‹ Œuvres choisiesChapitre 20 sur 84 · LE MAUVAIS SUJTET DE TREIZE ANS · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS SUJTET DE TREIZE ANS

Pendant que ma mémoire est encore palpitante des souvenirs de mon enfance, je crois devoir falve une esquisse du mauvais sujet de treize ans ; c'est un type qui s*effiace et disparait tous Hes jours dsH vantage pour la plus grande édification des régens, précepteurs, pères de &mille, etc., mais peut-être aussi pour le malheur de notre . jeunesse calme, froide, compassée, pédantesqûe, dont Ténergie naturelle refoulée de bonne heure s^éteintdans les langes de plomb dont Tentourent et lemmaillottent nos systèmes actuels d'éducation.

De mon temps (hélas ! me voilà déjà lancé dans Fexorde habituel aux vieillards!) de mon temps, dis-je, on permettait aux en£ams de jouir jusqu*à huit ou neuf ans au moins de Fàge heureux de l'insouciance complète; on laissait se développer leurs forces physiques naissantes dans des jeux presque continuels , sans y mêler d'autres devoirs que quelques leçons brèves, durant lesquelles l'esprit s exerçait, tandis que le corps prenait du repos ; c'est ainsi que fijrent élevés à peu près les Henri ly, les Boyard, les DuguescUn et d'autres héros avec lesquels je n'ai guère eu en conscience que cela de coQunun. Il résultait de ce système que, lorsque TmÊint déjà grand entrait dans des études plus suivies et plus sérieuses, conservant un vif souvenir dc^ plaisirs auxquels l'arrachaient ses leçons, il y

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était moins attentif, éprouvait un regret profond de son indépendance enchaînée, et, se débattant contre la férule d'un maître, était un peu ce qu'on appelait

L'écolier placé au collège à. neui ans avait Tair vif, Tœil malin, les membres déliés ; son sang bouillait dans ses veines, il s amusait en plein; et, entré dans sa classe agité par les jeux de Barre j Tiens-toi bien, Pied-potent, le souvenir des jouissances interrompues le distrayait des études cOnunencées; il musait, regardait voler les mouches, levait le nez, &isait des niches i son voisin, travaillait à mériter un pensum, excitait la colère du régent, attrapait à la volée quelques notions de latin, et rentrait chez lui léger de science, gros de récits animés et pittoresques, débraillé, taché d'encre, sa veste en lambeaux, l'œil poché, couvert des stigmates d'une tiraille, ou froissé d'une tH>ugne à la citadelle.

Voilà quel était alors l'écolier de septième classe. Tout cela n'était pas fort édifiant sans doute , mais développait chez lui le courage, l'énergie, le besoin de se livrer avec force à quelque chose ; il contractait l'habitude d'agir et de se tirer d'affaire par luimême, il acquérait un tempérament robuste, il bra» vait les élémens, se roulait dans la poussière de l'ét^, dans la neige de l'hiver ; et , toujours la joue pourprée, le teint basané, si sa conduite désolait ses parens, sa santé du moins leur donnait rarement des inquiétudes. C'était en un mot un bandit dans la moins rigoureuse acception, consumant ses loisà^s à &ire des farces, faisant les gattes au collè|e.

décile à manier.

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brisant les vitres le soir avec des coraillons de pommes , éteignant les lanternes en papier des lingères, lançant des pois chiches au nez des gens avec une sarbacane, feiisant glame de mapis à ses camarades, se pendant aux sonnettes des portes» seringuant les passans , et employant l'argent de ses dimanches ta. pétards d'un sou, pour se brûler la figure dans quelque coin.

Mais quand ce premier feu était apaisé, quand la raison et Tamour-propre venaient donner une autre direction à ces fougueux penchans de Tenfance, alors le jeune homme voulait se distinguer dans des choses dont il n'avait entrevu d'abord que le côté gênant, et dont il commençait à sentir l'utilité. Il voulait être le plus savant en belles-lettres conmie il avait brûlé d'être le plus fort à la tiraille; il dépensait en louables ^orts cette énergie, cette pétulance dont l'élan était mieux dirigé, et ordinairement le bandU de treize ans donnait plus d'espérances à vingt que ceux de ses amis baptisés par lui chiquets de sagesse , qui, cloués sur leurs livres, avaient consumé avant le temps des hcultés précoces sans doute, mais qui, semblables aux primeurs de fruits, n'avaient pas gardé longtemps leur saveur. Ces vertueux bambins ne pouvaient lutter avec leurs sémillans camarades quand ces derniers Élisaient usage de moyens naturels, comprimés d'abord par leur vivacité, et qui jaillissaient ensuite avec plus de force et de succès.

Qu'on me dise si ce tableau n'est pas fidèle, et si nos meilleurs ministres^ nos plus dignes magistrats, nos savans les plus distingués n'ont pas été un peu

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bandits dans leur jeunesse; c*est à eux que j'en appelle pour me démentir s'il y a lieu, leur assurant que je me suis trouvé moi--m6me, il y a vingt ans, enfermé dans le corps de garde de la maison de ville avec un de nos pasteurs justement admiré, et, fort heureusement pour ses paroissiens, encore aujour^ d'hui plein de talens et de douceur^ comme de vie et de santé.

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