‹ Œuvres choisiesChapitre 17 sur 35 · D'ESCRIRE EN SA LANGUE · texte numérisé non relu

D'ESCRIRE EN SA LANGUE

Quiconque soit, qui s'estudie En leur langue imiter les vieux, D'une entreprise trop hardie Il tente la voye des cieux.

Croyant en des ailes de cire Dont Phœbus le peut déplumer :

Et semble, a le voir, qu'il désire Nouveaux noms donner a la mer.

Il y met de l'eau, ce me semble, Et pareil (peut être) encor est A celuy qui du bois assemble.

Pour le porter en la forest :,

Qui suyvra la divine Muse, Qui tant sceut Achille ex tôlier?

Où est celuy qui tant l'abuse De cuider encore voler

Où, par régions incogneues, Le cygne Thebain si souvent Dessoiibs luy regarde les nues, Porté sur les ailes du vent?

Qui aura l'haleine assez forte, Et Testomac pour entonner Jusqu'au bout la buccine torte, Que le Mantuan fit sonner?

Mais où est celuy qui se vante De ce Calabrois approcher, Duquel jadis la main sçavante Sceut la lyre tant bien toucher?

Princesse, je ne veulx point suyvre D'une telle mer les dangers, Aymant mieux entre les miens vivre.

Que mourir chez les estrangers.

Mieux vault que les siens l'on précède, Le nom d'Achille poursuyvant.

Que d'estre ailleius un Diomede, Voire im Thersite bien souvent.

Quel siècle esteindra ta mémoire, O Boccace ! et quels durs hyvers Pourront jamais sécher la gloire, Pétrarque, de tes lauriers verds

POLSIES . 85

Qui verra la vostre muette, Daiite et Bembe, à l'esprit haultain ?

Qui fera taire la musette Du pasteur Neapolitaiii ?

Le Lot, le Loir, Touvre (* ) et Garomie, A vos bords vous direz le nom De ceux que la docte couronne EteiTiise d'un hault renom ;

Et moy { si la douce folie Ne me déçoit) je te promets, Loyre, que ta lyre abolie, Si je vy, ne sera jamais.

Marguerite peut donner celle Qui rendoit les enfers contens, Et qui bien souvent après elle Tiroit les chesnes escoutans.,

(*) Petite rivière fie l'Angoumois.

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