‹ Œuvres choisiesChapitre 260 sur 507 · LIVRE VII. FABLE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FABLE VII

Mère du bon esprit, compagne du repos, 0 Médiocrité, reviens vite! » A ces mots La Médiocrité revient; on lui fait place;

Avec elle ils rentrent en grâce, Au bout de deux souhaits étant aussi chanceux*

Qu'ils étaient, et que sont tous ceux Qui souhaitent toujours, et perdent en chimères* Le temps qu'ils feraient mieux de mettre à leurs afFaires.

Le follet en rit avec eux.

Pour profiter de sa largesse, Quand il voulut partir et qu'il fut sur le point',

Ils demandèrent la sagesse :

C'est un trésor qui n'embarrasse point.

Fable VIL— La cour du lîon*.

Sa Majesté lionne un jour voulut connaître * De quelles nations le Ciel l'avait faitfnaître. Il manda donc par députés Ses vassaux ^ de toute nature, Envoyant de tous les côtés Une circulaire' écriture.

Avec son sceau. L'écrit portait Qu'un mois durant le roi tiendrait Cour plénière * dont l'ouverture Devait être un fort grand festin, Suivi des tours de Fagotin\ Par ce trait de magnificence Le prince à ses sujets étalait sa puissance. En son Louvre il les invita.

1. Aussi chanceux. C'est ironi- du Lyon, du Regnard et de la.

que : le sens de la phrase est ce- Brebis.

lui-ci : « Ils s'accommodent de 5. Connaître. Lex.

îa médiocrité, quand après un 6. Vassaux. Lpx.

second souhait ils n'ont pas été 7. Une circulaire écriture. On

plus heurr-ux. dit aujourd'hui une circulaire.

^.Chimères. V,m fine, VA s- ^ ^^"^ plénière. Assemblée,

irologue qui se laisse tomber s°^^ "'^^ anciens rois, ou tous les

dans un puits, II, 13. grands étaient réunis.

„ p . , j 9. Fagotin. Sinare du théâtre de

i. ioini. i.ex. Brioché, le montreur de marion-

+. Phèdre, IV, 13. — GucrouU, nettes.

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Quel Louvre! un vrai charnier, donl l'odeur se porta

D'abord * au nez des gens. L'ours boucha sa narine :

Il se tut bien passé de faire celte mine.

Sa grimace déplut : le monarque irrité

L'envova chez Plulon l'aire le dégoûté.

Le singe approuva fort cette sévérité,

Et, flatteur excessif, il loua la colère*

Et la gritfe du prince, et l'antre, et cette odeur ;

Il n'était ambre, il n'était fleur Qui ne fût ail au prix \ Sa sotte flatterie Eut un mauvais succès, et fut encor punie.

Ce monseigneur du lion-là

Fut parent de Galigula *.

Le renard étant proche : « Or '•' çà, lui dit le sire, Que sens-lu ? dis-le moi : parle sans déguiser.»

^ L'autre aussitôt de s'excuser.

Alléguant un grand rhume : il ne pouvait ^ que dire

Sans odorat. Bref il s'en lire.

Ceci vous sert d'enseignement :

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire. Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère, Et tâchez quelquefois de répondre en Normand '.

Fable VIII — Les vautours et les pigeons".

Mars autrefois mit tout l'air en émute ^ Certain sujet fit naître la dispute Chez les oiseaux, non ceux que le Printemps Mène à sa cour, et qui, sous la feuillée,

1 D'abord. Lex. faisait périr pour n'avoir pas pleuré

2. Ce vers, précédé de trois la moit de sa sœur. (Saint-Marc-

rimcs masculines, ne rime avec Girardin.)

aucun autre. .•). Or. Lex.

.'{. Au prix. Lex. 6. Il ne pouvait que dire. Il ne

4. Cnlirjula. L'empereur Cali- savait que dire \.o.\., savoir.

Rula, ayant perdu sa soe'ir la fit „ Rcpondre en Normand. C'est-

déessç, et cette apothéose fut ..jj^^ ,{g répondre ni oui ni non.

pour i.u i occasion d un cruel so- Le conseil n'est pas élevé, mais il

phisme; car si queirju un s affl - ^^^^ sont^er qu'il s'adreàse à des

geait de la mort de Dru.siila, Cali- courtisans

cula le faisait périr pour n'avoir o au » ' • or iT.>,„'r^nt II

pas cru à la divinité de la nouvelle »• Abstemius, 90. - IIau..onl, II,

déesse; et si quelqu'u se réjouis- *-^*'-

Mit de l'apothéose, Caligula le 9 E.nule, pour émeule. Lex.

LIVR!:, Ml, FABLt. VIII 2§fl,

Par leur exemple et leurs sons éclatants Font que \'énus est en nous réveillée ; Ni ceux encor que la mère d'Amour Met à son char ^ : mais le peuple vautour, Au bec retors '\ à la tranchante serre, Pour un- chien mort se fit, dit-on, la g-ucrre. Il plut du sang- ; je n'exagère point- - Si je voulais conter de point en point Tout le détail, je manquerais d'haleine. Maint chef périt, maint héros expira ; Et sur son roc Prométhée espéra De ' voir bientôt une fin à sa peine *. C'était plaisir d'observer leurs efforts ; C'était pitié de voir tomber les morls. Valeur, adresse, et ruses, et surprises, Tout s'employa. Les deux troupes, éprises D'ardent courroux, n'épargnaient nuls moyens De peupler l'air que respirent les Ombres : Tout élément remplit de citoyens Le vaste enclos '" qu'ont les royaumes sombres. Cette fureur mit la compassion Dans les esprits d'une autre nation Au col changeant, au cœur tendre et fidèle •« Elle employa sa médiation Pour accorder une telle querelle.

Ambassadeurs par le peuple pigeon Furent choisis, et si bien travaillèrent Que les vautours plus ne se chamaillèrent. Ils firent trêve; et la paix s'ensuivit. Hélas ! ce fut aux dépens de la race A qui la leur aurait dû rendre grâce.

La gent ' maudite aussitôt poursuivit Tous les pigeons, en fit ample carnage, En dépeupla les bourgades, les champs.

i.Metà son char. Les colombes. damné à être dévoré sans fin par

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