‹ Œuvres choisiesChapitre 446 sur 507 · LIVRE XII. FABLE VI · texte numérisé non relu

LIVRE XII. FABLE VI

Le renard dit au loup : « Notre chérj pour tous mets J'ai souveht un vieux coq, ou dé maigres poulets :

C'est une viande qui me lasse.

Tu fais meilleure chère avec moins de hasard * : J'approche des maisons ; tu te tiens à l'écart. Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce ;

Rends-moi le premier de ma race Qui fournisse son croc ^ de quelque mouton gras : Tu ne me mettras point au nombre des ingrats. — Je le veux, dit le loup ; il m'est mort Un mien frère ; Allons prendre sa peau, tu t'en revêtiras. » 11 vint, et le loup dit : « Voici comme ' il faut faire, Si tu veux écarter les mâtins * du troupeau. »

Le renard, ayant mis la peau, Répétait les leçons que lui donnait son maître. D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien;

Puis enfin il n'y manqua rien.

A peine il fut instruit autant qu'il pouvait l'être, Qu un troupeau s'approcha. Le nouveau loup y court Et répand la terreur dans les lieux d'alentour.

Tel, vêtu des armes d'Achille, Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville : Mères, brus et vieillards, au temple couraient tous. L'ost * au peuple bêlant crut voir cinquante loups : Chien, berger, et troupeau, tout fuit vers le village, Et laisse seulement une brebis pour gage. Le larron s'en saisit. A quelques pas de là Il entendit chanter un coq du voisinage. Le disciple aussitôt droit au coq s'en alla,

Jetant bas sa roJ3e de classe, Oubliant les brebis, les leçons, le régent*,

Et courant d'un pas diligent.

Qiie sert-il qu'on se contrefasse ?

Prétendre ainsi changer est une illusion : L'on reprend sa première trace ' A la première occasion.

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