LIVRE XII. — FABLE VII
Ils se sont, acquittés tous deux de leur office, L'un en milan, et l'autre en citoyen des bois. Pour moi, qui sais comment doivent agir les rois,
Je les affranchis du supplice. »
Et la cour d'admirer. Les courtisans ravis Élèvent *■ de tels fafts, par eux si mal suivis. Bien peu, même des rois, prendraient un tel modèle ;
Et le veneur ^ l'échappa belle, Coupable seulement, tant lui que l'animal, D'ignorer le danger d'approcher trop du maître.
Ils n'avaient appris à connaître Que les hôtes des bois : était-ce un si grand mal ?
Comme l'on conte en deux façons L'accident du chasseur, voici l'autre manière : Un certain fauconnier ayant pris, ce dit-on, A la chasse un milan (ce qui n'arrive guèrej,
En voulut au roi faire un don,
Gomme de chose singulière :
Ce cas n'arrive pas quelquefois ^ en cent ans ; C'est le non plus iillra * de la fauconnerie. Ce chasseur perce donc un gros '" de courtisans, Plein de zèle, échauffé, s'il le fut de sa vie.
Par ce parangon ^ des présents
Il croyait sa fortune faite,
Quand l'animal porte-sonnette %
Sauvage encore et tout grossier,
Avec ses ongles tout d'acier.
Prend le nez du chasseur, happe le pauvre sire :
Lui de crier, chacun de rire, Monarque et courtisans. Qui n'eût ri ? Quant à moi, Je n'en eusse quitté ma part pour un empire.
Qu'un pape rie, en bonne foi Je ne l'ose assurer ; mais je tiendrais un roi
Bien malheureux, s'il n'osait rire :