‹ Œuvres choisiesChapitre 97 sur 507 · LIVRE II. FABLE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II. FABLE VIII

Il faut que l'on en vienne aux coups ; il faut plaider, il faut combattre.

Laissez-leur prendre un pied chez vous, Ils en auront bientôt pris quatre.

Fable VIII. — L'aigle et l'escarbot '.

L'aigle donnait la chasse à maitre Jean Lapin, Qui droit à son terrier s'enfuyait au plus vite. Le trou de l'escarbot * se rencontre en chemin. ,^ , Je laisse à penser si ce gite

Etait sûr; mais où mieux? Jean Lapin s'y blottit. L aigle fondant sur lui nonobstant cet asile,

L'escarbot intercède et dit :

«Princesse ' des oiseaux, il vous est fort facile D enlever malg-ré moi ce pauvre malheureux ; Mais ne me faites pas cet affront, je vous prie ; Et puisque Jean Lapin vous demande la vie, Donnez-la-lui, de grâce, ou l'ôtez* à tous deux :

^ C'est mon voisin, c'est mon compère ^ »

L oiseau de Jupiter, sans répondre un seul mot, Choque de l'aile l'escarbot.

L'étourdit, l'oblig-e à se taire.

Enlève Jean Lapin. L'escarbot indi-né Vole au nid de l'oiseau, fracasse en son absence bes œuts, ses tendres œufs, sa plus douce espérance <= :

Pas un seul ne fut éparg-né.

L'aigle étant de retour et vovant ce ména^-e ' Remplit le ciel de cris ; et, pour comble de rage,

1' ^A°cr;l"7"^3^ d'Ésope,p.93. non de ]a femelle (comme cesl le 2. Lscarbot. Scarabée. On a cas ici), La Fontaine fait dV..- I reme a comprendre quun lapin n^\r,, liirjle àn"'u\ ' ''"•'"

obéc et'aae'^r'.h' """" •*'^^" f "^ ' ^■^'"'^=- ^'"'^'"«^^ire, place du

rabec, et que celui-ci puisse fra- pronom réqime.

casser \esœnis d'un aigle(vers 18). 5. Compère. Lex.

Dans Esope, le scarabée fait rou- 0. Le poète est de cœur avec

SP Jhf.!f. ' • ' ^' ^"''^ -■ ^'V'^^'- l'e-^carbot, mais il ne refuse pas sa

semblance n est pas moms forte. pitié à celte mère alllir'- ^ ^ ^ ^"^

Princesse. Quil s agisse ou 1. Ménage. -Lex.

ce.

Ne sait sur qui veng^er le tort qu'elle a souffert. Elle î^cmit en vain, sa plainte au vent se perd. Il fallut pour cet an vivre en mère aflligée. L'an suivant, elle mit son nid en lieu plus haut. L'escarbot prend son temps, fait faire aux œufs le saut La mort de Jean Lapin derechef est veng-ée. Ce second deuil f\it tel que l'écho de ces- bois

N'en dormit de plus de six mois.

L'oiseau qui porte Ganymède * Du monarque des dieux enfin implore l'aide, Dépose en son giron - ses œufs, et croit qu'en paix Ils seront dans ce lieu ; que, pour ses intérêts, Jupiter se verra contraint de les défendre :

Hardi qui les irait là prendre.

Aussi ne les y prit-on pas.

Leur ennemi chang^ea de note, Sur la robe du dieu fit tomber une crotte : Le dieu la secouant jeta les œufs à bas.

Quand l'aigle sut l'inadvertance,

Elle menaça Jupiter D'abandonner sa cour, d'aller vivre au désert,

De quitter toute dépendance,

Avec mainte autre extravagance.

Le pauvre Jupiter se tut :

Devant son tribunal l'escarbot comparut,

Fit sa plainte, et conta l'atraire.

On fit entendre à l'aig-le, enfin, qu'elle avait tort. Mais les deux ennemis ne voulant point d'accord. Le monarque des dieux s'avisa, pour bien faire, De transporter le temps où l'aigle fait l'amour En une autre saison, quand la race escarbote Est en quartier d'hiver *, et, comme la marmotte,

Se cache et ne voit point le jour *.

1. Ganymède. Jeune Troyen que 3. Quartier d'hiver. Lieu ou Jupiter fit enlever par son aigie, Io{?eaient les troupes en hiver pour être dans l'Olympe son échan- 4. Fable pleine (Je sen.sibililc son. et de heauics, bien que cer-

2. Giron. Autrefois pan de la tains détails ne soieat pas « à robeallant delà ceinture au genou. l'échelle ».

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