INTRODUCTION AU SECOND RECUEIL
La nouvelle manière du poète. — « Vous me de mandez, écrivait Maucroix à un ami, ce que veut dire M. de la Fontaine, lorsqu'il dit qu'il a donné à plusieurs de ces dernières fables un air et un tour un peu différents de celui qu'il avait donné aux premières. Voulez-vous que je vous parle franchement? Je le sais aussi peu que vous, et je me suis fait plusieurs fois cette question à moi-même avant que vous me l'eussiez faite. Pour moi, je trouve qu'il n'y a nulle différence, et je crois que notre ami n'a pas trop pesé ses paroles en cette occasion. »
Maucroix se trompe; il a lu distraitement le second recueil; les fables nouvelles présentent plus d'une différence avec celles du premier.
Xousallonsentendrele poète nous dire dans son Avertissement qu'ayant icifaussé compagnie à -Ésope (du m.oins pour un grand nombre de fables), il a « cherché d'autres enrichissements, et étendu davantage les circonstances de ces récits*. Cela veut-il dire que les nouvelles fables sont plus développées ? Pas précisément. Bien que l'apologue oriental, dont sinspirc La Fontaine, eût pu, par ses longueurs, l'induire en tentation, La Fontaine, au moins dans le récit, reste fidèle ici (en général) à la brièveté qu'il avait définie naguère « l'àme du conte •» '. Il est probable que le poète a en vue une autre sorte « d'enrichissement », il est probable qu'il donne au mot « circonstances » un sens particulier, un sens très voisin de celui du mot « dépendances » avec lequel l'usage l'accouplait alors fréquemment*. Il s'agit, en somme, des accompagnements de la fable, de tout ce qui l'entoure et, si on veut, la continue, mais sans en faire essentiellement partie. Ce sont ces « rallonges » de l'apologue qui, à celte heure, sont souvent fort étendues. Le récit proprement dit garde à peu de chose près les mômes proportions. Mais voici que la fable s'enrichit de suppléments inattendus, et parfois si considérables qu'ils prennent autant de place qu'elle (quand ils ne vont pas même jusqu'à paraître la déloger ou du înoins jusqu'à l'éclipser, comme dans Un animal dans la lune, eu dans les Deux chiens et l'âne mort). La longue fable composé' , qui termine le livre IX, sous le titre de Discours à M'^" df la Sablière, peut suffire à nous donner une idée de la place que tiennent ces « enrichissements » dans le second recueil.
Cette dernière fable nous permet aussi de définir, fen partie au moins), la nature ordinaire de ces suppléments. Ce sont, à