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renom d'homme éclairé que celui d'homme probe qui fixe le choix des électeurs, où tous se connaissent, et peuvent comparer les opinions de Torateur avec les actions du citoyen ; dans ce pays-là le député du peuple , s'il ne peut trouver un vaste champ pour Êôre briller son éloquence, doit toujours du moins mettre en harmonie et £dre coïncider ses paroles et sa conduite , et donner de l'autorité aux unes par le spectacle de l'autre. Ainsi, les signes suivans, auxquels je crois qu'on peut reconnaître en tout pays de vrais libéraux, sont indbpensables à ceux de notre patrie.
Un véritable hbéral aime la liberté pour les autres connue pour lui-même. En combattant par ses discours les despotes de tous les pays, il n'est pas despote lui-même chez lui ; il ne s'intéresse pas aux Grées et aux Polonais pour avoir le droit de rudoyer ses gens et de leur faire endosser la livrée de la servitude; il est tolérant pour les manîè^res de voir différentes de la sienne ; et, s'il a les tyrans en horreur, il ne tyrannisera point ceux qui pensent autrement que lui ; il aime mieux voir triompher les principes généreux qu'il proclame, que de se &ire distinguer lui-même en les professant; il travaille moins à mettre en évidence sa personne que sa doctrine, et il se soucie peu d'être à la tête de son parti, pourvu que son parti soit vainqueur. La compassion qu*il a pour lés peuples asservis ne Tempêche point de s'apercevoir qu'il a des parens dans la misère et des concitoyens qui ont besoin de ses secours ; il est généreux dans ses transactions sociales ; il ne marchande point
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la dtt6ur dtt pauvre et la peine de Toutrier qu'il em^ plgie; il œ dépose point son libéralisme au bas des degrés qui Font conduit à la tribune, pour en faire retentir Texprésaion éloquente ^t sonore ; ses ma^ rânes ne sont point comme des vétemens de parade qu'il porte dans le grand monde, et qu'il dépose en petit comité ; en un mot ses actions sont les corol^ laires de ses opinions, et en découlent journellement.
Il ne se croit pas exempté de payer son bottier et son tailleur parce qu'il travaille à l'amélibràtion du sort des prolétaires, et il ne s'imagine point fort mal à propos que les ouvriers qu'il emploie ont plus besoin des droits politiques qu'il cherche à leur iaire accorder que de l'argent dont il est leur débiteurs S'il ouvre uue lar^e bouche en£atrinée de phUanthro^ pie, il ne ferme point sa caisse à l'humble prière de l'indigent» Il sait estimer les adversaires de ses prin* cipes, lorsque ce sont des personnes honorables d'ailleurs, et les qualités qui les distinguent ne sont point éclipsées à ses yeux parce qu'elles ne sont pas à l'unisson de sa portée politique. Il n'est pas sans cesse moins satisfait de ce qu'il a obtenu du pouvoir que mécontent de ce qu'on lui a refusé ; enfin le véritable libéral, après avoir lu cet article, n est point indisposé contre son auteur, et ne conteste pas plus les vérités qu'il contient qu'il n'en est offensé lui-même, parce qu'il ne place point le libéralisme dans les couleurs de sa cocarde , mais dans les sentimens de son coeur.
0^i , il faut donner du poids à ses opinions en les professant dans toutes les circonstances et dans
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toutes ks positions de la rie sociale; alors diacua est pénétré de la coAYiction intime et prc^onde qsà pousse à les soutenir. H faut en un mot que le libéral , après avoir plaidé avec feu la noble cause qu'il défend» puisse dire avec confiance et noblesse , comme HyppoUte , à ceux auprès de qui il veut la Cadre tricMn^er :
Ezaminea ma vie, et voyez qui je suis.
DO TOOR
QUE MB JOUA liA FÉB IIABAT^OIB 1.
CéUdt une matinée d'hiver : le firoid le pUis vif £adsait plonger le nez des passans dans le col fourré de leurs manteaux : le ciel était gris et il en descen-^ dait une petite neige âcre et mordante ; mes vitres étaient bariolées de formes fantastiques , dessinées par le hasard sur la couche de glace qui les recouvrait; tout, autour de moi, semblait me dire : Reste auprès de ton feu. Je m'enfonçai donc dans un iautanl de £mnlle remontant à trois générations, et, dorloté sur le dossier bienfisiisant, en face de Tàtre embrasé , je me laissai doucement entraîner dans • une rêvasserie pleine de charmes. Je suivais avec intérêt ks petites flammes bleuitres et vacillantes
1 Qomd r«ateiir composa c«t articlt il Hdigeait le Faniusqite^ îoimal littéraire d*o& lont tirés la plupart des morceaux de prose que eoalSait ce volume.
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qui dansaient au sommèt des tisons; attachais un souhait, un suc!cès, Texistence d'une personne chérie ; je les voyais sautiller avec émotion ; je craign^ qu'elles ne s'éteignissent alors qu'elles s élevaient, puis mon cœur se ranimait et s'ouvrait à l'espérance lorsqu'elles reprenaient un nouvel éclat. Il s'en trouva une, surtout, à laquelle j'avais lié le destin de ma renommée littéraire, qui grandit tout à coup d'une manière étonnante. Comme un auteur est prédisposé à croire tout présage qui peut le flatter ! Je cédai à ce penchant délicieux ; je voyais ma réputation s'étendre, briller, réchauffer les gens les plus froids, enfin j^étais célèbre.,.* sous ma cheminée.
Soudain je vis sortir du milieu du brasier une petite figure charmante, pleine de grâce et de douceur ; elle me souriait avec complaisance, et sa voix flûtée s'élevant jusqu'àmoi, me fit entendrelils cHoftes les plus agréables du monde ; elle me complimeïità sur mes taleûs, mon esprit, mon génie, me rappela mes premiers succès , enfin s'étendit en éloges isut la gaîté, le naturel et la variété du Fantasqué, Je Féeoutais avec délices, et si, dans mon ravissement, je ne lui sautai pas au cou pour l'embrasser, la crainte de me brûler put seule me retenir. Maïs dansle £iiiO' ment où mes jouissances d'auteur éthient à leur • apogée, où mon amour-propre caressé se gonflait outre mesure, voilà qu'une figure laide, ridée, reçhignée, pinqée, s'élança sur la première,, lui donna un soutflet et la chassa sous des braises rouges, où elle s'enfonça effrayée. Çhoqué de cette brusquemanière d'entrer en scène, indigné du traitement que venait
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de sabir mon courtisan salamandre , on conçoit combien j'ët^ prévenu contre cette seconde vilaine petite figure ; mais elle , sans s'embarrasser des re* gards furieux que je lui lançais, se plaça sur un tison et me parla ainsi : Je suis la fée Rabat^oie, et mon firère , que je viens de rosser et de chasser de ton feyer, est le ^nie Velouté. Nous sommes les en&ns de TAmour-propre et d^FEnvie. Mon frère soutient les auteurs dans leur carrière , les couronne dans leurs succès, les relève dans leurs chutes et les con*sole dans leurs revers ; c'est un flatteur insigne qui a tous les défauts de son père, et qui aveugle ses&voris au lieu de les mener à lûen. Pour moi je cherche à balancer le mal qu'il produit ; j'ai inventé les sifflets, les cabales, la critique, les vérités dures, et quoique mon métier m'attire force malédictions, au risque d'encourir la tienne, je viens t'éclairer sqr les mensonges que tu viens d'entendre. Tiens, regarde ! ta cheminée va s'ouvrir au dessus de moi, et tu vas vmr passer successivement sous tes yeux les scènes que provoque la lecture du Fantasque chez ses divers abonnés ; puis après tu te glorifieras, si tu veux, d'en être le rédacteur.
Je vis l'intérieur d'un café où le Fantasque firappa d'abord mes regards, étendu sur sa planchette et posé sur une table de marbre. Un gros monsieur qui se promenait prit mon journal, en lut le titre, puis le reposa, puis ne voyant aucune personne de connaissance à qui parler, et trouvant sa tasse de café trop chaude, il reprit le papier et commença à le parcounr, lorgnant de temps en temps la maîtresse du logis
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assise à son co9Dptoir; tout à coup on annonça l'arrivée du Constàutiormel^ et, pour Ven saisir le premier, le gros monsieur jeta brusquement le Fantasque sur une chaise, en laissant sur une de ses co* lonnes les preuves d'un goàt plus proncmcé pour le tabac en poudre que pour la littérature en feuille. .'
Un cercle s'ouvrit ensuite à ma vue, et j'aperçus le Fantasque sur une tablç dé jeu; il était couvert aux trois quarts par deux chapeaux et un manteau. Il failiait des yeux paternels pour le découvrir si bien caché; aussi personne ne troubiait-il son repos, quand un sociétaire, prenant le manteau qui lui appartenait, fit tomber mon œuvre par terre. Cette chute bruyante fit tourner la tête à un monsieur assis près du feu ; il se leva, ramassa mon ouvrage et se mit à le lire avec un profond recueillement. Oh! pour le coup, je jouissais. Toutefois ce monsieur ne tournait pas la page, bien qu'il l'eût depuis au moins quinze minutes devant lui ; cela m'angoissait, et tout en cherchant la cause dé cette excessive attention, je m'aperçus que mon lecteur prétendu sommeillait derrière mon journal, qui lui avait servi d'écran avant de s'endormir.
Voilà le Fantasque, dit mon porteur, en entrant dans une boutique d'épiceries. C'est bon, dit un mar^ chand d'une voix rude, c'est bon; posez ça sur le comptoir ; j'ai bien d'autres choses à £aiire qu'à lire ces Êidaises. Dis donc , mon petit ami , il parait bien souvent ton journal. Mais non, monsieur, répond le porteur contrit, il y a quinze jours que je ne vous en ai point donné. Ah! oui \ c'est que c'est ma fenmie
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qui le fit, et c*est bien malgré moi qu'elle s'est abonnée.
Un bon papa charge sa pipe près de son feu ; il presse avec son pouce le tabac contenu dans Técume de mer ; puis, jetant leà yeux à l'entour de lui, il voit le Fantasque sur la cheminée, Tempoigne, le chiffonne, en fait un corps long et inflammable, et, le plongeant dans le foyer, il l'en retire tout en feu, le place sur sa pipe, et aspire Y auto da fé de ma prose et de mes vers. Sa fille arrive au même instant, elle jette des cris, se plaint de l'usage qu'on fait de ma feuille. Oh! que je la trouvais belle, intéressante, cette protectrice de la littérature, lorsqu'elle ajouta ces mots : Ah ! papa ! moi qui comptais sur ce papier pour faire mes papillottes ! ! ! !
Il se préparait sans doute derrière ma cheminée une nouvelle série d'épisodes poignans pour mon amour-propre, mais, indigné de ce dernier affront, je n'en voulus point supporter de nouveaux, et, cherchant des yeux l'infâme Rabat-Joie, je l'aperçus bientôt riant jaune sur un charbon; alors je saisis mes pincettes, et j'allais en asséner un coup vigoureux sur sa mine sardonique, lorsqu'elle s'enfonça dans les cendres, et y disparut en me tirant la langue.
Depuis lors, chaque fois que je rencontre un savant, un légiste, un poète, un orateur, dont la figure est radieuse, l'air triomphant et plein de sufiBsance, je dis in petto : Ce monsieur vient de causer avec le génie Velouté; puis j'ajoute immédiatement: Que le Ciel le préserve de la fée Ralbat-Joie !
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