‹ Œuvres choisiesChapitre 25 sur 35 · HYMNE DE SA»TÉ · texte numérisé non relu

HYMNE DE SA»TÉ

AU SEIGNEUR BOBERT DE LA HATEa

Ja tes languissantes veines

Estoient pleines D'un feu violent et fort , Ja les pallissantes fièvres

Sur tes lèvres Avoient imprimé la mort :

Ja te conduisoit la Parque

Vers la barque De l'horrible Nautonnier, Et ja ton ame craintive

Sur la rive Luy presentoit son denier :

Quand le Dieu, que Cyiithe adore,

Qui t'honnore De son présent le plus beau , Retint le cours de ta fuyte,

Ja conduicte Dessus le bord du tombeau.

O combien ceste main palle,

Main fatale, Que ja blesme tu suyvois Tioubla les bandes compaignes

Des montaignes, Des fontaines et des bois.

Elle avoit, la sacrilège,

Leur collège Violé cruellement, Saccageant le double feste,

Qui leur teste Ombrage éternellement.

Le laurier aux tresses vives

Sur leurs rives Penchoit demi-sec en bas , Et la chevaline source

De sa course Avoit arresté les pas :

N'oyant plus la voix sacrée

Qui agrée Aux bois qui sont toujours verds, Et la nombreuse cadance

De la danse Qui Tanimoit souhs tes vers.

Mais le médecin de Dele, Ce fidèle

-I -1 4 POÉSIES j

Garde des espris sacrez Alors ne niist en arrière

La prière De tant de justes regrez :

Ains du jus d'une racine

Medicine Te rappellant d'Acheron, Siu" loy fit la preuve encore

Qui décore Le disciple de Chyron.

Heureuse soit la recepte.

Dieu prophète,

Qui fit revoir nostre jour

A celuy qui plus hault prise Ce qui brise

Les portes du noir séjour.

N'est-ce pas luy qui les traces

De tes grâces Si divinement condiiict, Qu'ores ta suyte compaignc

Ne desdaigne Des procez l'enroué bruit ?

N'est-il pas de celle bande, Qui conunande

Sur les eaux et sur les bois :

Luy qui mille expériences Des sciences

Joinct aux vénérables loix ?

Sus doncq, pucelles Dryades,

Sus Naiades, Sortez de vostre prison :

Dansez, troppes forestières,

Vous rivières, Soimez ceste guerison.

O Santé, saincte Déesse,

O Princesse Nourricière des humains, O la plus belle peincture.

Que Nature Fit oncq de ses doctes mains !

C'est toy qui fais que tout rie,

La prairie Te doit son verd ornement :

C'est toy qui nourris les plantes

Où tu entes Ta force divinement.

De tes sainctes mains divines

Les racines Prennent leurs effects divers, Tu es la céleste flamme,

Tu es l'ame Infiise au grand univers.

Sans toy, tout l'honneur qui dore De l'Aurore

Les rivages emperlez, Sans toy, de la gardienne

Paphienne Les plaisirs emmiellez :

Le tableau, l'encre et le cuyvre.

Qui font vivre L'ouvrier après son trespas, La musique et les viandes

Plus friandes Sans toy, ne nous plairoient pas.

Où tu es, la maladie

Enlaydie, Le soing, qui nous ronge et mord, Le chagrin et la vieillesse,

La foiblesse, Et le germain de la mort :

Lk (dy-je) , ô des Dieux la fille,

La famille D'enfer ne séjourne poinct :

Mais le plaisir y habite.

Mais la suyte Du Dieu qui les cœurs nous poingt.

Que n'ose l'humaine race?

Nostre audace Ne permet que Jupiter Les traicts foudroyans retire,

Que son ire Faict justement despiter.

De Japjiet le fier lignage,

Tesmoignage De nos faicts ambitieux, Osa par une finesse

Larronnesse Robber la flamme des cieux .

Lors les vertus, qui s'ailerent,

S'envolèrent, Et la mort, qui lentement Hastoit sa boyteuse suyte,

Nostre fu}'te Tallonna premièrement.

Lors les fièvres incognues

Sont venues.

Et les malheureux mortels, Qui d'elles s'espouvanterent,

Inventèrent Premièrement les autels .

Pour te rappeller, ô Saincte,

Qui contraincle De t'en revoler soudain, Viens reguerir nostre peine

Que r'ameine Des Dieux le juste desdain.

Quel vers doncques, ou quel hymne Sera digne

De célébrer tes bienfaicts ?

Voire celuy mesme encores,

Celuy qu'ores O Déesse ! tu nous fais.

Qu'on dresse un autel de terre ^

Qu'on l'enserre De lyerre et de lauriers verds.

Qu'on y face une ceinture

De verdure, Qu'on y grave mille vers.

Ce jour me soit tousjours feste.

Que ma teste On entourne , car je veulx , Pour ta santé redonnée,

Geste année M'acquitter de mille vœux.

Celle tant doulce lumière

Qui première Destourna ton jour fatal, Autant, amy, me soit-elle

Solennelle Que mon propre jour natal.

Courage, amis, je vous prie

Que l'on rie ; Soient tous regrets endormis, Puis que le fils de Latonne

Nous redomic L'ornement de nos amis.

POÉSIES. I iî)

Amy, l'amy des Carites,

Tu mérites D'estre sainctement chanté :

Sus doncq, chacun vienne dire

Sur sa lyre Un bel h\Tnne de santé.

Pour la première j'appelle

La plus belle Du mont doublement poinctu , Ta sœiu' des Grâces chérie

Qui marie Le scavoir a la vertu.

lo, Nymphe de la Haye,

Que l'on paye Ses vœux au Dieu gardien, Ton frère ne te demande

Pour offrande, Fors un bel hymne Chrestien .

Perdriel, et toy encore,

Que j'honnore, O l'honneur Orleannois !

Vien, Audeberd ( * ), et accorde

Sur ta corde Cest ornement Champenois ;

(') Audebert ( Germain ), premier élu de l'élection d'Orléans , savant ju» risconsulte , mort en lo98.

Et toy, dont la docte veine

Nous r'ameine Le théâtre Athénien, Ornant de ta doidce ryme

La victime Du prince Mycénien,

Sybilet, je te supphe,

Qu'on n'oidihe Les vœux que l'on a promis J Le Philien ( * ) nous commande

Que l'on rende Tel devoir h ses amis.

Ces petis vers, cpie je joue,

Je les voue A la seconde moitié Qui tient ma sen e pensée

Enlacée D'une immoTtelle amitié.

O la moitié de ma vie î

Quelle envie J'ay d'escouter celle voix , Voix, dont les sainctes merveilles

Mes oreilles Ont ravy cent mille fois.

(") Surnom cl'Ajiollon^

Lors de ta santé première

La lumière Te rendra tel a mes yeux Qu'tme sereine journée

Retournée Apres un temps pluvieux :

Tel que l'escailleuse roue,

Dont se joue Le serpent, qui s'est faict beau, Reprenant nouvelle force

Soubs l'escorce D'une plus luysante peau :

Tel, comme la fleur mouillée

Despouillée De son lustre plus vermeil, Repeingt la première grâce

De sa face Aux rays du nouveau soleil.

Alors ta lyre dorée

Adoi'ée Et des hommes et des Dieux, Me dira l'horreur qui couche

A la bouche Du grand manoir Stygieux.

Tu me descriras la rive Où arrive

La grand' troppe des espris, Ce pendant je t'appareille

La merveille De mon Sixième (*) entrepris.

La tu reliras la tourbe

Qui se courbe SoidDs le sceptre Gnossien (**), Et l'autre mieux fortunée

Destinée Au séjour Elysien :

Où le Harpeur de Rhodope

Et sa troppe Font soubs les bois verdelets, Ou dessus les rives molles

Leurs caroles( *** ), Ou par les prés nouvelets.

De ceste bande sacrée

Est Ascrée ( **** J^ Lyne et le Meonien, Et Pindare et Sthesicliore,

Et encore Tout le chœur Aonien.

Une autre bande Romaine S'y promeine

(') Le sixième livre de l'Enéide, qui contient la dcscriiUiou des enfers, et que Du Bellay traduisait en ce moment.

(**) Le sceptre de Mines, roi de Crète, où était Gnosse, d'où Gnossieu. (•**) Caroles , danses, de Chorea.{ Dict. de Trc'voux.)} (••'•) ancrée, Hésiode , né à Ascra.

rOESiEs.

Par les destours plus secrez.

La est ta place étemelle

Près de celle De CatiUe aux vers sucrez.

Pendant, avant que ta vie

Soit ravie D'ime plus forte langueur, Qu'on s'esjouisse, qu'on chante,

Qu'on enchante Tout ce qui ronge le cœur .

Ja-ja la Parque félonne

Nous talonne, Et Minos n'a point appris D'ouir les plainctes des hommes,

Quand nous sommes Au rang des pâlies esprits .

Styx, qui d'ime courbe trace

Les embrasse, Leur empesche le retom, Cernant l'horreur du bas monde

De son onde Par trois fois d'un triple tour.

Mais si l'homme peut revivre

Par le livre, Ton image n'ira pas Au rang de ces pauvres nues

Incognues, Qui se lamentent là bas.

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