X. — Modes
L'ancienne langue avait, dans l'emploi du mode des verbes, plus de souplesse, il faut dire même plus de justesse que la nôtre. Sur ce point, comme sur tant d'autres, La Fontaine s'inspire de l'usage ancien.
L'indicatif. —On le trouve, chez La Fontaine, (comme d'ailleurs chez plus d'un écrivain de son temps), là où la grammaire d'aujourd'hui exigerait le subjonctif; — « Il fait, eu sorle que vous apprenez », p. 6ô ; — c Le hasard voulut qu'Esope eut affaire », Vie d'Ésope p. 7o ; - « Le ciel permit qu'un saule se trouox », I, ir». — < C'est dommage, Graro, que tu n'es point entré », IX, 4. — (!)anslous ces exemples, il s'agit d'un fait réel, certain ; l'indicatif est donc jr^lifié.)
Avec devoir, {pouvoir, etc.), l'indicalif élaif, autrefois, diisage constant, conime en latin avec (leheo{possum,e[c.} : «Je devais pur la royauté Avoir commencé mon ouvraa:e », III, 2 ; — « Hercule, ce dil-il. tu devais bien purger ». VllI, ô:.dans ces exemples, l'indicatif est plus jusle que notre conditionnel'. Cf. par analogie avec celte syntaxe : « Tout cela TnérAait un éloge pompeux », XII, 17 (nous dirions : eût mérité).
Subjonctif. — En ancien français, comme en latin, le subjonctif pouvait suppléer l'impératif, et, dans ce cas, il se passait de la conjonction que : « Un plus savant le fisse », II, 1 ; — « Vive la gcnl qui fend les airs »,II, 5; — « Jupiter confonde les chats », ibid. ; etc.
Dans la proposition complétive, on trouve parfois le subjonctif là où la langue actuelle exige l'indicalif : « De dire qu'il
soit naturel cela n'est guère croyable », Lettres Limousin,
p. 33; — « Son fils prétendait pour cela Qu'on le dût mettre dans Ihistoire », Vf, 7 ; — « Et que m'importe donc, dit l'âne, û qui je sois •? », VI, 8 ; — « Si vous trouvez que je sois démon », Psyché, p. 250.
Imparfait du subjonctif. — Pour s'expliquer certaines phrases où entre cette iorme,il faut se rappeler que l'imparfait du subjonctif a non seulement une valeur de temps, mais une \a!eur de mode : à ce dernier titre.il vaut, selon les cas, soit un optatif, soit un conditionnel. Dans la phrase :
Le compère aussitôt va remettre en sa place
L'argent volé, prétendant bien Tout reprendre à la fois, sans qu'il v manquât rien,
nous nous étonnons de ce temps ; nous mettrions aujourd'hui le présent (sans qu'il y manque riem. L'imparfait exprime ici une nuance fine : le compère souhaite de tout son cœur retrouver la somme au complet, il use naturellement d'un optatif. Cf. « Pussent-ils tout d'un coup élever leurs sourcils :», P/iilémon et Buu^ cis. p. 496, V. 193 lAh ! sils pouvaient...).
Dans la phrase : « Comment voulez-vous que je croie Qu'un hibou pût jamais emporter cette proie ? » IX, 1, l'imparfait du subjonctif a simplement sa valeur régulière de conditionnel : (qu'un hibou pourrait, etc.).
Li'infinitif. — Ce mode est proprement le substantif du verbe. Aussi l'ancienne langue pouvait-elle employer tout infinitif à la fa^on d'un nom, en l'accompagnant de l'article. La Fontaine use beaucoup de ce tour : « Au partir de ce lieu », III, 6 ; — « Le pleurer ». Psyché, Tp. 2.56:— « Vendre ie dormir, Comme /c manger et le boire », VIII, 2 ; etc.
Infinitif prépositionnel. — C'est aussi parce que l'infinitif est l'équivalent d'un nom qu'on le trouvait si souvent utiefoi? précéié d'une préposition En particulier, p.ir était très employé « Mais ne confondons point, par trop approfondir, ete ^, 111*
17. — « Il ne sait que far ouïr dire », VII, 12 (nous diiions aujourd'hui : ji:ir ouï dire\.