‹ Œuvres choisiesChapitre 28 sur 35 · LE PRËTUIU DE VIRGILE · texte numérisé non relu

LE PRËTUIU DE VIRGILE

C'estoit au poinct que la nuict hivernale Approche plus de Festoile journale, Et l'eveilleur du rustique sejoiu- Ja par son champ avoit prcdict le jour : Lors que Marsault, qui pour tout héritage Ne possedoit qu'un petit jardinage, Craignant déjà la faim du jour suivant , De son grabat tout beau se va levant, Et tastonnant avecques main soigneuse L'obscurité de la nuict sommeilleuse, Cerche le feu, lequel il a trouvé, Apres l'avoir a son dam esprouvé.

La d'une souche a demy consumée Sortoit encor quelque peu de fumée.

Et soubs la cendre estoit le feu caché : Alors Marsault avecques front penché

Sur le foyer, vient approcher sa mesclic, Et attirant mi peu d'estouppe seiche D'un fer pointii, soufle tant et si fort, Qu'il alluma le feuja demy mort.

L'obscurité fait place a la chandelle : Marsault chemine et tousjours autour d'elle Porte la main, pour la garder du vent, Puis ouvre un huis qui estoit au devant. D'un moncelet de fourment il va prendre Autant que peut la mesure comprendre.

Qui environ seize livres contient.

Il part de la : a la meule s'en vient : Et sur un aix servant a cest affaire Met près du mur son petit luminaire.

Alors il va desplier ses bras nuds, Ses deux gros bras bien nerveux et charnus, Portant de chèvre une peau hérissée Dessus le flanc rusiiquement troussée :

Prend le ballay, et tout a l'environ Va nettoyant la meule et le g}'ron :

Et puis il met les mains à l'exercice, Et a chacune ordomie son office.

Avec la gauche il fait tomber le grain Dessoubs la meule, et avec l'autre main Domie le toiu- d'mi rond qui point ne cesse. Le blé moulu tombe en farine espesse.

Aucmie fois d'un travail successeur La gauche tourne et soulage sa sœur :

Liiy-mesme aussi quelquefois se soulage,

Chantant des vers et chansons de village.

Alors Catou il huche haultement,,

Pour tous servans il avoit seulement

Geste Catou, qui h sa laide mine

Monstroit assez qu'elle estoit Limousine :

Les cheveux roux et le teinct tout haslé,

La lippe enflée et le sein avallé,

Le ventre gros, jambe grosse et grands plantes,

Et aux talons tousjours mules et fentes.

Marsault luy dit qu'elle face du feu, Que l'eau soit chaidde, et après qu'il a veu Son blé moulu, il le prend, il le sasse : Le son demeure et la farine passe.

Puis sur un aix l'agence tout soudain.

Verse l'eau tiède, et en menant la mam Tout au travers, pestrit tout pesle raesle : Avecques l'eau la farine se mesle.

Des grains de sel il y respand aussi : L'œuvre se forme et devient espoissi.

Avecq la paidme en rond il le facomie, Presse le moule, et sa marque luy donne, Le porte au feu (Calou premièrement Avoit le lieu nettoyé proprement):

D'un test vousté il a faict sa fournaize. Et ce pendant que la tuyle et la braize Font leur devoir, Marsault ne chomme pas, Mais se pourvoit d'autres mets et repas.

POKSIES

Pour ne trouver, a la manger seulctle, Fade saveur au goust de sa galette.

De chair de porc par le sel endurci Les gros quartiers et les jambons aussi N'estoient pas là pendus pour son usage, Mais seulement le rond d'un vieux fourmage Par le milieu traversé d'un genêt, Et tout au près un vieux fagot d'anetli. Luy doncq ayant le soing de sa pasture, Pour son disner cerclie autre nourriture.

Joingnant la loge où Marsault liabitoit. Fut un jardin, un jardin qui estoit D'un peu d'oziers clos devant et derrière, Et de roseaux a la canne légère :

Petit de lieu, mais d'herbe bien fourny. Ce jardin la n'estoit pas desgarny De ce qui sert à un pauvre mesnage :

Souvent le riche y prenoit son usage.

Quant au labeur, cela ne luy coustoit Que l'entretien : cest entretien c'estoit, Quand quelque feste ou saison pluvieuse Avoient rendu sa charrue ocieusc.

Marsault sçavoit les plantes disposer, Marsault sçavoit semer et arrouser :

L'a se trouvoit toute herbe de potage, L'a s'espandoit la bette au grand feuillage , Et la vinette espessemcnt croissant, Avec la maulve, et l'eaule verdissant.

Les cliiclies-pois 3^ prcnoient nourriture, Oignons, pavots d'endormante nature, La s'estendoit Li friande laictue, Et la s'enfloit la coucourde venti'ue.

Cela n'estoit de Marsaidt le manger.

( Car qxii estoit plus que luy mesnagcr ? )

Son revenu au peuple estoit utile,

Il en portoit certains joius à la ville,

Et puis au soir retournoit à giand' joyé

Léger d'espaule et chargé de momioye.

Bien peu souvent de la chair achetoit,

Le rouge oignon son appétit dontoit,

Et le pom-reau bien teillant : quelquefois

Il se paissoit de cresson allenois

Qui prend au nez, d'endive, et de roquette

Bonne aux vieillards : voyla comment se traite

Le bon Marsault, qui songeant à son cas

En son jardin va cercher son repas.

Premièrement grattant mi peu la terre, Quatre aulx espais de racine il déterre. Arrache aussi des coriandres gresles, Et du persil aux petites ombelles, De verde rue il s'est aussi poiuveu , Puis tout joyeux s'assied auprès du feu : Huche Catou, demande le mortier, Plimie l'oignon, prend ce qui fait mestier, Jette le reste, et puis en belle eau frotte Bien nettement la terreuse echalotte, Et tout cela vous jette dans le fond De son mortier qui fut cave en rond.

Page 1