‹ Œuvres choisiesChapitre 4 sur 35 · XXII NOTICE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE

vingt-deux jours. Il put voii- le début du pontificat belliqueux et violent de Paul IV. Son moment eût été bien mieux trouvé quelques années plus tôt sous Paul III , ce spirituel Farnèse qui décorait de la pourpre les muses latines dans la personne des Bembo et des Sadolet. Mais cet âge d'or finissait pour l'Italie lorsque Du Bellay y arriva; il n'en put recueillir que le souffle tiède encore , et il le respira avec délices : son goût bientôt l'exhalera. Il lut ces vers latins modernes, et souvent si antiques, qu'il avait dédaignés ; il fut gagné à leur charme , et lui , le champion de sa langue nationale , il ne put résister a prendre rang parmi les étrangers. Dans sa touchante pièce intitulée Patrice desiderium , il sent le besoin de s'excuser :

Hoc Lalium poscit, romnnœ liœc débita lingnne Est opéra ; liiic gt-nius coiiipulit ipse loci.

C'est donc un hommage , un tribut payé à la grande cité latine; il faut bien parler latin a Rome. Ainsi Ovide, a qui il se compare, dut parler gète panni les Sarmates. Et puis des vers français n'avaient pas la leur pidjlic , et les vers , si intimes qu'ils soient et si détachés du monde , ont toujours besoin d'un peu d'air et de soleil , d'un auditeur enfin :

Carminn principibiis gaiulent plniisiiqiie tliealri, Quique placet paucis displicet ipsc sibi.

J'aime assez , je l'avouerai , cette sorte de contradiction k laquelle Du Bellay se laisse naturellement aller et dont il nous offre encore quelques exemples. Ainsi, dans ses Regrets , il se contente d'être familier et naturel, après

SIR JOACIIIM DU BELLAY. XXIll

avoir ailleurs prêché l'art. Ainsi, lui qui avait parlé contre les traductions des poètes , un jour qu'il se sent en moindre veine et a coint d'invention , il traduit en vers deux chants i de l'Enéide , et , si on le lui reproche , il répondra : « Je n'ai pas oiJjlié ce que autrefois j'ai dit des translations poétiques; mais je ne suis si jalousement amoureux de mes premières appréhensions que j'aie honte de leschangei' quelquefois, a l'exemple de tant d'excellents auteurs dont l'autorité nous doit ôter cette opiniâtre opinion de vouloir toujours persister en ses avis , principalement en matières \ de lettres. Quant a moi, je ne suis pas stoïque jusqueslà. M En général , on sent chez lui , en avançant , un honmie qui a profité de la vie et qui , s'il a payé cher l'expérience , ne la rebute pas. Il a dit quelque part de ses dernières œuvres , de ses derniers fruits , en les offrant au lecteur , qu'ils ne sont du tout si sai^oureux que les premiers , mais qu'ils sont peut-être de meilleure garde. Du Perron goûtait beaucoup ce mot-lh.

Il conviendrait peu d'insister en détail sur la suite des poésies latines de Du Bellay ; il en a lui-même reproduit plusieurs en vers français. De Thou, en louant ses Regrets , ajoute que Joacliim avait moins réussi aux vers latins composés "a Rome dans le même temps. Colletet est d'un autre avis et estime qu'au gré des connaisseurs , ces vers latins se ressentent du doux air du Tibre que l'auteur alors respirait. S'il m'était permis d'avoir un avis moi-même en une telle question, j'avouerai que, s'ils ne peuvent sans doute se comparer a ceux d'un Bembo ou d'un Naugerius, ils ne me paraissent aucunement inférieurs h ceux de Dorât , de L'Hôpital ou de tout autre Français de ce temps-lk. L^

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