‹ Œuvres choisiesChapitre 483 sur 507 · IX. — Verbeg · texte numérisé non relu

IX. — Verbeg

Forme du verbe. — Quand on a dislingué, pour le fond, les verbes u>.:i c.>p;iment un état (être, paraître, devenir. rester, etc.), et ceux qui expriment une action; quand on a ensuite subdivisé ces derniers en verbes qui expriment une action limitée au sujet, (cest-à-dire les verbes intransUifs, comme je galope, je meurs), et ceux dont l'action passe (en lat. tj\insit] sur un objet vverbes transitifs): je lis un livre, je nuis à quelqu'un, il ne reste plus alors entre les verbes que des dilTérences de forme.

Ce n'est pas, en effet, une différence de fond, mais une simple différence de forme qu'il y a entre «je lis un livre » et « je nuis à quelqu'une; ces deux verbes expriment l'un et l'autre une action qui passe sur un objet : il:^ sont tous deux également transitifs.

Le complément d objet, (c'est le nom quon àonne aujourd'hui au complément du v^rbe transitif ^i, ne s'est pas toujours relié au verbe de la mèm<^ manière qu'aujourd hui. Tel verbe s'unissait à son complément au njoyen d'une préposition, qui, de nos jours, se passe de cet intermédiaire : insulter à, satisfaire il, aidera, viser à (quelqu'un , etc. (V. Lex., A.).— D'autres verbes, au contraire, se passaient de préposition, qui en exigent une aujourd'hui : verser pleurs, (V. Lex,, de). Ce n'est là, au fond, qu'une question de forme.

Simple question de forme aussi, que l'emploi de tel ou tel auxiliaire avec les verbes intransitifs. L'usage a beaucoup varié sur ce point. On pouvait dire autrefois : « Il dit avoir entré », (lettre du 31 août i663, p. 22j ; — « Tu n'aurais ipas descendu », in, .5.

Forme pronominale, — Les véritables intransitifs sont très peu nombreux, presque tous les verbes qui expriment une action ont pu être employés intransitivement et transitivement. Aussi presque tous ont pu recevoir la forme pronominale : « Le premier qui les vit de rire s'éclata'», III, 1 ; — « Il ne s'en manque guère », VIII. 25 ; — « 11 s'en courut», VIII, 2 ; — « Ensemble se jouant », X, 11.

Inversement, des verbes qui, dans de certaines signification?, ne s'emploient plus qu'à la forme pronominale, pouvaient se passer de pronom : « Le premier lieu oîi nous arrêtâmes » {Lettre Limousin, p. 26; ; (cf. Fables, III, 5); — « Les petits esquivent », IV, 6 ; — « Un corps qui... ne meut, ni ne respire », V, 20. — (Pour garder, v. Lex.)

Forme impersonnelle. — La Fontaine emploie, à limitation du latin, le passif impersonnel : « Devant le singe il fut plaidé » (on plaida), II, 3 ; — « Fut fait savoir à ses vassaux Que chaque espèce, etc. », VI, 14.

1. «Ce que nous appelions com- maire française, p. VII.) Aussi plément direct et complément in- préfère-t-on aujourd'hui une appeldiract n'est au fond qu'une seule làtion unique, complément d'obéi même chose. » (Sudre, Gram- jet.

Au contraire, certains verbes impersonnels sont employés personnellement : « Noire homme Tranche du roi des airs, pleut, vente », VI. 4. c'est-à-dire l'ail tomber de la pluie, souiller du veut.

Accord du verbe. — Le verbe, qui d'ordinaire s'accorde avec le sujet grammatical, peut quelquefois s'accorder avec le sujet logique, ou, plus exactement, avec l'idée qu'on a dans l'esprit : « Là croissait à plaisir l'oseille et la laitue », IV, 4 (l'éci-ivain considère ces légumes comme un tout) ; — Cf.: « Ane, cheval et mule aux forêts habitait », IV, 13 ; — « Avant que la grilfe et la dent Lui sor7 crue », XI, 1 ; — cf. enfin Psyché, p. 247. — Dans la phrase : « De tous côtés lui vient des donneurs de receltes », Vlll, 3. le verbe est au singulier ; c'est qu'il est en tête de la proposition, et quand l'écrivain l'énonce, il n'a encore que lui, dans l'esprit, (cf. la syntaxe ordinaire : il lui vient des donneurs de recetlesi. — Au contraire, La Fontaine écrit : « La contrainte de la poésie, jointe à la sévérité de noire langue, m'embarrasseraient », {Préface, p. 68) ; ici la multiplicité des embarras est ce qui occupe son esprit.

Accord de « c'est ». —C'est, suivi d'un attribut au pluriel, pouvait ne pas s'accorder en nombre avec lui : « C'était merveillesde le voir », Vlll, 2 ; — « C'était leurs délices ». XII, l. — Cf. Bossuel, Orais. Condé : « C'est des montagnes inaccessibles, c'est des ravins et des précipices d'un côté, c'est partout des lorts, etc. ».

Ellipse du verbe. — Cette part de liberté laissée à l'esprit permet aussi d'expliquer l'ellipse assez fréquente du verbe. S'il vient dètre énoncé, on ne croit pas nécessaire de le répéter : « Nos amis ont grand tort, et tort (celui-là a tort) qui se repose », IV, 22. — Il arrive même que le verbe soit complètement omis, c'est qu'alors il est facile à suppléer : « Sage (il eût été sage), s'il eut remis une légère offense », IV, 13 ; — « Où l'honneur (où est l'honneur) d'une telle aventure ? » XI, 13 ; — € L'onde tiède (quand l'onde fut tiède), on lava les pieds », etc., Baucis, p. 492, v. 53.

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