‹ Œuvres choisiesChapitre 230 sur 507 · Entières. Lex. 2. En grec De cônios, ccrLègc · texte numérisé non relu

Entières. Lex. 2. En grec De cônios, ccrLègc

joyeux.

PSYCFIÉ 25o

ces du dramatique, la comédie est préférable à la tragédie : n'est-ce pas là bien conclure? Cela fait voir seulement que la comédie est plus commune ; et parce qu'elle est plus commune, je pourrais dire qu'elle touche moins les esprits.

— Voilà bien conclure à votre tour, répliqua Gélaste: ie diamant est plus commun que certaines pierres ; donc le diamant touche moins les yeux. Hé! mon ami! ne voyez-vous pas qu'on ne se lasse jamais de rire? On peut se lasser du jeu, de la bonne chère, mais de rire, point. Avez- vous entendu dire à qui que ce soit : Il y a huit jours entiers que nous rions; je vous prie, pleurons aujourd'hui?

— A ous sortez toujours, dit Ariste, de notre Ihèse, et apportez des raisons si triviales que j'en ai honte pour vous '.

^ — \'oyez un peu l'homme difficile ! reprit Gélaste. Et vraiment, puisque vous voulez que je discoure de la comédie et du rire en philosophe platonici. .. j'y consens; faites-moi seulement la g-râce de m'écouter. Le plaisir dont nous dcA'ons faire le plus de cas est toujours celui qui convient le mieux à notre nature; car c'est s'unira soi-même que de le goûter. Orya-t-il rien qui nous convienne mieux que le rire? Il n'est pas moins naturel à l'homme que la raison; il lui est même particulier : vous ne trouverez aucun animal qui rie, et en rencontrerez quelques-uns qui pleurent. Je vous défie, tout sensible que vous êtes, de jeter des larmes aussi grosses que celles d'un cerf qui est aux abois, ou ilu cheval de ce pauvre prince dont on voit Ift pompe funèbre dans l'onzième Mivre de l'Enéide. Tombez d'accord de ces A'érités ; je vous laisserai après pleurer tant qu'il vous plaira : vous tiendrez compagnie au cheval du pauvre Pallas,et moi je rirai avec tous les hommes. »

La conclusion de Gélaste fit rire ses trois amis, Ariste comme les autres : après quoi celui-ci dit : « Je vous nie vos deux propositions, aussi bien la seconde que la première. Quelque opinion qu'ait eue l'école ' jusqu'à

1. Encore unirait qu"on n'eût zième «, a prononcé Vaugelas ; sa < rs lancé à Molière. décision n'a pas prévalu.

'2. L'onzième •■ Ti faut dire l'on- 2. L'école. La philosophie.

[.rôsent. je ne conviens pas avec elle que le rire appartienne à l'homme privalivement * au reste des animaux. Il faudrait entendre la langue de ces derniers pour connaître qu'ils ne rient point. Je les liens sujets à toutes nos passions : il n'y a, pour ce point-là, de diirérencc entre nous et eux que du plus au moins, et en la manière de s'exprimer. Quant à votre première proposition, tant s'en faut que nous devions toujours courir après les plaisirs qui nous sont les plus naturels, et que nous avons le plus à notre commandement, que ce n'est pas même un plaisir de posséder une chose très commune. De là vient que dans Platon l'Amour est lils de la pauvreté, voulant dire" que nous n'avons de passion que pour les choses qui nous manquent, et dont nous som-^ mes nécessiteux. Ainsi le rire, qui nous est, à ce que vous dites, si familier, sera, dans la scène, le plaisir des laquais et du menu peuple; le pleurer', celui des honnêtes g^ens.

— Vous poussez la chose un peu trop loin, dit Acante ; je ne tiens pas que le rire soit interdit aux honnêtes gens. — Je ne le tiens pas non plus, reprit Arisle. Ce que je dis n'est que pour payer Gélaste de sa monnaie. Vous savez combien nous avons ri en lisant Térence, et combien je ris en voyant les Italiens: je laisse à la porte ma raison et mon argent, et je ris après tout mon soûl*. Mais que les belles tragédies ne nous donnent une volupté plus grande que celle qui vient du comique, Gélaste ne le niera pas lui-même, s'il y veut faire réflexion.

— 11 faudrait, repartit froidement Gélaste, condamner à une très grosse amende ceux qui font ces tragédies dont vous nous parlez. Vous allez là pour vous réjouir, et vous y trouvez un homme qui pleure auprès d'un autre homme, et cet autre auprès d'un autre, et tous ensemble avec la comédienne qui représente Andromaque \ et la comédienne avec le poète : c'est une (chaîne de gens qui pleurent, comme dit votre Platon". Est-ce

l.Privativcmcnt.Kxchis'wemctnl. 4. Soûl. Lnx.

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