LIVRE IX. — FABLL XVI
Fable XVI. — Le singe et le chat *.
Bertrand avec Raton, l'un sing-e et l'autre chat.
Commensaux d'un logis, avaient un commun maître.
D'animaux malfaisants c'était un très bon plat;
Ils n'y ^ craig^naient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
Trouvait-on quelque chose au log-is de gâté,
L'on ne s'en prenait point aux g-ens du voisinag-e :
Bertrand dérobait tout; Raton, de son côté,
Était moins attentif aux souris qu'au fromage.
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire; Nos galants ' y voyaient double profit à faire : Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui. Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd'hui
Que tu fasses un coup de maitre, Tire-moi ces marrons ; si Dieu m'avait fait naitre
Propre à tirer marrons du feu,
Certes, marrons verraient beau jeu. »
Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte.
D'une manière délicate.
Écarte un peu la cendre, et retire lesdoig-ts;
Puis les reporte à plusieurs fois, Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque.
Et cependant^ Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes g-ens. Raton
N'était pas content, ce '" dit-on.
Aussi ^ ne le sont pas la plupart de ces princes Qui, flattés d'un pareil emploi, Vont s'échauder en des provinces' Pour le proht de quelque roi *.
1. Maioli : le Suige du Pape o. Ce. Gvamm., pron. démomtr, Jules IL — Tirer les marrons du 6. Aussi. Non plus. V. Lexique. feu est devenu un proverbe. — Cf. 7. ProvinC'^s. Lex.
Scribe, Bertrand et Raton. 8. La fable se prête à une ap-
2. N'y. A cela (à mal faire). piicatiou plus générale : combien ■5 r-o/^^/o T «, d'hommes, peu scrupuleux, mais à. Lralants. Lex. timides et simples desprit, se 4. Cependant. Lex. laissent ainsi gruger.
FAnii: XV II— Le milan et le rossignol*.
Après que le milan *, manifeste voleur,
Eut répandu l'alarme en tout le voisinage, * '
Et l'ait crier sur lui les enfants du village,
Un rossignol tomba dans ses mains ' par malheur.
Le héraut* du printemps lui demande la vie.
« Aussi bien, que manger en qui n'a que le son?
Écoulez plutôt ma chanson; Je vous raconterai Térée et son envie \
— Qui, Térée ?esl-ce un mets propre pour° les milans?
— Non pas; c'était un roi dont les feux violents Me firent ressentir leur ardeur criminelle.
.Je m'en vais vous en dire une chanson si belle Qu'elle vous ravira : mon chant plaît à chacun.»
Le milan alors lui réplique :
« Vraiment, nous voici bien, lorsque je suis à jeun,
Tu me viens parler de musique.
— J'en parle bien aux rois. — Quand un roi te prendra,
Tu peux lui conter ces merveilles.
Pour un milan, il s'en rira :
Ventre afTamc n'a point d'oi^eilles \ »
Fable XVIIL — Le berger et son troupeau'.
(( Quoi? toujours il me manquera Quelqu'un de ce peuple imbécile' ! Toujours le loup m'en gobera?
J'aurai beau les compter! ils étaient plus de mille,
1. Hfisiode, Travaux et jours. rivée ou les ordres du roi. Ésope, 9. 5- J^^ •^'^" envie. Et sa passion
2. .Ui/an. Oiseau de proie diurne. violenlc. Sur Térée, voir L. III, 15.
3. Dam ses mainti. Kn style de note -. fauconnerie, on appelle main la G. Po'ir. Lex.
serre des oiseaux de proie (Cf. L. 7. Ventre a(]amé, etc. Proverfe
VI, 1.5.) très ancien.
4. Le héraut du printemps. Le fî. Abstemius, 127. rossignol annonce le printemps, !•. Imlx-cile. Au sens blin : lai comme le kéraut annonçait lar- ble, lâche.