La Bruyère charge les traits; 3. En 1C
.c'est manifestement pourménager 4. Rappelons-nous ses rapports
le contraste: « S'il se met à écrire, - avec Fouquet d'une part, et de
c'est le modèle des bous contes. » l'autre avec sa femme et son
{Les Caractères, Jugements.) fils.
2. L'ranie. La duchesse de Bouil- 5. Bavle, cité par P. Mesnai'd, Ion. p. CVII.
par Bornier, son commensal, et par des beaux esprits, L.auzun, Ri.chefort.le marquis île la Faro, l'abbé de Chaulieu, etc. Ou conçoit ce que la conversation devait avoir, chez elle, de solide et d'agréable; on comprend aussi tout ce que dut retirer La Fontaine d'un semblable commerce. D:ius le Discours à M'"' de la Sablière \ le poète loue les entretiens d' « Iris », d'une (àçon qui uc laisse aucun doute sur leur agrément.
Mais plus encore que l'esprit de sa charmante hôtesse, Le Fontaine apprécia son coeur La « tourterelle Sablière », comme dit M"" de Sévigné, avait dans l'âma quelque chose de tendre, un goût vif pour l'amitié, un génie de dévouement. Jeune, elle fut pour* l'enfant à barbe grise », comme une sœur plus âgée; dans la suite, à celui qui ne savait pas vieillir elle devint une mère. Elle pourvoyait à tous ses besoins matériels ; elle élevait son âme et ses goûts ; elle s'efforçait d'imprimer à sa vie plus de dignité. Aussi La Fontaine parlc-t-il de sa protectrice avec mieux que du respect, avec de la vénération. Ce fut le bonheur de sa destinée qu'au moment où il allait perdre en Molière son ami le plus cher, son meilleur conseiller et sa plus haute admiration (1673) *, il retrouva en cette noble femme tout ce qui menaçait de lui manquer.
L'Art poétique. — Molière, dans un souper qu'il donnait à ses amis, avait prononcé sur La Fontaine un jugement bien flatteur: « Nos beaux esprits ont beau se trémousser, ils n'eifaceront pas le Bonhomme. »(D'01ivet, Hist. de l'Académie, 1729.) Boileau était du souper, il ne protesta pas. Cependant, dans son Art poétique, paru en 1674, il ne souffle mot des Fables. On s'en est beaucoup étonné. Nous ne chercherons pas bien loin la cause de ce silence. Boileau, dans cet ouvrage, ne se pique nullement d'exprimer ses goûts personnels. Son unique dessein est de formuler et de réduire en code les lois avérées de l'art. Tous les genres poétiques qui ont fait leurs preuves, tous ceux qui sont depuis longtemps en possession de plaire, ceux-là surtout qui ont eu à souffrir du mauvais goût ou du défaut d'inspiration de ses contemporains, telle est la matière propre de ses
1. Fables, livre IX. in fine. Leurs trois talents ne formaient
':. On s:iit quelle forme mémo- [qu'un esprit
rîiMc La Fontaine a donnée à cette Dontlebelartréjouissaitlal'rance.
admiration ; voici l'épitaphe qu'il Us sont partis! et j'ai peu d'ospé-
composa pour la mort de Molière : [rance
De les revoir. Malgré tous nos ef- ÉPiTAPHE DE MOLiiiRE (1673) , ^ , f^'^rts,
Pour un long temps, selon toute
Sous ce tombeau gisent Plaute et ' [apparence,
rTérence, Térence, et Plaute, et Molière, sont
Et cependan L le seul Molière y git. [morts.
LE JUGEMENT DES CONTEMPORAINS ^ll
décisions. La Fable de La Fontaine ne semble pas réaliser les conditions voulues pour prendre place dans co code. Évidemment rapoloi::ue n'a subi aucun dommage du fait de La Fontaine : Boilcau n'a pas à le défendre. De plus la fable, la fahle poétique, telle que la conçoit La Fontaine, est-elle, en 1G74, un genre ancien, un genre fixé par la tradition, dont il appartienne à Boileau de formuler les lois ? Peut-on même dire qu'elle soif, à cettedate,un genre définitif, complètement achevé? La Fontaine n'a pas dit son dernier mot; en ce moment même il préparc un nouveau recueil qui, sans doute, ménage dessurprises. L'ami de La Fontaine est au courant de ses projets, de ses progrès.. Boileau n'ignore pas qu'il serait aussi indiscret que vain de dire au papillon qui s'envole, à l'abeille en travail: « Voilà comment on vole ou comme on fait du miel *. »
La Chambre du Sublime. — L'année suivante (1675) un hommage fort précieux allait encourager vivement La Fontaine. Le duc du Maine rcç-ut pour ses étrennes un petit théâtre. « la Chambre du Sublime », avec des figures de cire. Dans la chambre, le jeune duc, entouré de seigneurs et de dames ; sur le seuil, Despréaux qui, armé d'une fourche, écartait quelques mauvais poètes ; Racine était auprès de lui, il faisait siune à La Fontaine d'approcher. Ce joujou exprime parfaitement l'idée qu'on se fait^ à cette heure (1673', de La Fontaine : on voit en lui un poète qui, par le génie, apj.roche fort des Boileau et des Racine. Nous savons aujourd'hui qu'il dépasse beaucoup le premier et qu'il égale le second. La Fontaine va achever de le prouver en donjiant son second recueil.
1. Nous n'avons pas ici à poser qu'il nous semble à peu près im-
la question des véritables, senti- possible qu'un juge aussi fin n'ai-j
nieiits de Boileau à l'égaid des Fn- pas apprécié à leur juste valeur II
blés; c'est affaire à qui étudie ce poésie délicate et l'art exquis c'*
poète. Contentons-nous de dire La Fontaine.
QUATKliiME PARTIE