UN VRAI LIBÉRAL
L^homme d'honneur doit toujours être conséquent dans sa conduite avec les principes qu'il^rofesse dans ses discours ; il ne peut j avoir dissonnance entre eux sans qu'il en rejaillisse sur lui quelque chose de fâcheux.
Dans un grand pays, toutefois, la vie politique d un homme d'état se détache beaucoup de sa vie privée ; la patrie ne le juge guère qu'à la tribune ou dans ses actes parlementaires ; rentré dans ses habi* tudes d'intérieur, dans son existence de famille, il s'efiace tout à fait ; c'est un verre d'eau qui s'éclipse dans la mer. On conçoit fort bien alors que ses doc- ' trines libérales et philanthropiques professées hautement peuvent &ire beaucoup plus de bien à toute une nation que sa mauvaise conduite particulière ne doit lui faire de tort dans l'estime du petit cercle de ceux qui peuvent être les juges de toutes ses actions ; il remplit d'ailleurs tout son mandat de citoyen en fusant preuve seulement de talens oratoires, qui seuls l'ont fait élire et seuls l'ont £ait connaître.
Ainsi Mirabeau « débauché, immoral, sensuel, Mirabeau, dis-je, n'en était pas moins un puissant génie, que la France admirait avec raison. Mais dans un pays borné par d'étroites limites , où la vie politique touche de toute part à la vie privée , où l'une se confond avec l'autre, où c'est autant le