LIVRE XII. FABLE XIII
« Mes parents, reprit-il, ne m'ont point fait instruire; Ils sont pauvres, et n'ont qu'un trou pour tout a-, oir ; Ceux duloup.g-rosmessieurs, l'ont faitapprendreà lire. »
Le loup, par ce discours flatté,
S'approcha. Mais sa A'^anité Lui coûta quatre dents : le cheval lui desserre * Un coup : et haut le pied -. Voilà mon loup par tene,
Mal en point, sanglant et gâté '.
« FVère^ dit le renard, ceci nous justifie
Ce que m'ont dit des gens d'esprit :
Cet animal vous a sur la mâchoire écrit Que de tout inconnu le sage se méfie \ »
Fable XIII. — Le renard et !es poulets d'înde .
Contre les assauts d'un renard Un arbre à des dindons servait de .citadelle. Le perfide ayant fait tout le tour du rempart^
Et vu chacun en sentinelle^ S'écria : « Quoi ! Ces g-ens se moqueront de moi ! Eux seuls seront exempts de la commune loi ! Non, par tous les dieux ! non. )^ Il accomplit son dire. La lune, alors luisant, semblait, contre le sire, Vouloir favoriser la dindonnière gent \ Lui, qui n'était novice au métier d'assiég-eant, Eut recours à son sac de ruses scélérates : Feignit vouloir gravir, se guinda ' Sur ses pattes, Puis contrefit le mort, puis le ressuscité.
Arlequin * n'eût exécuté
i. Desserre. Desserrer a voulu choix des personnages, et l'action,
dire : détendre la corde dun arc. plus de vraisemblance chez La
D'où, décocher une flèche, et, ici, Fontaine ; et sa fable est mieux
lâcher. composée. Mais Régnier l'emprrtc
2. Haut If^ pied. Pour détaler. pour. la verve et le" pittoresque.
S. Gâte. Mot d'un sens très fort ; o. Erasme. Adajia. — Les pou-
ici, meurtri. lets d'Inde sont ce qr.e nous appe-
4. Reculer mettait en scène un Ions les, dindes, par abréviation, loup, une lionne et un mulet. Le 6. Gent. Lex.
loup s'excuse de ne pouvoir lire au 7. 5e guinda. Se haussa,
pied du mulet ; la liunne. alTamée, 8. Arlequin. Personnage de '»
s'approche pour voir, le mulet lui comédie italienne, fertile en ru-
dél'once la tète. — Il y a. noar le ses.
Tant de ditVérenls personnag^es.
il élcNipt sa queue, il la l'aisaiL briller,
Kt cent mille autres bailinages, Pendant quoi nul dindon n'eût osé sommeiller. L'ennemi les lassait en leur tenant la vue
Sur même objet toujours tendue. J.es pauvres gens étant à la long-ue éblouis, Toujours il en tombait quelqu'un ; autant de pris, Autant de mis à part : près de moitié succombe. Le compagnon les porte en son -g-arde-manger.
Le trop d'atlenlion qu'on a pour le danger
Fait le plus souvent qu'on y tombe.
Fable XiV, — Le philosophe scythe *.
Un philosophe austère, et né dans la Scythie ", Se proposant de suivre une plus douce vie, Voyagea chez les Grecs, et vit en certains lieux Un sage assez semblable au vieillard de Virgile ^ Homme égalant les rois, homme approchant des dieux, Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille. Son bonheur consistait aux * beautés d'un jardin. Le Scythe l'y trouva qui, la serpe à la main, De ses arbres à fruit retranchant l'inutile, Ébranchait,' émondait % ôtait ceci, cela,
Corrigeant partout la nature Excessive à " payer ses soins avec usure.
Le Scythe alors lui demanda :
« Pourquoi cette ruine ? était-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants?
Quittez-moi votre serpe, instrument de dommage :
Laissez agir la faux du Temps :
1. (Fable ving-tième). — Au- lar.l de Tarente, Grorgifjue.9, IV,
In-Gelle. Nuits attiques, XIX, v. 12.j.