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SUR JOACIIIM DU BELLAY. XIX

Mais cet amoiu- n'était , on le pense bien , qu'im prétexte , un argument a sonnets. Du Bellay ne paraît avoir aimé sérieusement qn'mie fois , a Rome , et il a célébré l'objet , en vers latins bien autrement ardents , sous le nom de Faustine.

Avant r Olii^e on n'avait guère fait en France que cinq ou six somiets ; je ne parle pas de la langne romane et des troubadours ; mais en français on en citait a peine un de Marot, les autres de Mellin de Saint-Gelais . Du Bellay est incontestablement le premier qui fit fleurir le genre et qui greffa la bouture florentine sur le chêne gaulois.

Dans ÏOlwe, l'entrelacement des rimes masculines et féminines n'est pas encore régulièrement observé comme il va l'être quelques années plus tard dans les sonnets des Regrets. Les vers mâles et vigoureux véritablement , au dire de Colletet , n'ont pas encore , il en convient , toute la douceur et toute la politesse de ceux que le poète composa depuis. On ne parlait pourtant alors parmi les doctes et les curieux que des amours de Du Bellay pour Olive et de ceux de Ronsard pour Cassandre; on les récitait, on les commentait ; on a la glose imprimée d'Antoine Miu'et sur les amours de Ronsard ; celle que le savant jurisconsulte lyonnais André de Rossant avait composée sur VOlwe de Du Bellay s'est perdue. Il semblait, disait-on, que l'amour eût quitté l'Italie pour venir habiter la France.

Du Bellay , au milieu de ce premier trioinphe , part pour l'Italie , ce berceau de son désir , pour Rome où il va s'attacher au cardinal son parent. Il lui avait dédié

XX NOTICE

V Illustration et adressé mie ode de son premiei' recueil : il résulte même de celle-ci que le cardinal aurait dû faire un ^ oyage en France vers \ 550 , auquel cas il aurait naturellement connu et emmené avec lui son jeune cousin. Que Du Bellay n'ait fait que le suivre au retour , ou qu'il soit allé le rejoindre (') , une nouvelle vie pour lui cojumence. Il accomplissait ses vingt-cinq ans et était a co point où un seul rayon de plus achève de nous mûrir.

Le cardinal auquel Du Bellay s'attachait était un personnage éminent par l'esprit, par les lumières , le doyen du Parnasse comme du sacré Collège. Il avait été autrefois le patron de Rahelais qu'il avait eu pour médecin dans ses anciens voyages de Rome, poiu moine ou chanoine séculier a sa très commode ahbaye de Saint-Maur, et a qui il avait procuré finalement la ciue de jMeudon (**). On peut s'étomier , libéral et généreux comme il était , qu'il n'ait pas plus fait pour notre poète dont il put apprécier de ses yeux le dévouement et les ser^ ices durant des amiées . Le cardinal avait a Rome le plus grand état de maison ; il s'était fait bâtir im magnifique palais près des Thermes de Dioclétien. Joachim devint son intendant, son houune d'affaires et de confiance :

(*) n paraît bien qu'en effet il l'accompagna ; dans l'élégie à Morel , on lit :

Mitlitur interea Romam Bellaiiis ille...

Alpibus et cluris ille sequendus erat.

('") U m'est échappé, dans le Tableau delà Poésie française au seizième Siècle, page 72, de dire que Babelais fut avec Du lîellay du voyage de Rome; il faut lire avant. Us suivirent l'un et l'autre le môme patron , mais en des temps difl'érents. H y a près tic quinze ans entre le dernier vo3-age de Rabelais en Italie et celui de Joacbini.

St'R JOACHIM DU BELL/VV. \M

P.injas , vinix-lu sçavoir fuiels sont mes passelcmps ? Je songe nu lendemain, j'ay soing de !a despense Qui se fail chacun jour , et si faull que je pense A rendre sans argent cent créditeurs contons....

J'ay le corps maladif, et me faut voyager; Je suis né poiu- la muse, ou me fait ménager...

Jamais d' ailleurs , dans les plaintes qu'il nous a laissées, jamais lui mot ne lui échappe contre son patron. Ce n'est ni l'ambition ni l'avarice qui l'ont poussé près de lui et qui l'v enchaînent; un sentiment plus noble le soutient :

1,'honncsle servitude où mon devoir me lie M'a fait i)asser les mouls de France eu Italie

Toute la série des souffrances et des affections de Du Bellay dtirant ce séjour h Rome nous est exprimée fidèlement dans deux recueils intimes, dans ses vers latins d'abord, puis dans ses Regrets ou Tristes a la manière d'Ovide.

II y eut éA'idemment interruption du premier coup et comme solution de conlinuité dans son existence morale et poétique. 11 arrivait avec de l'enthousiasme , avec des espérances ; il se heinta contre la vie positive , contre le spectacle de l'ambition et des vices sur la plus libre scènequi fut jamais. La Rome des Borgia, desMédicis et desFarnèse, avait accumulé toutes sortes d'ingrédients qui ne faisaient que continuer leur jeu avec moins de grandeur. Du Bellay arriva sous le pontificat égoïste et inactif de Jules III ; il dut assister , et en plus d'un sonnet il fait allusion aux circonstances du double conclave qui eut lieu à la mort de ce pape , puis h la mort de Marcel II, lequel ne régna qye

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