ÉLÉGIE AUX NYMPHES DE VAUX
Remplissez l'air de cris en vos g-rottes profondes,
Pleurez, nymphes de Vaux, faites croître vos ondes»
Et que l'Anqueuil * enflé ravage les trésors
Dont les regards de Flore ont embelli ses bords.
On ne blâmera pas a'Os larmes innocentes ; 5
Vous pouvez donner cours à vos douleurs pressantes.
Chacun attend de vous ce devoir généreux ;
Les destins sont contents : Oronte ^ est malheureux.
Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines.
Qui % sans craindre du Sort les faveurs incertaines, 10
Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels.
Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels.
Hélas ! qu'il est déchu de ce bonheur suprême !
Que vous le trouveriez différent de lui-même I
Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits : 15
Les soucis dévorants, les regrets, les ennuis,
Hôtes infortunés de sa triste demeure.
En des gouffres de maux le plongent à toute heure.
Voilà le précipice où l'ont enfin jeté
Les attraits enchanteurs de la prospérité. 20
Dans les palais des rois cette plainte est commune :
On n'y connaît que trop les jeux de la Fortune,
Ses trompeuses laveurs, ses appas inconstants ;
Mais on ne les connaît que quand il n'est plus temps.
Lorsque sur cette mer on vog-ue à pleines voiles, 25
Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoiles,
Il est bien malaisé de régler ses désirs :
Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs.
Jamais un favori ne borne sa carrière ;
Il ne reg-arde pas ce qu'il laisse en arrière; 30
1. L'Anqueuil. Pet-te rivière 3. Vous l'avez vu... qui. Grainqai passe à Vaux. miire. Pronom relatif-