‹ Œuvres choisiesChapitre 35 sur 84 · DES DORMEURS · texte numérisé non relu

DES DORMEURS

AU CONSEIL BBPRBSBNTATIP.

Si les exigences du sommeil sont importunes, elles ont au moins cela de bon dans une assemblée délibérante qu'on peut les satisCsiire sans bruit , sans bouger de place , sans peine , sans se Êiire trop re* marquer. On prend une position convenable sur son siège , on regarde le nœud de sa cravate , ou bien on met le nez dans son jabot , et Ton s'en donne à cœur joie ; de telle sorte que , dans le sénat où Ton était venu pour se creuser la tête et &tiguer l'esprit, on parvient à jouir d'un doux repos et à rafraîchir ses idées au lieu de les dépenser. Cette position n*a rien d'ailleurs qui compromette l'attention présumée de trelui qui Tadopte, car elle ressemble beau-* coup au recueillement ; elle n a rien non plus qui puisse blesser l'orateur qui parle , puisqu'elle doit lui paraître approbative de son discours , et que l'amour-propre « en pareil cas , interprète toujours pour le nneux la tête baissée et affirmative d'un auditeur endormi. En outre nos discussions sont si longues, qu'en conscience je me sens beaucoup d'indulgence au cœur pour le député qui terme les yeux» par cela seul qu'il n'ouvre pas la bouche , et qu'il trouve ainsi le moyen d'abréger pour lui d'abord , ensuite pour ses confrères, nos interminables séances et nos immenses sessions. Je distinguerai pourtant deux sortes de dormeurs au conseil : les dor*meurs ^ffrontës et les dormeurs honteux. Les pre-

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