‹ Œuvres choisiesChapitre 5 sur 35 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

seule partie qui x'cstc pour nous véntablemcnt piquante dans les vers latins de Du Bellay , ce sont ses amours de Faustbie. Le ton y prend une vivacité qui ne permet pas de croire cette fois que la flamme se soit contenue dans la sphère péli-arquesque. Il ne a it et n'aima cette Faustine que le quatrième été de son séjour h Rome ; il avait bravé fièrement jusque-la le coup d'œil des beautés romaines :

Et jaui quai ta Ceres capiti nova scrta parabit, Nec dcdeinm sncvi» colla superba jngo.

Il n'est nidlement question de cet amour dans ses Regrets , dont presque tous les sonnets ont été composés vers la troisième année de son séjour : a peine , vers la fin , pourraiton entrevoir ime vague allusion (*). Si Du Bellay avait aimé Faustine durant ces trois premières années , il n'aurait pas tant parlé de ses ennuis , ou du moins c'eCit été pour lui de beaux emiuis, et non pas si insipides. A peine commençait-il a connaître et peut-être h posséder (**) cette Faustine, cpie le mari , vieux et jaloux ( comme ils sont toujours dans les élégies) , et qui d'abord apparemment était absent , la retira de chez sa mère où elle vivait libre , pour la loger dans un cloître. Le belliqueux Paul IV venait de monter sur le siège pontifical ; il passait des revues du haut de ses balcons; il appelait les soldats français h son secours pour marcher contre les Espagnols de Naples cl prendre leur revanche des vieilles vêpres siciliennes. Mais Du Bellay, lui, soldat de Vénus , ne pense alois qu'h une autre conquête et à

(*) Peut-être dans le sonnet LXXXVII, oii il se montre enchaîné et comme enraciné par quelque amour caché.

(•') Ilaud piius illa lamcn nobis cropta fuit , quara

Vcnit in ainplexus lerquc ([uaterquc meos.

SIR .ÎOACHIM m BEl.I.AY. \\Y

d'autres représailles ; il veut délivrer sa Diaitressc ca])live sous la giille ; c'est la pour lui sa Naples et sa sirène •

Hwc ippciciula iiiihi triliis rsl vindicc dexlrn .

Hoc b(,iliiiii , hcTC virtus, lifcc mon PailIiPno[)C.

Il est curieux de Aoir conuiic le secrétaire du doyen du sacré collège , le prochain chanoine de Paris (*), celui qui , quatre ans plus tard , mourra désigné à rarchevèché de Bordeaux , parle ouvertement du cloître , des / estales , où on a logé sa hicn-aimée. Toutes les vestales brûlent , dit-il ; c'est un reste de l'ancien feu perpétuel de Vesta : puisse sa Faustine y redoubler d'étincelles! En pur païen anacréontique , il désii'e être renfermé avec elle ; de jour il serait comme Jupiter qui se métamorphosa une fois en chaste Diane ; nid le vestale ne paraîtrait plus voilée et plus sévère , n'offrirait plus religieusement aux dieux les sacrifices et ne chanterait d'un cœur mieux pénétré les prières qui se répondent. Mais de nuit , oh ! de nuit , il redeviendrait Jupiter :

Sic gratis vicibiis , Vestce Veneiisf|iie sacerdos , Nocle parum castus, luce putlica foiem.

Notez que ces poésies latines furent publiées a Paris deux ou trois ans après , en \ 538 , par Du Bellay lui-même , sans doute alors engagé dans les ordres. Elles sont dédiées a Madame Marguerite, et portent en tête un extrait de lettre du chancelier Olivier qui reconunande l'auteur h la France. Etienne Pascpiier , en une de ses épigrammes latines (**) , ne

(*) \\ le fut dès celle année même de ses amours (15.^5) , par la faveur d'un autre de ses parents du niOme nom, Eustache Du Bellay, alors évêquc de Paris.

(•') La il" du livre \I.

Page 1