour : on avait dressé le théâtre au bas de l'allée des Sapins.
En cet endroit, qui n'est pas le moins beau De ceux qu'enferme un lieu si délectable. Au pied de ces sapins et sous la grille d'eau,
1. La Reine-mère. Anne d'Au- laine avait célébré celte union triche, reine mère. On va voir que par une ode. Les deux nouveaux la jeune reine, souiïiante, avait époux avaient déjà visité Vaux ety dû rester à Fontainebleau. avaient vu jouer Vf'co/e^esmari*.
2. Madame. Madame, c'est la 3. L'entrée. L'entrée delà reine charmante Henriette d'Angleterre, à Paris, en août IGôO, dont le mariée cette année-là riiùme à i)oète avait écrit une relation Monsieur, duc d'Orléans. La Fon- pour Fouquet.
LE POETE DE VAUX Ix
Parmi la fraîcheur agréable Des fontaines, des bois, de l'ombre et des zéphirs,
Furent préparés les plaisirs
Que l'on goûta cette soirée.
De feuillag-es. touffus la scène était parée,
Et de cent flambeaux éclairée :
Le Ciel en fut jaloux. Ertfîn figure-toi
Que lorsqu'on eut tiré les toiles ^ Tout combattit à Vqux pour le plaisir du Roi; La nmsique, les eaux, les lustres, les étoiles.
Les décorations furent magnifiques, et cela ne se passa pas sans musique.
On vit des rocs s'ouvrir, des Termes ^ se mouvoir, Et sur son piédestal tourner mainte figure. Deux enchanteurs pleins de savoir Prirent tant, par leur imposture, Qu'on crut qu'ils avaient le pouvoir De commander à la nature.
L'un de ces enchanteurs est le sieur Torelli^, Magicien expert, et faiseur de miracles; Et l'autre, c'est Le Brun*, par qui Vaux enibelli Présente aux regardants mille rares spectacles : Le Brun dont on admire et l'esprit et la main, Père d'inventions agréables et belles.
Rival des Raphaëls, successeur des Apelles, Par qui notre climat ne doit rien au romain. Par l'avis de ces deux la chose fut réi^^lée.
D'abord aux yeux de l'assemblée Parut un rocher si bien fait. Qu'on le crut rocher en elfet ; Mais insensiblement se changeant en coquille, Il en sortit une nymphe gentille
1. Les toiles. Les toiles qui ca- 4. Le Brun. Le Brun n'était
chaient la scène. connu alors que par des ta-
L'. Terme. Divinité représentée bleaux de sainteté et jjar les
sous la lornie d'une borne. peintures de Vaux. Il allait de-
3. Torelli. macliiniste de théà- venir le « premier peintre » du
tre renommé. roi
] 2 l-A FONTAINE
(^)iii ressemblait à la Béjarl *, Nvniphe excellente dans son art, Kt qne pas une ne surpasse.
Aus>i récita-t-elle avec beaucoup de grâce Un pioloi::ue, estimé l'un des plus accomplis Qu'en ce genre on pût écrire, Et plus beau que je ne dis, Ou bien que je n'ose dire :
Car il est de la façon De notre ami Pellisson '.
Ainsi, bien que je l'admire, Je m'en tairai, puisqu'il n'est pas permis De louer ses amis.
Dans ce jMologue, la Béjart, qui représente la nymphe de la fontaine où se passe cette action, commande aux divinités qui lui sont soumises de sortir des marbres qui les enferment, et de contribuer de tout leur pouvoir au divertissement de Sa Majesté : aussitôt les Termes et les statues qui font partie de l'ornement du théâtre se meuvent, et il en sort, je ne sais comment, des faunes et des bacchantes qui font l'une des entrées du ballet... Tout cela fait place à la comédie' dont le sujet est un homme arrêté par toutes sortes de gens, sur le point d'aller à une assignation amoureuse.
C'est un ouvrage de Molière.
Cet écrivain par sa manière Charme à présent toute la Cour.
De la façon que son nom court.
Il doit être par delà Rome * :
J'en suis ravi, car c'est mon homme.
Te souvient-il bien qu'autrefois Nous avons conclu d'une voix Qu'il allait ramener en France Le bon goût et l'air de Térence ?
1. Lu lif'jart. Madeleine Br-jart, 3. La comédie. Ce sont les F4-
d<jiit la hœur Armande épousera cheux de Molière.
Molière- rn 10C2. 4. i'ar r/eZ/i iîonie. II doit cire allé
'1. Pt'/Zi«.vo/t. Le premier commis juscm'^i Home, où est alors Mau-
dc Fouquet, qui devait ™ler ason croix, et plus loin encore, patron une si touchante lidelité.
Ln: POHi^E DK VAIX 13
Piaule n'est plus qu'un plat -bouffon,
Et jamais il ne fit si bon
Se trouver à la comédie ;
Car ne pense pas qu'on y rie
De maint trait jadis admiré,
Et bon in illo iempore :
Nous avons changé de méthode ;
Jodelet * n'est plus à la mode,
Et maintenant il ne faut pas
Quitter la nature d'un pas.
On avait accommodé le ballet à la comédie, autant qu'il était possible, et tous les danseurs y représentaient des iàcheux de plusieurs manières : en quoi certes ils ne parurent nullement fâcheux à notre ég-ard ; au contraire, on les trouva fort divertissants, et ils se retirèrent trop tôt au g-ré de la compagnie. Dès que ce plaisir fut cessé, on courut à celui du feu.
Je voudrais bien t'écrire en vers
Tous les arlilices divers
De ce feu, le plus beau du monde,
Et son combat avecque l'onde,
Et le plaisir des assistants.
Figure-toi qu'en même temps
On vit partir mille fusées.
Qui par des routes embrasées
Se firent toutes dans les airs
Un chemin tout rempli d'éclairs.
Chassant la nuit, brisant ses voiles..
As-tu vu tomber des étoiles ?
Tel est le sillon enflammé,
Ou le trait qui lors est formé...
Au bruit de ce feu succéda celui des tambours : car
i. Jodelet. L'acteur Bedeau ap- le Jodelet de Scarron, dans la
partint d'abord au théâtre du Ma- pièce de ce nom, le fit surnom-
vais, puis à la troupe de l'hôtel de mer <( Jodelet ». On comprend
Bourgogne, enlin à celle de Molière. que c'est la farce à la manière de
JLa perfection aveclaquelle il. jouait Scarron que vise ici La Fon-
îes valets ahuris et en particulier taine.
11 LA tOMAlNE
le Uc»i voiilaiU s'en retourner à Fonlainebleau celte même nuit. les mousquetaires étaient commandés. On retourna donc au château, où la collation était préparée. Penilant le chemin, tandis qu'on s'entretenait de Ces choses, et lorsqu'on ne s'attendait plus à rien, on \'\i en un moment le ciel obscurci Vl'une épouvantable nuée de l'usées et de serpcntaux*. Faut-il dire obscurci ou éclairé ? Gela partait de la lanterne du dôme : ce lut en cet endroit que la nuée creva d'abord. On crut cjue tous les astres, g-rands et petits, étaient descendus en terre, alîn de rendre homma{j;e à Madame ; mais l'ora^^e étant cessé, on les vit tous en leur place. La catastrophe de ce Tracas l'ut la perte de deux chev.iux.
Ces chevaux, qui jadis un carrosse tirèrent, Et tirent maintenant la barque de Garon, Dans les fossés de Vaux tombèrent, Et puis de là dans l'Achéron.
^Is étaient attelés à l'un des carros-ses de la Reine ; et -étant cabrés à cause du feu et du bruit, il fut imposable de les retenir. Je ne croyais pas que cette relation lut avoir une lin si traj^ique et si pitoyable. Adieu. Char}.,'-e ta mémoire de toutes les belles choses que lu verras au lieu où tu es.
Comme on le voit par la lettre suivante, la fête de Vaux devait avoir une fia autrement tragique. Le roi, las des déprédations de Fouquet et jalouv de son faste et do ses prétentions, le faisait arrêter, à Nantes, le 5septcinl3rc 1661. A cette terrible nouvelle, La Fontaine prend encore la plume.
1. Serpcnlaux ; Fusées volantes qui vuut .stli^aIJt une liyue siiiaeusb-