VIII. - Négation
Ne. — Affaiblissement de nen (qui n'est lui-môme que la forme atone de non), ne avait, en ancien français, toute sa force négative, et suffisait pour exprimer la négation. La Fontaine use fré<iuemment de ne tout pur : « De tout temps les chevaux ne sont nés pour les hommes » (n'ont pas toujours été au service des honimc:-), IV, 13; — « A'e bougeons de notre demeure ». IV, 22 ; — ^ Le chien ne bouge », VIH. 17, etc. — Dans la phrase : — « Un seul non échappa ». lll. 13, il y a aussi ellipse de pas^ (pas un seul n'en échappa*. Cf. Philémon et B;iucis,Y>. 491, v. 35]
Ne {omis). — Ne s'omettait parfois dans le second membre d'une phrase comparative : « Le Japon ne l'ut pas plus heureux à cet homme Que le Mogol l'avait été », Vif, 12.
Pas. — L'ancien français usait, pour renfoncer la négation. de mots supplémentaires qui n'avaient d'ailleurs par eux-mêmes absolument rien de négatif, (ils exprimaient seulement une valeur ou une quantité minime): c'étaient pas, point, rien, mie, goutte, etc. Par une sorte de contagion, certains de ces mots, à accom])agner la négation, devinrent eux-mêmes négatifs. Pas en particulier, (de mr-me que point>, le devint si bien que, dès le XVI" siècle, il suffit, surtout dans les phrases interr.ogatives, à marquer la négation : « Fit- il pas mieux que de se plaindre ? », IIL 11 ; - « Le vois-tu pas ? » VIII, 21 ; etc.
Cette construction s'étendit aux phrases non interrogatives : < Pas un seul petit morceau y>, 1, 1. On peut remarquer que dans ce dernier exemple il n'y a pas de verbe. La Fontaine est allé dans le style familier, jusqu'à employer pas (tout seul), même après un verbe : « Elles me touchent pas tant », [à Maucroix, p. 1.5'.
"Siiomis). — Contrairement à l'usage actuel, ni pouvait cire omis devant le premier terme négatif : « L'avcnt ni le carême >\ IV. 11 ; et même devant plusieurs termes: « L'envie, la malignité, ni la cabale » (Psyché, p. 246).
Peut-être faut-il attribuera l'influence de cette construction un tour tel que celui-ci :« Patience et longueur de teni))s Font plus que force ni que rage », II, 11 (l'ont plus que ni force ni rage)'.
Aussi. — Dans une proposition négative, l'adverbe aussi avait le sens de non plus : « Quiconque ne voit guère N'a guère à dire aussi », IX., 2; '— « Je ne l'ai pas mauvais aussi », IX, 9,