DU DÉLADBBIENT DES IDÉES
.11 est des gens à qui le Ciel a donné des idées pour le malheur de la terre; des gens qui font suer ceux qu'ils persuadent , chez qui la raison est assommante, le bon sens ennuyeux; qui indisposent contre une cause juste par la maniéré dont ils la plaident, et qui vous détacheraient de votre propre opinion s*ils se chargeaient de la faire valoir. Eh bien, cette déplorable faculté qu'ont ces harpies loquaces de flétrir, de désenchanter tout ce qu'elles touchent, ne tient le plus souvent qu'à leur manie de délayer des idées. Parfois vous entendez ces orateurs commencer un discours d'une façon remar-* quable. Le premier jet de leur faconde, alimenté par de longues réflexions, captive l'attention des auditeurs ; mais, séduits par l'effet qu'ils produisent, enchantés du silence qu*on leur accorde, voilà qu'ils ne peuvent se décider à borner leur triomphe et à céder la parole ; ils reviennent en arrière sur le terrain qu'ils ont déjà parcouru , ils piétinent au lieu de marcher, obscurcissent par des développemens sans issue ce qu'ils avaient d'abord eu le bonheur de rendre clairement ; reprennent une à une toutes les idées déjà émises pour les rapetisser et les affaiblir , étouffent par l'ennui et le malaise la conviction qu'ils avaient portée dans quelques esprits, et ne finissent leur harangue qu'après avoir anéanti le résultat que son commencement aurait pu avoir ; en