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DEUXIEME PARTIE

r.A PrRLTCATION^ES FABLES (1668)

Introduction aux Fables

Pourquoi des fables? — On s'est demandé pour quels mollis La Fontaine avait écrit des failles ? La réponse est facile : i'apologne est, de tous les genres littéraires, l'un de ceux qui conviennent le mieux au génie de ce poète. Qui dit fable évoque à la pensée une œuvre courte ; or La Fontaine, g'il n'est pas aussi paresseux qu'on se plaît à le répéter, répugne à l'effort soutenu, « les longs ouvrages lui font peur ». De plus, cet ouvrage bref est du genre narratif: à cette heure, grâce aux Contes, La Fontaine se connaît, il sait que son génie est de narrer. En se tournant vers la fable, il sera encore un conteur, mais un conteur honnête, moral, un conteur que tous pojIrra^JLJillg- ^^at- ce nouveT emplof de ses talents, il étendra sa renommée et, du même coup, il l'épurera.

Voilà les raisons qui s'offrent d'abord i notre esprit. Il y en a d'autres, et qui sont de poids. L'apologue, sans doute, est un genre ancien et fameux, mais on ne le cultive plus guère, c'est comme un héritage tombé en déshérence. Or (et voici la découverte qui fait grand honneur à l'esprit du poète) cette province littéraire, cette terre de la fable est de soi merveilleusement riche. Il semble bien que jusqu'ici on n'a pas connu ses ressources. Insistons un peu sur ce point.

La fable avant La Fontaine. — La fable classique se résume dans le nom dÉsopc K On sait ce qu'est l'apologue

l Htope. On faisait d'Esope que, mais les rédactions qui en

(VI* s., av. J-.C.} un Plirygien, un subsistent sont des œuvres de

esclave, et Ilérofiole le tnenlionne liasse époque, dénuées de valeur,

comme un jxn^onnagi:: connu. Ses artistique et Iitt<;raire. » M. Kgger,

fables furent une des plus an- fi iitioire de lu Littérature grecque,

ciennes formes de la prose grec- p. 114.

ésopique : un théorème moral. La démonslration ici consiste en un fait sec, une moralité lui sert de conclusion. Ces deux élémenls se font à peu près contrepoids. Comme il ny a pas à proprement parler de récit, mais seulement une minuscule action réduite à l'essentiel et que, d'autre part, la maxime ou conclusion reçoit tout le développement qu'elle comporte, l'équilibre est assuré. Cet apologue offre donc une construction parfaitement symétrique ; c'est une œuvre toute raisonnable (et qui ne manque pas de finesse), dénuée d'ailleurs non seulement de poésie, mais de toute valeur littéraire *.

G est cette affabulation sèche que plusieurs écrivains anciens tentèrent, comme le dit La Fontaine, « d'habiller des livrées des Muses ». Nous n'avons malheureusement pas les fables que Socrale a versifiées '. Mais il nous reste celles de Phèdre et de Babrios. Aucun de ces deux écrivains, ni l'affranchi d'Auguste, ni son émule .u'rec du siècle suivant, n'a sensiblement changé le caractère de la fable ésopique. Phèdre l'a mise en vers latins, Babrios en vers grecs'; ils ne l'ont pas rendue poétique, ils l'ont seulement ornée de quelque parure littéraire ; sous leurs vers élégants on retrouve la sécheresse d'Esope.

Horace, seul, chez les anciens, sembfe avoir connu quelquesuneTdes ressources que la fable offrait à la poésie. Dans telle de ses satires et de ses épîtres, il a introduit des apologues : l'un d'entre eux est un chef-d'œuvre de vivacité et de grâce *. Mais « une hirondelle ne fait pas le printemps » ; et en dépit de cette exception, la fable gréco-latine, tout en se parant du vers, n'est point née à la vie poétique.

Aussi quciud les jEsopi fabuLae et la Mylhologia M^opica de Nevelel^ tombèrent sous les yeux de La Fontaine, toutes ces fables d'Esope, de Phèdre, de « Gabrias », et de leurs nombreux imitateurs latinsc, durent lui paraître d'abord quelque chose de sec et d'ingrat. Il est vrai que son génJp allait flé'--""^^^ ^^ns ces déserts une rtche source de poésie.

La découverte de la fable. — Fut-il mis sur la voie par la fable du xvi» siècle ? On est d'abord tenté de le croire,

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