DES CONDITIONS DU VRAÏ POETE
AU SEIGNEUR BOUJU.
Bouju, celuy que la Muse D'un bon œil a veu naissant, De l'espoir qui nous abuse Son cœur ne va repaissant.
La faveur ambitieuse
Des grands, volontiers ne suit,
Ny la voix contentieuse
Du Palais, qui tousjours bruit.
Sa vertu n'est incitée
Aux biens que nous admirons,
Et la mer sollicitée
N'est point de ses avirons.
La vieille au visage blesme Jamais grever ne le peut.
Qui se tormente elle-mesme, Quand tormenter elle veult.
POKSIES
Son estoille veiilt qu'il vive Tousjours de l'araoïir amy, Mais la volupté oisive Ne l'a oncqnes endoraiy.
Il fuit volontiers la ville, Il hait en toute saison La faulse toiube civile Eimemie de raison.
Les superbes Colisées, Les Palais ambitieux Et les maisons tant prisées Ne retiennent point ses yeux ;
Mais bien les fontaines vives Mères des petis ruisseaux Autour de leurs verdes rives Encourtinez d'arbrisseaux,
Dont la fraischeur qui contente Les bœufs venant du labeur, De la CanicvUe ardente Ne sentit oncques la peur.
Il tarde le cours des ondes.
Il donne oreilles aux bois, Et les cavernes profondes Fait rechanler sous sa voix :
Voix (jue ne feront point taire Les siècles s'entresuyvans, Voix qui les hommes peut faire A eux mesmes survivans.
Ainsi ton bruit qui s'escarte, Bouju, tu feras parler ; Ainsi ta petite Sarte Au mesme Pau (*) s'égaler.
0 que ma Muse a d'envie D'ouir ( te suivant de près ) La tienne des bois suivie Commander à ces forests !
En leur apprenant sans cesse, Et à ces rochers icy, Le nom de nostre Princesse, Pendant que ma lyre aussi
Geste belle Marguerite Sacre a. la postérité, Et sa vertu, qui mérite Plus d'une immortalité.
O l'ornement délectable De Pliœbus ! ô le plaisii-.
Que Jupiter a. la table Sur tous a voulu choisir !
(*) Pau pour Pô.
Luc, qui esteins la mémoire De mes emiuis, si ces doigts Ont rencontré quelcjue gloire, Tienne estimer tu la dois.
Où me guidez-vous, Pucelles,
Race du Père des Dieux?
Où me guidez-vous, les belles,
Et vous Nymphes aux beaux yeux ?
Fuyez l'ennemy rivage, Gaignez le voisin rocher :
Je voy de ce bois sauvage Les Satyres approcher.