‹ Œuvres choisiesChapitre 27 sur 35 · ANTIQUITÉS DE ROME · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉS DE ROME

Divins espris, dont la poudreuse cendre Gist soiibs le faix de tant de murs couvers, Non, vostre los, qui vit par vos beaux vers, Ne se verra soubs la terre descendre.

Si des humains la voix se peut estendre Depuis icy jusqu'au fond des enfers, Soient à mon cry les abysmes ouvers.

Tant que d'abas vous me puissiez entendre.

Trois fois cernant soubs le voile des cieux

De vos tombeaux le tour devotieux,

A haïUte voix trois fois je vous appelle :

J'invoque icy vostre antique fmeiu", Et ce pendant que d'une saincte horreur Je vais chantant votre gloire plus belle.

Le Babylonien ses haults murs vantera Et ses vergers en Tair , de son Ephesienne La Grèce descrira la fabrique ancienne, Et le peuple du Nil ses pointes chantera .

La mesme Grèce encor vanteuse publiera De son grand Jupiter l'image Olympienne, Le Mausole sera la gloire Carienne, Et son vieux Labyrinth' la Crète n'oubliera .

L'antique Rliodien élèvera la gloire

De son fameux Colosse au temple de Mémoire :

Et si quelque œuvre encor digne se peut vanter

De marcher en ce rang, quelque plus grand'faconde Le dira : quant à moy, pour tous je veulx chanter Les sept costcaux Romains, sept miracles du monde.

Nouveau venu, qui cherche Rome en Rome, Et rien de Rome en Rome n'apperçois.

Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois. Et ces vieux murs, c'est ce que Rome on nomme.

Voy quel orgueil, quelle ruine, et comme Celle qui mist le monde soubs ses lois Pour don ter tout, se douta quelquefois. Et devint proye au temps qui tout consomme.

Rome de Rome est le seul monument, Et Rome Rome a vaincu seulement.

Le Tybre seul, qui vers la mer s'enfuit,

Reste de Rome. O mondaine inconstance ! Ce qui est ferme est par le temps destruit, Et ce qui fuit, au temps fait résistance.

Celle qui de son chef les estoiles passoit, Et d'un pied sur Thetis, l'autre dessoubs l'aurore, D'une main sur le Scythe et l'autre sur le More, De la terre et du ciel la rondeur compassoit ;

Jupiter ayant peur, si plus elle croissoit, Que l'orgueil des Geans se relevast encore. L'accabla soubs ces monts, ces sept monts qui sont ore Tombeaux de la grandeur qui le ciel menaçoit.

Il luy mist sur le chef la croppe Satm'nale, Puis dessus l'estomac assist la Quirinale, Sur le ventre il planta l'antique Palatin ,

Mist sur la dextre main la hauteur Celienne, Sur la senestre assist l'eschine Exquilienne, Viminal sur un pied, sur l'autre l'Aventin,

Qui voudra voir tout ce qu'ont peu nature, L'art et le ciel (Rome) te vienne voir : J'entens s'il peut ta grandeur concevoir Par ce qiii n'est que ta morte peincture.

Rome n'est plus, et si l'architecture Quelque ombre encor de Rome fait revoir, C'est comme un corps, par magique sçavoir, Tiré de nuict hors de sa sépulture.

Le corps de Rome en cendre est devallé.

Et son esprit rejoindre s'est allé

Au grand esprit de ceste masse ronde.

Mais ses escripls, qui son los le plus beau Malgré le temps arrachent du tombeau, Font son idole errer parmy le monde.

Telle que dans son char la Berecynthienne Couronnée de tours et joyeuse d'avoir Enfanté tant de Dieux, telle se faisoit voir En ses jours plus heureux ceste ville ancienne :

Ceste ville qui fut plus que la Phrygienne Foisonnante en enfans, et de qui le pouvoir Fut le pouvoir du monde, et ne se peut revoir Pareille a sa grandeur grandeur sinon la sienne,

Rome seule pouvoit a Rome ressembler, Rome seule pouvoit Rome faire trembler : Aussi n'avoit permis l'ordonnance fatale,

Qu'autre pouvoir humain, tant fiist audacieux.

Se vantast d'égaler celle qui fit égale

Sa puissance a la terre et son courage aux cieux.

Sacrez costeaiix, et vous sainctes ruines, Qui le seul nom de Rome retenez, Vieux monuments, qui encor soustenez L'honneur poudreux de tant d'ames divines :

Arcs triomphaux, poinctes du ciel voisines. Qui de vous voir le ciel mesme estonncz , Las, peu à peu cendre vous devenez.

Fable du peuple et publiques rapines !

Et bien qu'au temps pour un temps facent guerre Les bastimens, si est-ce que le temps Œuvres et noms finablement atterre.

Tristes désirs, vivez doncques contens : Car si le temps finist chose si dure, 11 finira la peine que j'endure.

no KSI ES. (fiO

Par armes et vaisseaux Rome cloiUa le monJo,

Et pouvoit-on juger qu'une seule cité

A voit de sa grandeur le terme limité

Par la mesme rondeiu" de la terre et de Tonde.

Et tant fut la vertu de ce peuple féconde En vertueux nepveux, qrie sa postérité Surmontant ses ayeulx en brave auctorité, Mesura le hault ciel a la terre profonde :

A fin qu'ayant rangé tout pouvoir soubs sa main, Rien ne peust estre borne a l'empire Romain : Et que, si bien le temps dcstriiit les Republiques,

Le temps ne mist si bas la Romaine haulteur,

Que le chef déterré aux fondemens antiques

Qui prindrent nom de luy , fust découvert menteur.

Astres cruels, et vous Dieux inhumains, Ciel envieux et mar astre Nature, Soit que par ordre, ou soit qu'a l'adventure Voyse le cours des affaires humains,

Pourquoy jadis ont travaillé vos mains A façonner ce monde qui tant dure?

Ou que ne fust de matière aussi dure Le brave front de ces palais Romains?

Je ne dy plus la sentence commune, Que toute chose au Jessoubs de la Lune Est corrompable et subjette a mourir :

Mais bien je dy (et n'en veuille desplaire A qui s'efforce enseigner le contraire) Que ce grand Tout doit quelquefois périr,

Plus qu'aux bords jEteans ( * ) le bra"\'e fils d'/Eson, Qui par enchantement conquist la riche laine, Des dens d'mi vieil serpent ensemençant la plaine N'engendra de soldats au champ de la toison,

Geste ville, qui fut en sa jeune saison Un hydre de guerriers, se vid bravement pleine De braves noiunssons, dont la gloire haultaine A remply du Soleil l'une et l'autre maison :

Mais qui finablement, ne se trouvant au monde Hercule qui dontast semence tant féconde, D'une horrible fureur l'un contre l'autre armez

Se moissonnèrent tous par un soudain orage, Renouvellant entre eux la fraternelle rage, Qui aveugla jadis les fiers soldats semez.

(*) D'Eélès, roi de Colchide, père de Médée.

Mars, vergongneiix d'avoir donné tant d'heur A ses nepveux que l'impuissance humaine, Enorgiieilhe en l'audace Romaine, Sembloit fouler la céleste grandeur,

Refroidissant» ceste première ardeur, Dont les Romains avoient l'ame si pleine, Soufla son feu, et d'une ardente haleine Vint eschauffer la Gothique froideur.

Ce peuple adoncq, nouveau fils de la Terre, Dardant par tout les foiddres de la guerre. Ces braves murs accabla soiJds sa main.

Puis se perdit dans le sein de sa mère, A fin que nul, fust-ce des Dieux le père. Se pust vanter de l'empire Romain.

Tels que l'on vid jadis les enfans de la Terre, Plantez dessus les monts pour escheller les cieux, Combattre main a main la puissance des Dieux, Et Jupiter contre eux qui ses fouldres desserre :

Puis tout soudainement renversez du tonnerre, Tomber deçà delà ces squadrons furieux, La terre gémissante et le ciel glorieux D'avoir a son homieur achevé ceste guerre :

Tel encore on a veu par dessus les humains Le front audacieux des sept costeaux Romains Lever contre le ciel son orgueilleuse face :

Et tels ores on voit ces champs dcshonnorez Regretter leur iiiine, et les Dieux asseurez Ne craindre plus Ta hault si effroyahle audace.

Ny la fureur de la flamme enragée, Ny le tranchant du fer victorieux, Ni le degast du soldat furieux, Qui tant de fois (Rome) t'a saccagée,

Ny coup sur coup ta fortune changée, Ny le ronger des siècles envieux, Ny le despit des hommes et des Dieux, Ny conti'e toy ta puissance rangée,

Ny l'esbranler des vents impétueux,

Ny le debord de ce Dieu tortueux ,

Qui tant de fois t'a couvert de son onde.

Ont tellement ton orgueil abbaissé,

Que la grandeur du rien, qu'ils t'ont laissé,

Ne face encor émerveiller le monde.

POÉSIES. -I7i

Comme on passe en esté le torrent sans danger, Qui souloit en liy\'er estre roi de la plaine, Et ravir par les champs d'une fayte haultaine L'espoir du laboureur et l'espoir du berger :

Comme on voit les couards animaux oultrager Le courageux lyon gisant dessus l'arène, Ensanglanter leurs dens, et d'une audace vaine Provoquer l'ennemy qui ne se peut venger :

Et comme devant Troye on vid des Grecs encor Braver les moins vaillans autour du corps d'Hector : Ainsi ceux qui jadis souloient, a teste basse,

Du triomphe Romain la gloire accompagner, Sur ces poudreux tombeaux exercent leur audace, Et osent les vaincus les vainqueurs desdaigner.

Pâlies Esprits, et vous Ombres poudreuses. Qui jouissant de la clarté du jour Fistes sortir cest orgueilleux séjour, Dont nous voyons les reliques cendreuses :

Dictes, Esprits (ainsi les ténébreuses Rives de Styx non passable au retour.

Vous enlaçant d'un trois fois triple tour, N'enferment point vos images ombreuses)

Dictes-moy donc (car quelqu'une de vous Possible encor se cache icy dessoubs), Ne sentez-vous augmenter vostre peine,

Quand quelquefois de ces costeux Romains Vous contemplez l'ouvrage de vos mains N'estre plus rien qu'une poudreuse plaine?

Comme l'on voit de loing sur la mer courroucée Une montaigne d'eau d'un grand branle ondoyant, Puis trainant mille flots d'un gros choc abboyant Se crever contre un roc où le vent l'a poussée :

Comme on voit la fureur par l'Aquilon chassée D'un sifflement aigu l'orage tournoyant, Puis d'une aile plus large en l'air s'esbanoyant Arrester tout à coup sa carrière lassée :

Et comme on voit la flamme ondoyant en cent lieux Se rassemblant en un, s'aiguiser vers les cieux. Puis tomber languissante : ainsi parmy le monde

Erra la Monarchie, et croissant tout ainsi

Qu'un flot, qu'im vent, qu'un feu, sa course vagabonde

Par un arrest fatal s'est venu' perdre icy.

Tant que Toyseau de Jupiter vola, Portant le feu, dont le ciel nous menace, Le ciel n'eut peur de l'effroyable audace Qui des Geans le courage affolla :

Mais aussi tost que le Soleil brusla L'aile qui trop se feit la terre basse, La terre mist hors de sa lourde masse L'antique horreur qui le droit viola :

Alors on vid la corneille Germaine Se déguisant feindre l'aigle Romaine, Et vers le ciel s'élever de rechef

Ces braves monts autrefois mis en pouldre, Ne voyant plus voler dessus leur chef Ce grand oyseau ministre de la fouldre.

Ces grands monceaux pierreux , ces vieux murs que tu vois Furent premièrement le clos d'un lieu champestre Et ces braves palais , dont le temps s'est faict maistre, Cassines de pasteurs ont esté quelquefois.

Lors prindrent les bergers les ornemens des Roys, Et le dur labourem- de fer arma sa dextre : Puis l'annuel pouvoir le plus grand se vid estre. Et fut encor plus grand le pouvoir de six mois :

70 l'OKSIES.

Qui, tait perpétuel, creut en telle puissance, Que l'aigle Impérial de luy print sa naissance : Mais le ciel s'opposant h tel accroissement,

Mist ce pouvoir es main du successeur de Pierre, Qui soubs nom de pasteur, fatal a cesie terre. Monstre que tout retourne "a son commencement.

Tout le parfait dont le ciel nous lionnore, Tout l'imparfait qui naist dessoid)s les cieux, Tout ce qui paist nos espris et nos yeux. Et tout cela qui nos plaisirs dévore :

Tout le malheur qui nostre aage dedore, Tout le bonheur des siècles les plus vieux, Rome du temps de ses premiers ayeulx Le tenoit clos, ainsi qu'une Pandore.

Mais le destin , dcsbrouillant ce Chaos, Oii tout le bien et le mal fut enclos, A fait depuis que les vertus divines

Volant au ciel ont laissé les péchez , Qui jusqu'icy se sont tenus cachez Soubs les monceaux de ces vieilles ruines.

Non autrement qu'on voit la pluvieuse nue Des vapeurs de la terre en l'air se soulever, Puis, se courbant en arc à fin de s'abreuver. Se plonger dans le sein de Thetis la chenue,

Et, montant de rechef d'où elle estoit venue, Soubs vm grand ventre obscur tout le monde couver, Tant que finablement on la voit se crever Or' en pluie, or' en neige, or' en gresle menue,

Geste ville qui fut l'ouvrage d'un pasteur, S 'élevant peu à peu creut en telle haulteur. Que royne elle se vid de la terre et de l'onde :

Tant que ne pouvant plus si grand faix soustenir, Son pouvoir dissipé s'ccarta par le monde, Monstrant cpie tout en rien doit un jour devenir.

Celle que Pyrrhe et le Mars de Libye N'ont sceii douter, celle brave cité Qui d'un courage au mal exercité Soustint le choc de la commune envie.

Tant que sa nef par tant d'ondes ravie Eut contre soy tout le monde incité. On n'a poinct veu le roc d'adversité Rompre sa course heureusement suyvie :

Mais défaillant ToLject de sa vertu, Son pouvoir s'est de luy-niesme abbatii, Comme celuy que le cruel orage

A longuement gardé de faire abbord, Si trop grand vent le cbasse sur le port, Dessus le port se voit faire naufrage.

Quand ce brave séjour, lionneur du nom Latin, Qui borna sa grandein- d'Afrique et de la Bize, De ce peuple qui tient les bords de la ïamize. Et de celuy qui voit esclore le matin,

Anima contre soy d'im courage mutin Ses propres nourrissons, sa despouille conquise Qu'il avoit par tant d'ans sur tout le monde acquise, Devint soudainement du monde le butin :

Ainsi quand du grand Tout la fuite retournée, Où trente six mille ans ont sa course bornée, Rompra des elemens le naturel accord.

Les semences qui sont mères de toutes choses. Retourneront encor a leur premier discord. Au ventre du Chaos éternellement closes.

O que cehiy estoit cautenient sage Qui conseilloit, pour ne laisser moisir Ses citoyens en paresseux loisir, De pardonner aux renipars de Cartilage !

Il prevoyoit que le Romain courage, Impatient du languissant plaisir, Par le repos se laisseroit saisir A la fureur de la civile rage.

Aussi voit-on qu'en im peuple ocieux, Comme l'hiuneur en un corps vicieux, L'ambition facilement s'engendre.

Ce qui advint, quand l'envieux orgueil De ne vouloir ny plus grand ny pareil Rompit l'accord du beau père et dn gendre.

Si l'aveugle fureur, qui cause les batailles, Des pareils animaux n'a les cœurs allumez, Soient ceux qui vont courant, ou soient les emplumez, Ceux là qui vont rampant, ou les armez d'escailles :

Quelle ardente Erimiys de ses rouges tenailles Vous pinsetoit les cœurs de rage envenimez, Quand, si cruellement l'un sur l'autre animez, Vous destrempiez le fer en vos propres entrailles?

Estoit-ce point (Romains) vostre cruel destin, Ou quelque vieil péché qui d'un discord mutin Exerçoit contre "sous sa vengeance étemelle ,

Ne permettant des Dieux le juste jugement Vos murs ensanglantez par la main fraternelle Se pouvoir asseurer d'un ferme fondement?

Que n'ay-je encor la harpe Thracienne, Pour reveiller de Tenfer paresseux Ces vieux Césars, et les Ombres de ceux Qui ont basty ceste ville ancienne !

Ou que je n'ay celle Amphionienne, Pour animer d'un accord plus heureux, De ces vieux murs les ossemens pierreux, Et restaïu'er la gloire Ausoniemie !

Peusse-je au moins d'un pinceau plus agile Sur le patron de quelque grand Virgile De ces palais les portraicts façonner :

J'entreprendrois, vcu l'ardeur qui m'allume. De rebastir au compas de la plume Ce que les mains ne peuvent maçonner.

Qui voudroit figurer la Romaine grandeur En ses dimensions, il ne luy faudroit querre A la ligne et au plomb, au compas à Tequierre , Sa longueur et largeur, haultesse et profondeur.

Il luy faudroit cerner d'une égale rondeur Tout ce que FOcean de ses longs bras enserre, Soit où l'Astre amiuel escliauffe plus la terre, Soit où soufle Aquilon sa plus grande froideur.

Rome fut tout le monde et tout le monde est Rome. Et si par mesmes noms mesmes choses on nomme, Comme du nom de Rome on se ponrroit passer,

La nommant par le nom de la terre et de l'onde : Ainsi le monde on peut sur Rome compasser, Puisque le plan de Rome est la carte du monde.

Toy qui de Rome émerveillé contemples L'antique orgueil qui mcniçoit les cieux, Ces vieux palais, ces mons audacieux.

Ces murs, ces arcs, ces thermes et ces temples,

Juge, en voyant ces ruines si amples,

Ce qu'a rongé le temps injurieux,

Puis qu'aux ouvriers les plus industrieux

Ces vieux fragmens encor seiTcnt d'exemples.

Regarde après comme de jour en jour Rome foiùllant son antique séjour, Se rebastit de tant d'œuvres divines :

Tu jugeras que le démon Romain S'efforce encor d'une fatale main Ressusciter ces poudreuses ruines.

Qui a veu quelquefois un grand chesne asseiclié, Qui poin- son ornement quelque trophée porte, Lever encor au ciel sa vieille teste morte Dont le pied fermement n'est en terre fiché.

Mais qui dessus le champ plus qu'à demi penché Monstre ses bras tous nuds et sa racine torte, Et sans fneille ombrageux, de son poids se supporte Sm' son tronc nouailleux en cent lieux esbranché :

Et bien qu'au premier vent il doive sa ruine, Et maint jeune à l'entour ait ferme la racme, Du dévot popidaire estre seul révéré;

Qui tel chesne a peu voir, qu'il imagine encores, Connue entre les cités, qui plus fleurissent ores, Ce vieil homieur poudreux est le plus honnoré.

Tout ce (ju'Egyptc en poincte façonna , Tout ce que Grèce a la Corinthienne, A ITonique, Attique ou Dorienne, Pour rornement des temples maçonna :

Tout ce que l'art de Lysippe donna, La main d'Apelle ou la main Phidienne, Sonloit orner ceste ville ancienne, Dont la grandeur le ciel mesme estonna :

Tout ce qu'Athene eut oncques de sagesse, Tout ce qu'Asie eut oncques de richesse. Tout ce qu'Afrique eut oncques de nouveau,

S'est veu icy, ô merveille profonde !

Rome vivant fut l'ornement du monde.

Et morte elle est du monde le tondjeau.

Comme le champ semé en verdin^e foisonne, De verdure se haulse en tuyau verdissant , Du tuyau se hérisse en espic florissant , D'espic jaunit en grain, que le cliault assaisonne :

Et comme en la saison le rustique moissonne Les ondoyans cheveux du sillon blondissant, Les met d'ordre en javelle, et du blé jaunissant Sur le champ despouillé mille gerbes façonne :

Ainsi de peu a peu creut l'empire Romain, Tant qu'il fut despouillé par la Barbare main, Qui ne laissa de luy que ces marques antiques,

Que chacmi va pillant , comme on voit le glcneur Cheminant pas a pas recueillir les reliques De ce qui va tombant après le moissonneiu".

De ce qu'on ne voit plus qu'une vague campaigne Où tout l'orgueil du monde on a veu quelquefois, Tu n'en es pas coulpable, ô quiconques tu sois Que le Tygre et le Nil, Gange et Euplirate baigne :

Coulpables n'en sont pas l'Afrique ny l'Espaigne, Ny ce peuple qui tient les rivages Anglois, Ny ce brave soldat qui boit le Rliin Gaulois, Ny cest autre guerrier, nourrisson d'Allemaigne.

Tu en es seule cause, ô civile fureur,

Qui, semant par les champs l'Emathicmie horreur,

Armas le propre gendre encontre son beau père :

A fin qu'estant venue à son degré plus hault, La Romaine grandeiu-, trop longuement prospère. Se vist ruer a bas d'un plus horrilsle sault.

l'oiîsiES . 1 85

Espeicz-vous que la postérité Doive (mes vers) pour tout jamais vous lyre? Esperez-vous que Toeuvre cVuue lyre Puisse acquérir telle immortalité?

Si soubs le ciel fust quelque éternité, Les monumens que je vous ay fait dire, Non en papier, mais en marbre et porphyre, Eussent gardé leur vive antiquité.

Ne laisse pas toutefois de sonner ,

Lut, qu'Apollon m'a bien daigné donner :

Car, si le temps ta gloire ne desrobbe,

Vanter te peux, quelcpie bas que tu sois, D'avoir chanté le premier des François, L'antique honneur du peuple a longue robe.

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