‹ Œuvres choisiesChapitre 428 sur 507 · ÉPITRE A HUET · texte numérisé non relu

ÉPITRE A HUET

J'ai beau les évoquer, j'ai beau vanter leurs traits, 35 On me laisse tout seul ^ admirer leurs attraits. Térence est dans mes mains : je m'instruis dans Horace ; Homère et son rival ^ sont mes dieux du Parnasse. Je le dis aux rochers ; on veut d'autres discours : Ne pas louer son siècle est parler à des soui'ds. 40

Je le loue, et je sais qu'il n'est pas sans mérite ; Mais, près de ces grands noms, notre gloire est petite : Tel de nous, dépourvu de leur solidité, N'a qu'un peu d'agrément, sans nul fonds de beauté. Je ne nomme personne : on peut tous nous connaître. 45

Je pris certain auteur autrefois pour mon maître ; Il pensa me gâtera A la fin grâce aux dieux, Horace^ par bonheur^ me dessilla les yeux. L'auteur avait du bon, du meilleur ; et la France Estimait dans ses vers le tour et la cadence. 50

Qui ne les eût prisés ? J'en demeurai ravi ; Mais ses traits ont perdu quiconque l'a suivi. Son trop d'esprit s'épand * en trop de belles choses : Tous métaux y sont or, toutes fleurs y sont roses \

On me dit là-dessus ; « De quoi vous plaignez-vous ?» 35 De quoi ? Voilà mes gens aussitôt en courroux ; Ils se moquent de moi, qui, plein de ma lecture, Vais partout prêchant l'art de la simple nature. Ennemi de ma gloire et de mon propre bien, Malheureux, je m'attache à ce goût ancien ^ 00

« Qu'a-t-ilsur ' nous, dit-on, soit en vers, soit en prose? L'antiquité des noms ne fait rien à la chose, L'autorité non plus, ni .tout Quintilien. » Confus à ces propos, j'écoute, et ne dis rien.

J'avouerai cependant qu'entre ceux qui les tiennent es J'en vois dont les écrits sont beaux et se soutiennent: Je les prise, et prétends qu'ils me laissent aussi Révérer les héros * du livre que voici.

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