‹ Œuvres choisiesChapitre 29 sur 84 · IST · texte numérisé non relu

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ol^ets à kur portée ; ceux^i arrangent sans ctmt ]eur col de chemise ; ceux-là se caressent perpétuel^* lement le menton avec le pommeau de leur canne ; on en Toit qui se rongent les ongles, ou qui, se balan*çant surlesrs chaises, tous font trembler devant leur équilibre suspect ; enfin, chacun a son tic, plus ou moins. bizarre, et partant plus ou moins remarqué.

Le tic musical et celui du monologue méritent cependant une mention particulière , car ils sont fort plaisans et très-communs. Vous rencontrez par* tout des hommes qui ne sauraient se livrer h aucune occupation sans chanter ou siffler ; Tharmonie est laccompagnement obligé de toutes leurs actions; ils fredonnent k la promenade^ en rue , à la maison, à leur bureau ; ce sont des carcasses de vieux opé* ras , qu'on reconnaît à peine , des airs de bravoure en embryon , des chansons de table qu'on devine par quelques' intonations mieux marquées, quelques refrains plus fréquemment répétés , ou bien des sal-^ migondb formés de tous les souvenirs musicaux qu'ils ont dans la- tète , et qui se heurtent confusément dans leur gosier. Ué passent de Tun à l'autre avec une incroyable fia^ciljté ; ils vous font sauter de Mozart k Rossini ^ de Méhul à Daleyrac, de Piccini k Grétry , et massacrent lun après l'autre tous ces maîtres de Tharmome. Le mouvement de la mesure est plus ou moins vif suivant l'éta^ de leur âme : sont-ils en colère , ils tombent dans VaUeff-o vivace ; se promènent-ils avec leur femme, ils entrent dans le moêstoso adagio; enfin , sont-ils gais et contens, les rcSA dans le rondo allegretto. Leur chant indi-

que ainsi la diq;Kiaition de leur esprit. S'ila exercent une profession mécanique , la lime ou le rabot suivent la cadence harmonieuse ; un air de danse d'Au-^ ber fait voler les esquilles du bois et la limaille des métaux ; et de là vient la iable antique d'Amphioû Kâtissant Tfaèbes au son de j»a lyre ; .les maçons maniaient sans doute la truelle et le ciseau aux suaves accords du savant musieieù.

Rien |i*arréte Tessor du tic musical ; les individus qui y sont sujets parlent sans interrompre leurs chants Êivoris ; ils se contentent de les eotremèler de leurs demandes ou de leurs réponses, et reprennent la phrase musicale juste au point où ils Font laissée pour converser avec vous. La mort de leurs proches parens, les chagrins les plus vifs, ne peuvent suspendre en eux cette mélomaniê ; chacun connaît Taventure de ce mari qui, accompagnant le convoi de sa femme , répondit au coup de sifflet accoutumé de son ami en mettant en mi bémol la ritournelle qui était en ut dièze ; cette transposition fut tout ce qu*il put accorder aux convenances et à sa douleur.

Le monologue est aussi un tic fort commun ; il met celui qui s*y livre à Tabri de la critique , des interruptions , des contradictions , à moins qu'il ne se contredise lui-même pour aiguiser sa faconde , ce qui arrive quelquefois. Rien de si plaisant que ces gens irrités contre eux-mêmes , et qui s'adressent de violentes diatribes. Quelquefois les monologueurs se font rire eux-mêmes en se faisant de bonnes plaisan-r teries ; d'autres fois leur figure s'allonge et se rembrunit quand ils se spnt adressé des observations

aigres oo des mots puloans. J*en ai conim un , si dépourvu d'esprit et de hoa sens , qu'il s'ennuyait lui-même en s'écoutant parler « et se rendait justice en se procurant des l>âfllemens terribles;

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