Voir La Fontaine et ses fa- une courte note.ji^ijjjg
blés, p. 48. H. Voir Note suriaversificà-
2. Sur divers points dé détails tion. relatifs à la versilicalion, voir
Faire du vers une langue exacte et expressive, mais en même temps une œuvre d'art, une musique, voilà, pour La Fontaine, la loi et les prophètes. Nous ne pouvons entrer dans le détail. Mais si l'on examinait les infractions du poète aux règles de Boileau, pour quelques-unes où l'agrément des sons le céderait un peu à la justesse du rythme ou à sa valeur expressive, on en trouverait beaucoup plus où la fusion est parfaite entre les éléments sensibles de la beauté poétique. Est-ce alors le musicien ou lécrivain qui l'emporte? on ne saurait le dire ; il est même oiseux de poser la question, tant, entre l'un et l'autre, l'union est grande et l'accord harmonieux.
Lamartine pourtant s'y est trompé. « Ces vers boiteux, disloqués, inégaux, sans symétrie ni dans 1 oreille ni sur la page, le rebutaient, quand il les apprenait par cœur dans son enfance.» Ce jugement maussade serait pour nous surprendre, si nous ne savions que les artistes sont enclins à se traiter les uns les autres avec quelque rigueur. La Fontaine est musicien, Lamartine aussi, mais ils appartiennent à des écoles différentes : tandis que le premier donne toujours aux paroles le pas sur la musique, il arrive au second de négliger un peu le livret en faveur de l'air. Quoi qu'on pense des causes de cette querelle, elle est en soi extrêmement injuste. Le vers de La Fontaine n'est ni boiteux, ni disloqué; il est simplement d'une variété de coupes et d'une souplesse extrême. S'il n'a pas le rythme régulier et berceuf, il l'a juste et expressif. Son harmonie est d'abord convenance ; elle est,en outre, douceur exquise des sons.
Quant au « manque de symétrie », à l'inégalité des mètres, qui ne voit que c'est une des principales beautés des vers de La Fontaine? G^es^Jci^que triomphe l'artiste. Ces mesures différentes et ces diverses combinaisons de rimes nous donnent air pins haut degré le pTarsTrrnui^icaL Au îîëtr'd'uiï chant, harnaonieux sans doute^mai,3 â la longue moiiôlojie,n^usIâi:ûfls ulrrTîeh'e^combi n'ai son d'airs et de sons. Des instruments variesT^êTui-ci plus éclatant, celui-là plus doux, cet autre plus aigu, forment comme une orchestration puissante et expressive. On dirait d'une symphonie.
Et. en même temps que notre oreille, notre esprit est pleinement satisfait. Un vers qui s'allonge, se raccourcit, s'allège, s'appesantit, se fait tour à tour solennel, léger ou tendre, un rythme qui se modèle à ce point sur la pensée ou sur le sentiment a une incomparable justesse d'expression. Ainsi le vers, chez La Fontaine, unit le sérieux à la grâce, et parachève, dans les Fables, la perfection de la poésie.