I^B HAITT ET LE BAS
Chercher k s'élever au dessus d'autrui par ses talens, son génie et ses lumières est un but noble, mobile des plus belles actions; s'élever au dessus d'autrui par sa demeuare est une £mtaisie bien per-^ mise, pourvri qu'il ne s'y rattache pas des idées de supériorité sociale et morale , et qu'on ne finisse pas par se persuader valoir plus que ceux qu'on domine du haut d'un quartier ou du sommet d'une me. C'est là pourtant une ragueilleiise petitesse qui a régné longtemps à Genève. Les familles les plus anciennes , les plus riches , celles qui se baptisaient du nom risible de patrkiérmes ^ auraient rarement élu domicile dans les parties basses de la ville. Il y )ivait comme une ligne tirée entre leurs maisons et celles d^s bons bourgeois, des artisans, des prolé* taires , de ceux en un mot qui font valoir un pays par leur industrie , et qui le défendent d'autant mieux que les élémens de leur fortune naiissante les y ral^ tachent davantage.
Um cmUsâtkni liMjoiirft crokaante , un système rqfMrésenrtatîf qui réunit dans la même salle toutes^ les positions sociales, des institutions nationales toujours plus nombreuses, qui rapprochent administrateurs et administrés, tout cela a fait disparaître presque totalement du milieu de nous un sût orgueil de position matérielle; ejt )'ajouterai que les embel-^ tissciDens opérée chaque jour dans le bas de la ville contribueront sans doute à fiiire transporter dans ks magnifiques édifices qui s'y construisent les tons et la pauyre vanité de ceul qui voudront encore se distinguer par Télégance de leurs demeures; à moint^ que ces bonnes gens ne se persuadent que ce sont CQXHOaémes qui ornent les nuisons qu'ils habitent, ét que la masure oà ils sont vaut mieux qu'un château où ils ne sont pas.
Le quartier de St.-Gervaîs surtout était en butte aux dédains de ce que Ton, nommait les messieurs du haui; en un mot il semblait que le degré de consistance qu'on pouvait obtenir dans le monde devait être en: harmonie avec le degré d'élévation au dessus de la.meré On ne concevrait guère comment nous avons pu être aussi sot5, s^il ne restait encore parmi nous qnélques spédmen incarnés de cette folle manière de voir : de ces gens qui s'hnaginent que Téga- Uté des hommes ne pourrait subsister dans une ville dont tùutes les rues ne sont pas sur un sol uni, et que la hiérarchie sociale doit s^élever du niveau du lad k la girouette du clocher de St.-^Pim'e d'une mamère régulière et insensîbler .
Dans les temps oà cettè opinion était plus géné-^
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raie, et n'était p»B comme aujourd'hui le partage exclusif de quelques orgueilleux stupides , on voyait rhabitjaut des rues basses, emichi par le commerce, se glisser peu à peu dans les qijiartiers élevés ; rampant d'abôrd dans la rue Verdaine , la Pélisserie ou la Cité, puis feisant irruption dans la Grand' Rue, la rue des Granges et la rue des Chanoines, où il avait l'inappréciable avantage de vivre inconnu ou méprisé de ses nouveaux voisins et bafoué de ses vieilles relations. C'était à cette classe de gens qu'avait été donné le surnom de grimpions, sobriquet qui indiquait leurs travers d'une manière assez plaisapte.
On a vu de bonnes bourgeoises dont la tète tourna d'aise .et de fierté lorsqu'elles se trouvèrent tout à coup transportées sur ces sommités flatteuses; re7 descendues dans les quartiers qu'elles venaient de quitter, elles y demandaient d'un ton mielleux: Oà est mon ancienne mùison? On a vu des gens qui, fatigués de vivre au sejn de leurs amis, auprès de leurs parens , au milieu de leurs affaires , se sont exilés eux-mêmes d'une demeure entourée de jouissances, pour en aller habiter une qui brisait toutes leurs plus douces habitudes^ mais qui flattait leur petite et mesquine vanité.
Enfin 18 1 3 arriva et la peur nivela notre ville d'une manière étonnapte : il n'y eut plus ni haut ni bas, ni ponts de St.-Gervais ; les sots préjugés s*en* volèrent à l'approche des Autrichiens ; toutes les mains se touchaient, tout le monde s'abordait avec cordialité ; on se saluait à fond, on se tutoyait presque
ESQUISSES
partont, et les vues les plus basses, parmi les gens du haut, les myopes les plus mal montés en lorgnons, reconnaissaient à une portée de carabine les gens avec qui ils avaient eu les plus passagères relations ; ce dernier incident même frappa tellement un chirurgien de mes amis , simple , candide , mais plein de talent, qu'il entreprit à cette époque, avec une bonne foi antique, un ouvrage intitulé : Ir^uence de la peur sur les nerfs optiques.
Oh ! le bon temps que ce fut pour ces badauds qui aiment à se frotter avec la richesse et le ptitendu pairicUUl comme ils s'en donnèreiot à secouer les mains de leurs magistrats ou de ceux qu'ils appelaient m)5 ^05/
Néanmoins la restauration a prolongé cet heureux retour à des mœurs plus simples ; et s'il n'y a pas tout à fait le même enthousiasme de confraternité, du moins les dénominations de hcMt et de has sont généralement ridiculisées. La crainte du choléra empêche ^eule aujourd'hui sans doute nos familles les plus anciennes ét les plus riches de venir s'établir en £ice de ce beau lac, le plus magnifique ornement de notre ville ; car le moyen de croire que leur capacité morale dérogeât en venant habiter des quartiers où naquirent J.-J. Rousseau, Charles Bonnet et Étienne Bumont !
LES AimiRATEUllS.
Voilà une classe de gêna dont on f eraic con-* 6<^ience de dire le moindre mal. Car ils disent tant de bien des autres ! TLs s' extasient devant toutes choses, trouvent tout parfait ; leur bouche est un sac d- éloges, un arsenal de superlatif^: ce sont, en ua root, des Optimii^es verbeux, au sein desquels Vamour^propre des artistes et des àuteurs se prélasse dans un perpétuel endiatitement. Mais lorsque vous avez âtcilement obtenu d'eux votre bônne pa^-t de dioses aimables, de paroles /lorées, n'attendez point qu'ils attâichent eux*m^es la moindre valeur intrinsèque aux productions qu'ils ont le plus exaltées. Non, ces braves gens peuvent enfler votre vanité, mais ils sont incapables d'enfler votre bourse ; la protection qu'ils accordent aux arts est .sonore d'expression» mais stérile de résultat, ; Ils se campent devant un tableau, s^ piment d'enthousiasme, lèvent les yeux au ciel , se récrient sur tant de beautés , félicitent le peintre, l'accablent de caresses , d'encouragemens, lui serrent la main avec violence , mais ne ia lui remplissent jamais* Ils se croient quittes envers le mérite qu'ils ont célébré ; la dépense énorme de métaphores adulatrices qu'ils ont faite en son honneur les dispense de tout autre déboursé plus réel.
. L'intérêt qu'ils portent aux arts est aérien, céleste , n'a rien de matériel ; et , si les gens à talens se nourrissaient d'éloges, ils deviendraient gras
comsM 4fts momei panm ces aihniratew», qui j^qvwft cojQtribuer la i^Qtatimi d'uo artirte, mus qui^ à coQpaûr, i)e\<K>ntribum>Bt jamabàsafortuM Tout est impayaUt suivant «ui, et c'est sans cloute |x>ur cda qu'ils ne paient rira ; cependant^ ce sont ordinairement des gens lort à leur aise, <|ui se. disent les.proteti^rs des arts, etqui usurpent la rëputaticai de Mécènes, sans qu'il kur en coûte antre cbose qu'un déluge de paroles. Si ces Médicis au petit pied yantent un ouvrage, soyez sûrs qu'ils ne l'ont pas acheté ; s^ils disent du bien d'un journal , gages hardinient qu'ils n'y sont point abonnés ; ils n'esr ssient jamais d'acquérir les productions du génie, si prânées par eux, par cela même qu'ils seraient plus mal placée que d'autres pour marchander sur le prix, et que le vendeur ne comprendrait pas celui qui, trouvant une œuvre sublime, ne .voudrait pas en donner la valeur, et offrirait d'autant moins d'espèces sonnantes qu'il aurait accordé
Les admirateurs font le malheur du mérite naissant ; car ils le poussent dans une carrière où ils ne le soutiendront point, .et dans laquelle il devra soocomber chargé d'hommages et de dettes. Un «stomac creux a besoin pour se remplir d'autres choses que de complimens, et les applaudissemens les plus éiwrgicpies n'ont famais empêché nn grand homme de mourir de 6iim. £h! que me font vos bravos l dira , d'une voix affaiblie , le talent près de s'étdndre: ne m'applaudissez pas tant, mais soutenez mon existence intortonée; je péris au
toi
çoDcèrt de tos louanges. Ma mort en sera-^t-'^tf moins âifreuse, quand vous |n*aurez dit que ma ^ie pourrait me rendre illustre ? L'espoir de ma célé^ britë future pourra-t-*il me Êdre oublier ma misère présente ? Oh non ! votre encens me £ait mai , vos suffra^ me déchirent Vâme; ne voyez plus en moi qu'un malheureux, et accordez à ma pauvreté ce que vous avez refusé à mes talens.
Voilà , voilà pourtant le langage que pourrait tenir la victime des admirateurs. Oh! que je bénis la Providence de ne m'avoir pas obligé à compter sur mes Acuités intellectuelles pour vivre honorablement dans ma patrie! J'y aurais ti;ouvé des admirateurs pour &ire bouillir ma marmite, et j'aurau mangé mon pain sec à la fumée de leur «ncens banal. La littérature, qui est chez nbus le passe-temps de celui qui n'a besoin de rien, n'y sera jamais une ressource assurée pour l'homme illustre , mais pau* vre, qui voudrait en faire le soutien de son existence ; ^et pourtant quelle carrière phis noble, plus relevée, peut s'ouvrir dans ce monde à l'esprit humain? Si l'imagination est la plus belle de nos facultés, faut-il qu'elle soit ici la seule qui ne conduise à rien qu'à l'indigence ! Car le peintre d'histoire sera forcé d'y &ire des portraits ; le poète, des chansoi» de table; le sculpteur, des corniches: tous ceux, en un mot, que la gloire appelle seront retenus par leurs intérêts, et l'on n'encouragera le génie qu'en le ravalant par des ouvrages au dessous de lui. Que si vous voulez aller néanmoins où votre haute vocation vous pousse, vous tomberez parmi les
adHiirateurs ; et, tandis qu*ils tous porteront aux Bues dans leurs discoura , d'autre part on vous portera sur une ci^re à rhôpital.
MONSIEUR DINENVILLB.
On ne m'a pas su dire au juste si M. DineuTille est veuf ou vieux garçon ; mais à coup sûr il n'a dan^ sa maison qu'une cuisinière fort âgée , dévouée au service de la famille depuis le printemps dè sa vie, qu'elle achète aujourd'hui dans une douce et molle oisiveté.
M. Dinenville se cabre à l'idée affreuse de pren* dre ses repas chez lui; la sDlitude l'effraie: de là vient sans doute son admirable tactique pour trouver chez autrui sa serviette et son couvert. Son humeur est joyeuse, son esprit conteur, ses manières affables; c'est le convive par excellence: il est l'ornement et &it la joie des banquets de toutes ses relations ; et certes ce n'est pas pep dire , car M. Dinenville multiplie à l'infini ses attachemens comme autant de chances d'invitations. H sait d'ailleurs déterminer et surprendre mèmt l'intention de ses amis de le convier à leur table ; d'ailleurs il est l'intime de plusieurs maisons, dans lesquelles son couvert n'est pas {dus oublié que la salière ou la carafe ; pis-aller plein de charmes sur lequel sa pensée se repose, et qui lui épargne rhorrible
per^ecthe de ne pasdinsr en ville. Il coonait T^co- Domie aounale de cbacun, et^n ââstique appétit ae plie aux diverses heures de réfection adoptées d^ns les maisoos qu'il firéquente. Le nez au vent, les narines pincées et aspirantes, il arrive assez ordinairement chez les gens à Tébullîtion de la soupe, à la demi-cuisson du rôti. Ses visites, qu'il prolonge avec adr€;s8e et amabilité, deviennent iréquemment dinatoires; car la plus légère proposition le déter* mine, et Vaa n'a. point ^ craindre uo refus de sa continuelle disponibilité* Il est plein de petits takna, <pL'oa apprécie surtout la fourchette à la main ; il sert avec grâce^ découpe avec adresse, d^ste agréable^ ment les vins, et leur prodigue de ces louanges de gourmet auxquelles il est impossible qu'un patron 4a oave ne se rengorge pas ; en conscience, il paie aon éoot par les jouissances de tout genre qu'il pro*cure à ceux chez lesquels il s'attable. Il saupoudre chaque mets d'anecdotes qui s'y rattachent ; il fiût nattre chez ses amphytrions une émulation tout à ma profit, en leur cornant la manière charmante dont chacun d'eux le reçoit. Sa gastronomie déborde •de gratitude, et xml n'a, comme lui, la mémoire de l'estomac.
M. Dinenville n'a cultivé de la littérature que les parties qui pouvaient favoriser ses penchans à l'ubiquité mangeante;, il tourne le couplet avec aisance et s'est constitué le rhapsode des noces, le trouvère des baptêmes, le chantre de tous les saints du calendrier ; son répertoire , dans ces divers genres, ^ immense, et il n*a pas de chanson qui
ne lai ait ^alu phis de festins qu^elle ne contient de vers. Il a m^e , pour les grandes occasions qui peuvent augmexHer sa renommée , .d^ contes rimés qu'il débite entre la poire et le fromage , et qui gravent son amabilité dans la mémoire de ceux qui ne donneront phis de banquets à l'avenir saqs linviter.
M. Dinenville achève la journée au seiad» soi*» rées, qui abondent pour hii ; car on conçoit qu'il est ridole dea douairières, le ^die des vieilles filles, et qu'il comiail les moyens de se &ire adorer par cette nombreuse partie du sexe qui ne saurait se passer de la meringue, de la partie de boston, du café et de la médisance. Alors il -est dans son élément , ^^loyé^ caressé, prôné, et je voùs aâsure qu'il le mérite; nul ae |;amit mieux une clnraifferette, n'offire un plat de bocdK>ns on uta écran avec plus d'élégance, et ne dé^ bite avec plus de Ëicilité ces jolis petits riens qui sont tout dans le caquetage du gradd monde.
On conçoit que M. Dinenville n'a pas de grands amas de vivrez dans son logis, et qu'on n'y fait du feu qu'en hiver pour ne pas mourir de froid. Ses usten*sttesde cuisine sont comme neu6, et depuis vingt ans il ne s*est pas cassé chez lui une seule assiette. La vîeile Jeanneton a perdu l'habitude de laver la vais* selle ; à peine se souvient-elle de l'A BCdela cuisine, et son savoir se borne maintenant à faiire infuser do tilleul on de la camomille pour les indigestions assez fréquentes de son doox maître.
B8QDU8ES.
INGONVÉNIENâ
VVm GRANDS TAILLE.
Alors que TeDiance nous berce de ses jolis réres^ que nous voyous en perspectire le bonheur que nous foulons à nos pieds, nous disons sans cesse : Quand Je serai grand Je dirai, je ferais je serai, etc« Beaucoup de nous cependant restent physiquement peiùs et s'en désolent ^ comme si une petite taille était un grand malheur. Quelle folie ! que d*ennuis, de contrariétés, de maux, n'évitent^ils pas, ces hommes trapus ! Ils trouvent souvent, en rasant le sd, une aanté qui s*a£Eaiblit lorsqu'ils s'élèvent, qui ne noi» suit pas jusqu'à cinq pieds et demi, et se concentre entre quatre et cinq.
Tout le monde est sans doute d'accord avec moi que rien n'est plus disgracieux que les enfuis qui semblent tirés à la filière. Minces et fluets, ils ne savent que Cadre de leurs membres allongés, ne peuvent passer inaperçus au sein de leurs camarades, se dandinent sans grftce, et sont vulgairement nommés grands fiandrins. Mais ce n'est pas seulement un ridicule qu'attire sur eux cet accroissement précoce, c'est encore la sévérité de nos jugemens sur leur intelligence, que nous sommes sans cesse portés à croire en rapport avec le déveloj^pement de leur corps. L'indulgence se cabre devant les fiandrins; s'ils se battent avec leurs condisciples, c'est pour nous une bénédiction que de les voir plus
£dl>ks qQ*eiix ; et, s'ils sont les plus forts, nous les taxons de lâcheté, tq qu'ils se mesurent avec des marmots que nous estimons devoir être moins Agës et pllis débiles. Voilà pour les enfains patagons; suivons «les maintenant dans leur carrière. Que d'étoffe pour les vêtir! que de peines pour les bien habiller! de là, mauvaise humeur des pères et désespoir des tailleurs; puis il&ut que ces mal* heureux s'exilent de bonne, heure du champ des amusemens de la jeunesse, sous peine de voir chacun se moquer d'eux. Il leur &ut une raison en harmonie avec leurs dimensions physiques; ils sont gaudies et déplacés dans tous les jeux ; leur position est équivoque; car tà, d'un côté leur structure leur interdit les ébats joyeux de leur âge, de l'autre leur intelligence les empêche de marcher moralement d^ pair avec des jeunes gens auxquels ib ne s'assortissent que par la taille.
Mais les voilà lancés dans le commerce ou dans un état quelconque , quand la guerre ne les a pas saisis avec ravissement pour les iaire figurer dans les grenadiers de la garde, les cent Suisses, etc. Voyons quel est leur sort. On exige d'eux plus de capacité, et on leur impose plus de travaux ; car on ne croit ni à leur peine pour bien comprendre, ni à leur fatigue pour iaire plus que d'autres ; comme Philopoemen, ils paient les intérêts de leur tournure. Au plus léger manquement à leurs devoirs, la sévérité les envisage de pied en cap : grcmd nigaud, grand imbédlle, grand dadais , etc. etc., et l'épithète de grandf si douce à l'amour-propre dans certains cas.
)a réprimande pins àcre et f\m pOigdante.
Oot-ik une petite amourette, les démarches qu'ils font pour s'y IWrer sont observées de tout le monde ; on les voit d'un bout d'une rue à Tautre ; le mcÂndre signe d'intelligence qu'ils s^ pennetteid; est presque un signe télégraphique ; ils né peuvent se glisser duUe part sans être aperçus ; leur signalement se donne d'un seul coup de langue au p&re^ au tuteiu^ de la dame de leurs pensées ; c'est un grand, dit-<m, et la piste est éveptée,
Maintjenant regardea-les hommes dits ; que d'in* Convénîens les atténdent ! Les voilà maudits dans un parterre où; le public eeft debout, ployés en denx dans une dbaise de poste, dont ils sortent rompus; se frappant le front à toutes les portes basses, ayant la femme à laquelle ils donnent le bras comme pen<» due à leurs hanches , faisant pester ceux qui s'extér nnent à les suivre dans une promenade , ramassant coptinuellement leur chapeau « heurté p^r une branche d'arbre ; ne pouvant enfourcher un petit cheval sans que le mot de Don Quichotte ne galop^ après eux, empoignés dans toutes lesémeutescomim offrant plus de prise à la main des bons g^darmes, et plus de surface à l'œil des se^egcns de ville ; recevant des horions qui pass0nt par dessus la tête d'au-^ trui; enfin, toujours en vue, en pqiqt de aoôre^ et m pouvant se dérober à Tattentioi) des curieux.
Telfis sont quelques-uns .des ennais qui attendent les grades tailles: j'ajouterai, en ma qualité de tailla moyepne, que j'ai souvent éié scapdaUsé, en causai^
dàtia la rae airec un géant, de là mamèrt preaqne méprisante dont il me regardait, et de la pénible contorsion que j'étais obligé de.fidre pour Tenvisager. J'aime à pouvoir m'entretenir avec mon prochain sans qu'il ait Tair de regarder au fond d'un puits en me pariant, et moi cdxà d'un astrologue en Gontempiation.
ING0NVÉNI£NS DtTNE PETITE TAILLE.
Les plus cuisans sont pour l'amoui^ropre , car il est vexant pour un petit homme de se voir commet englouti dans un groupe , d'avoir l'air de l'en&nt de tout le monde , et d'observer en enrageant que chacun est tenté de lui donner plutôt la main que le hnSé Pour hii les annonces de mariages sont toujours placées trop haut à la Maison de Ville , et les aifiches ne tout jamais assez bas au coin des rues» Pour les lire il kut qu'il se hausse sur la pointe des pieds et qu'il ait l'air de grimper contre les mors. S'il est membre d'une assemblée délibérante, le président le croit assis lorsqu'il se lève, et le cherche def yeux avec anxiété quand il demande la parole.
La foule se porte-t^elle à quelque spectacle en plein vent, le petit homme roule dans les vagues ondoyantes de la multitude sans rien voir que le ciel la terre , et le dos ou les poches de ses voisins.
Le petit homme cherche par son costumé à ré^ parer, antant que posrible, les torts de la nature.
112 laQOisns.
Le fond de aaa chapeau n est jamais assez âerë, ses taloDs de bottes ne sont jamais assez hauts ; et« souvent, un jeu de cartes secourable, glissé entre le cuir de sa chaussure et le dessous de ses pieds. Fezhausse de quelques l%nes.
Il faut que le nain ait un excellent caractère pour ne pas être aigri par la manière dont chacun le regarde ; il peut croire à tout moment qu'on le toise avec mépris, tandis que lui, la tète renversée en arrière, &it craquer les vertèbres de son cou pour envisager ses interlocuteurs* Veut-il se promeneur dans la campagne, il s'enfonce dans un chemin creux, disparaît derrière une haie, s'éclipse dans un champ de blé et devrait presque avoir des grelots pour indi^ qqer l'endroit précis où il se trouve. Avec le malheureux système adopté de bâtir des murailles autour de chaque propriété rurale , le nain n'a maintenant que fort peu de jouissances oculaires ; la nature pour lui se cache derrière la maçonnerie, et il n'a plua guère que la montagne d'où il puisse voir encore où en est la moisson, la récolte des foins ou la culture du colza*
Est-il à l'église, sa position est flatteuse tant que pérore le ministre ; il promène à Tentour de lui des regards radieux ; il voit , il est vu , il se rengorge avec satis£aiction. Mais, hélas! sa joie est aussi courte que son corps ; la prière iait lever tous ensemble les chrétiens réunis , et alors que devient le malheureux petit fidèle? U est éclipsé derrière un banc, ^t il n'y a plus que l'oeil de la Providence qui puisse encore l'apercevoir, rasant le sol des sacrés parvis. Enfin
lis
Ton se rassied, et, comme pour s'indemniser de sa IcMQgae disparition, il reste debout le dernier et grandit momentanément de tout l'abaissement de ceux qui Tentourent.
Les fenêtres, les terrasses, les collines, dédommagent un peu, il est vrai, le petit homme des ennuis qu'il éprouve dans la plaine ; mais malgré cela, que d*a£Fronts à endurer ! S'il va voir arriver les paquebots à vapeur, en vain il &it des signes d'amitié et d'intelligence aux personnes qu'il y connaît et qui touchent au port ; sa tète seule dépasse le mur d'appui.du quai, et il se démène sans être aperçu. Appelle-t-il de loin une de ses connaissances, il échappe aux plus minutieuses investigations de l'amitié , et se désole de ce qu'on l'entend sans le découvrir.
Frappe*t-il à.la porte d'une maison, on se met à la fenêtre, et, comme souvent le moindre objet le voile aux yeux, on l'accable de la lamentable question: Y (P-t-U quelqu'un?
Mais enfin un grand homme est venu qui a réhabiUté à tout jamais les petites tailles; et Napoléon, debout sur la colonne Vendôme , console et réjouit ceux qui, sans avmr son génie, ont au moins les cinq pieds de stature du petit caporûl.
L'BOMIIB ANGUILLE.
Il est ki , il est là , 3 est partout , il n'est nulle part ; le mouYement seul fait sa vie : c'est le papillon, rabeille, le zéphyre, c'est tout ce qui voltige, tout ce qui ne s'arr^ pas, tout ce qui s'agite sans cesse.
Est- il dans un salon , au sein d'une société , il croise de la cheminée aux tables de jeu , serpente à Tentour des chaises , feuillette un album, jette un regard sur des écrans, s'assied une minute, se lève, prend son chapeau « puis disparaît pour aller ailleurs recommencer son jeu sémillant, turbulent, pétulant. La conversation n'a aucune prise sur son esprit mobile, aucun sujet ne peut le retenir ; il s'enfuit avant le dénouement d'une histoire, et rarement il asriste ii l'exorde entier d'un discours.
Il a du vif-argent dans les jambes, une machine vapeur sous les pieds, il Êiut qu'il chemine sous peine de se trouver mal ; au spectacle il parait dans chaque loge, on le voit à l'orchestre, il se trouve au parterre, on laperçoit dans les coulisses, et même sa tète parfois s'est montrée aux trous du souffleur et du lustre»
Dans la rue même chose ; il aborde tout le monde et ne s'arrête avec personne ; on ne peut le retenir, il défie les meilleurs poignets. Son chien meurt de lassitude en s' exténuant à le suivre, et ce misérable animal ne peut le perdre de vue une seule minute sans être obligé de le chercher une heure.
Va-t-il vous voir, vous, son ami, il se jette dans vos bras, vous accable de caresses et de questions dont il n^attend pas les réponses, puis il décampe sans que vous sachiez où il est allé, ni où le prendre ; et, si par hasard vous le rencontrez, honteux de vou& avoir quitté si brusquement, il vous dit en rougissant : Ah ! mon cher, je vous cherchais.
Sa vie est ùn alkgro perpétuel ; iï est composé de triples croches, et il ne sait ce que c'est que termes soupir ou point d'orgjue. Ses visites sont semblables à des coups de feu ; il ne vous laisse pas le temps de le considérer j ^ vous le cherchez à sa place qu'il est déjà bien loin» C'est la muscade du charlatan, Téclair d'un orage, un changement de décoration à vue. Jamais on n'a pu faire sou portrait, car il aurait &llu que le peintre le tirât au vol ainsi qu'un chasseur la perdrix.
Il se peigne à plusieurs reprises, Use rase en cinq actes;, toute opération est trop longue pour qu'il puisse la fà\te de suite, et le sonuneil seul a le droit exclusif de le fixer au lit.
Tel est à peu près l'homme anguille ; et, s'il entreprend la lecture de cet article, en conscience il œ pourra l'ache w si je l'allonge encore ; aussi je finis vite afin de ne pas l'impatienter.
BSQUIMBS.