LIVRE V. FABI.FS IV ET V
Fable IV. — Les oreilles du lièvre '.
Un animal cornu blessa de quelques coups Le lion qui, plein de courroux.
Pour ne plus tomber en la peine, Bannit des lieux de son domaine
Toute bête portant des cornes à son front.
Chèvres, béliers, taureaux aussitôt délogèrent; Daims et cerfs de climat changèrent ; Chacun à s'en aller fut prompt.
Un lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles. Craignit que quelque inquisiteur-
N'allât interpréter à^ cornes leur longueur.
Ne les soutint en tout à des cornes pareilles.
V Adieu, voisin grillon, dit-il; je pars d'ici :
Mes oreilles enfin seraient cornes aussi;
Et quand je les aurais plus courtes qu'une autruche.
Je craindrais même encor. » Le grillon repartit : « Cornes, cela? Vous me prenez pour cruche; Ce sont oreilles que Dieu fît.
— On les fera passer pour cornes,
Dit l'animal craintif, et cornes de licornes*.
J'aurai beau protester; mon dire et mes raisons Iront aux Petites-Maisons^ ».
Fable V. — Le renard ayant la queue coupées
Un vieux renard, mais des plus fms, Grand cioqueur de poulets, grand preneur de lapins,
Sentant son renard d'une lieue.
Fut enfin au piège attrapé.
Par grand hasard en étant échappé.
Non pas franc', car pour gage il y laissa sa queue;
l.Faërne. cerf, armé d'une corne aiguë.
2. Inquisiteur. Celui qui se livre 5. Petites-Maisons. Hôpital "d'aà des enquêtes. Hénés, situé dans le voisinage ia