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miers étalent sans pudeur sur un premier banc leur sonmie législatif; ils donnent de &ce « la tète haute et presque renversée en arrière ; Taspect de cesmes^ sieurs est plus qû*inconvenant, il est dangereux pour les voisins , qu'il Ëiit bâiller d'abord , et qu'il peut entraîner ensuite par une pente douce et contagieuse dans les bras de Morphée, sommeil de propa^ gande qui pourrait à la fin devenir très-nuisible pour la majorité du sénat. Les dormeurs effrontés devraient au moins porter des lunettes vertes.
Les donneurs honteux se glissent dans l'intérieur d'un banc du centre. Là , ils affectent une grande attention , un calme profond , pour habituer peu i peu leurs voisins à l'immobilité dans laquelle ils vont se plonger ; ils tiennent dans leurs mains croisées sur la poitrine le projet de loi opiacé, qu'ils ont l'air de consulter d'un œil demi-clos : leur menton s'ef- £aice et disparait insensiblement dans le gilet, puis il se relève tout à coup quand un orateur à voix aigre ou vibrante vient à prendre la parole et à changer ainsi le diapazon de l'organe qui les a engourdis; mais, bientôt, familiarisé avec la voix qui l'avait troublé, leur sommeil se fait avec ce changement de tons , et reprend le fil de son règne interrompu. Parmi les dormeurs honteux , il en est qui combattent le sommeil comme des lions , et n'y succombent que dans des postures indiquant toute la bonne foi de leur résistance. Ds sont penchés à droite ou à gauche ; ils semUent n'avoir pas voulu courber fa tète sous un joug humiliant ; ils n'ont fléchi qu'avec mauvaise grâce. On voit les uqs, semblables aux
branches du peoplier agitées par le vent, se redres* ser parfois avec force , et ne céder que momentané^ ment à Tinflaence soporative d'un discours; tandis que d'autres, pareils aux saules pleureurs , se penchent languissamment vers la terre, comme s'ils aspiraient au repos de la tombe qu'ils semblent coomr*
Sans doute on peut fidre beaucoup mieux que de dormir dans une réunion de législateurs ; mais toutefois ce sommeil fait l'éloge de la tranquillité de nos débats , de la décence de nos discussions ; à coup sûr des disputes âcres , des propos discordans ne laisse** raient point sommeiller d'une manière aussi paisible. C'est pourquoi, si ce laisser-aller attire la critique sur quelques individus de l'assemblée , il n'en atteste pas moins le calme et la dignité parlementaire qui y régnent constamment.
Il est très-curieux d'observer le réveil des bonnes gens qui se sont assoupis pendant le rapport d'une commission, et qui lèvent la téte, ouvrent les yeux, au sein du second débat sur un projet de loi. Ils ne savent plus où ils en s<Mit, ils luttent avec peine contre le salmigondis législatif qui brouille leur cervelle ; ils se croient encore h la séance de l'avant-veille, et se rajeunissent de deux jours. Qu'ils sont heureux! ils n'ont pas entendu le pathos de messieurs tels et tels : le sommeil les a dérobés à l'ennui. Comme ces députés endormis ont la plupart d'excell^es figures ! quel air de bonheur et d'innocence! ccmmie leur digestion somnolente est radieuse ! Ah ! pourquoi un peintre ne profite-t-il pas de la quiétude de leur pose
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pour Élire au trait le profil de ces excellens pères de iamille ! Ils écrir^ent au bas de ces croquis : Monsieur X à la discussion de teile lai, comme oa lit : Cambronne à Ff^aterloo^ au bas du portrait de ce général.
lies dormeurs ont cela de bon que s'ils n*enten* dent rien , au moins ils n'empêchent point d*entendre ; ils restent à leur place, ils ne sillonnent pas en tous sens la salle du conseil, ils ne lisent pas les pa* piers publics , ils ne parlent point avec feu & leurs voisins, ils ne font aucune remarque désobligeante ; et , s'ils escomptent un peu le sommeil de la nuit aux dépens de la législature, sans doute ils prolongent la veillée avec leurs épouses , et sont auprès d'elles aimables et causeurs plus longtemps que de coutume, remboursant ainsi au bonheur conjugal le temps qu'ils ont involontairement dérobé à la chose publique ; or voilà comment s'opèrent les compensations de M. Azaïs, et comment tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
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DES INGONVÉNIBNS iriTKB iJlGiniATimB ooifTnruB roim vn bon BounGBOiSr
Un brave homme me demandait l'autre jour si le mot session ne venait point du mot cesser. Ah ! ma foi non, lui rëpondis-je; et les reprësentans du peuple^ à Genève, sont admirablement placés pour vous répondre négativement à cet égard, puisque leurs sessions législatives ne cessent pas. Il n'y en a que deux par année , c'est vrai, mais chacune d'elles dure six mois ; et si je devais leur chercher un em-r blême , je choisirais celui que les Égyptiens donnaient à l'éternité , un serpent qui se mord la queue.
Il y a vraiment quelque chose d'intolérable dans cette coutume d'infliger au bon bourgeois une cor* -vée législative pareille « dont les obligations le saisis* sent au collet, de deux jours l'un, absolument comme des accès de fièvre. En hiver, qu'en résulte-t-il? c'est que ses réunions de £aimille , ses sociétés , ses séances au cercle sont pour la plupart rognées ou perdues. Il ne peut fumer un cigarre , mettre la dent sur une meringue , ou tenir sa comptabilité le soir, sans écorner sa réputation de mandataire exact ; la conscience de son devoir, auquel il manque alors, rend amer le plaisir qu'en vain il veut savourer. Il lui semble entendre des électeurs qui l'accusent , il a des visions &ntastiques du plus mauvais genre, il digère à demi les goûters chauds , il est bourru avec ses relations , il &it des erreurs dans sa tenue de livres; enfin le sentiment qu'il a de ne pas s'occuper
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d€6 loiB qu'il devrait faire, Tcmpéciie de fiure bien qxÈoi que ce 80Ît. Le apectre de la législation , bardé de décrets et d'ordonnances rendues sans lui, le poursuit, le menace > et, comme une harpie hideuse, souille tout ce qu'il touche , et empoisonne toutes ses jouissances. En été, autre torture ! on lui ravit le Juste mikeu de sa journée , ce Juste milieu qui con«tient la représentatimi de ses plus chers intérêts , le cœur de ses occupations lucratives; puis , pour peu que la discusâon s'allonge au conseil, voilà qu'elle empiète sur son repas , refroidit sa soupe , brûle ses sauces, et fait bâiller de détresse toute sa famille lan< guissante et blême d'inanition ; ou bien , s'il veut éviter les bouderies de sa femme et les murmures afiamésdeses enÊins, il s'esquive en rougissant avant la clôture de la discussion , et son vote , dont la législature reste veuve , tombe dans un potage au lieu de compter dans l'urne du scrutin.
S'il est des gens distinguas par leurs rentes et par leur hs^ude de dîner tard , je ne pen3e pas qu'il iaille leur en savoir beaucoup de gré , puisqu 'alors ils font des lois à temps perdu , et parce qu'ils n'ont pas autre chose à faire. Mais il n'en est pas de même de ces honnêtes travailleurs que leur soupe appelle impérieusement entre midi et une heure , et qui , forcés de tenir en bride leur appétit , et de faire galoper leur civisme , ne remplissent leur devoir qu'en laissant vide un estomac en insurrection contre l'honorable diète à laquelle ils le condamnent.
n y a chez eux un conflit barbare entre Thémis et leurs facultés dige^ves ; leur éloquence est creuse ,